‹ Urbain de HercéChapitre 20 sur 196 · ARRIVÉE INOPINÉE A DOL · texte numérisé non relu

ARRIVÉE INOPINÉE A DOL

nairement le château de Lanascol, en la paroisse de l*lumilliau, dans l'évêché de Tréguier, et peut-être aussi parce qu'il lui répugnait de s'abaisser à ce rôle de maître d'hôtel, le seigneur du Gage passa procuration, le IM août, au sénéchal de cette seigneurie, Gabriel de Blondel de la Coudraye, qui demeurait à Dol, pour le suppléer dans tous ses droits et privilèges en cette circonstance, privilèges dont l'un des plus lucratifs était celui de s'approprier tous les linges de table ayant servi au dîner épiscopal d'arrivée.

Mgr de Hercé, tout modestie et simplicité, et d'ailleurs encore sous le coup de son deuil récent, sut éviter tous ces honneurs. Il arriva à l'improviste, le 6 septembre 1767, vers sept heures du soir, et prit possession de son évêché sans maître d'hôtel, sans échanson (1) et sans haquenée de gala.

Mais Blondel de la Coudraye, procureur du seigneur du Gage, ne se tint pas pour battu. Il se présenta le lendemain 7 septembre, accompagné de deux notaires de Hédé (2), à défaut des notaires royaux de Dol qui avaient refusé de l'assister. Après avoir constaté l'arrivée de l'évêque de Dol et avoir dressé, en dix-sept articles, les droits et privilèges du seigneur du Gage, il demanda Mgr de Hercé, qui vint accompagné de son frère et d'un autre vicaire général, ainsi que du sénéchal, du procureur fiscal, du greffier et d'un sergent de la juridiction de Dol. Blondel de la Coudraye fit connaître à l'évêque les droits et privilèges du seigneur du Gage, exhiba sa procuration, et, en conséquence, demanda, — il était alors midi, — de remplir

(1) Nous avons diL que le seigneur de la (]liesnaye-au-Bouleiller devait, dans la circonstance, remplir les fondions d'éclumson. Le •comte de Lanascol, déjà seigneur du Gage, était en même temps propriétaire de la seigneurie de La Chesnaye-au-Bouteiller. Mais on ne voit pas qu'il ait fait de protestation à un autre titre que celui de maître d'hôtel.

(2) Mathurin Cochery et Fr. Rnbiou du Pont.

URBAIN DE HERGE

à la table épiscopale la fonction de maître d'hôtel, au nom et place de son maître.

Mgr de Hercé refusa les bons offices du procureur du grand-voyer, se basant sur ce que ces offices devaient être remplis par le seigneur du Gage en personne, à moins qu'il ne fût empêché par maladie ou autre raison légitime. En vain, le procureur objecta-t-il que son maître n'avait pas été prévenu contre la coutume ordinaire et qu'il était en voyage pour ses affaires ; l'évêque et comte de Dol opposa un refus péremptoire et ne voulut même pas signer le procès-verbal.

Cette scène, qui dura de midi à cinq heures du soir (1), indiquait déjà avec quelle énergie le nouvel évêque de Dol défendrait ses droits et administrerait son diocèse.

Mgr de Hercé tenait que le premier hommage qui lui serait rendu le fût comme évêque, et vînt par conséquent de son chapitre, de son clergé et de ses diocésains, dans une cérémonie religieuse. Cette cérémonie fut son entrée solennelle dans l'église-cathédrale de Dol.

Revêtu des ornements et des insignes pontificaux, précédé de la croix archiépiscopale qui lui rappelait l'ancienne grandeur de l'évêché de Dol, Urbain-René de Hercé se dirigea processionnellement de son palais épiscopal vers la cathédrale. Arrivé devantla grande porte de l'Ouest, entre les deux tours, le vénérable Chapitre l'arrêta, et le président, selon l'antique coutume de l'Église de Dol, lui posa en latin les questions suivantes :

— Père, votre entrée est-elle pacifique?

— Oui, répondit par trois fois Mgr de Hercé, elle est pacifique.

— Père, votre entrée est-elle canonique ?

(1) Extrait des Minutes de Fr. Rohiou du Pont, notaire roydl à Hédé, 31 août et 7 septembre 1767, pvihlirparM. A>\\e-Dupoktal, Un droit féodal dans fEvêché de Dol, au di.r-huitième siècle (Bulletin de l'Association bretonne, 1890, p. i;j0-171.)

Page 1