‹ Urbain de HercéChapitre 29 sur 196 · ORDINATIONS · texte numérisé non relu

ORDINATIONS

fournir les occasions de vous être bon à quelque chose (i). » La cérémonie de l'ordination se faisait le plus souvent dans la chapelle du Palais épiscopal ou dans Téglise du séminaire. Elle n'avait généralement lieu dans l'églisecathédrale que dans le cas où les ordinands étaient entres grand nombre. Nous n'avons noté qu'une ordination de diacres et de prêtres, en très petit nombre d'ailleurs, qui se soit faite dans la chapelle du manoir épiscopal des Ormes, en Saint-Léonard, à trois lieues de Dol. Il y conférait plus souvent la tonsure ou les ordres mineurs, soit à un seul clerc ou tout au plus à deux au trois en même temps.

Mgr de Hercé se faisait une si haute idée du caractère divin que ses fonctions sacrées lui faisaient imprégner, par l'ordination, dans l'àme des clercs, qu'il s'y préparait avec la plus grande piété dans la pénitence et la prière. Un prêtre de Rennes, dont le zèle apostolique se manifesta tout particulièrement dans l'exil, et qui reçut des mains de Mgr de Hercé deuxordres sacrés, l'abbé Carron, a raconté combien il fut édifié par la piété avec laquelle « l'homme de Dieu » se disposait à cette sublime cérémonie.

« Un matin, dit-il, que nous allions être ordonnés, nous apprîmes que Mgr cle Hercé, sans s'être permis de prendre, le soir précédent, aucune nourriture, avait consacré la nuit entière à la prière. Nous fûmes jaloux de connaître les motifs d'un tel sacrifice. « Messieurs, — nous répendit le respectable supérieur de son séminaire, ■■ — Monseigneur ne fait jamais d'ordination, qu'il ne se soumette la veille au jeûne le plus rigoureux, et qu'il ne donne, à de ferventes prières en votre faveur, toutes les heures de la nuit (2). »

fl) Il3ID.

(2) Abbk Caurox, Les Confesseurs de la foi, L. III, p. 289-290. L'abbé Carron reçut le diaconat à Dol, le 29 mars 1782. Nous n'avons pas retrouvé quel autre ordre il reçut de Mgr de Horcé.

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MgT de Hercé se préoccupait de tous les détails de Fordination. Mieux que quiconque il connaissait ses rubriques, tant pour la messe basse que pour les offices pontificaux. Aussi lorsqu'il officiait solennellement dans sa cathédrale, le faisait-il avec une grâce et une piété qui touchaient vivement l'assistance. Mais s'il tenait à bien faire les cérémonies, il tenait aussi que le clergé les fît bien. A la moindre faute, il reprenait ses officiers, même les plus vieux chanoines, et cela devant les fidèles. Le saint évèque se préparait d'une façon toute spéciale aux cérémonies de l'ordination,

La veille, en présence de son secrétaire, il repassait toutes ses fonctions et s'y exerçait (1).

Après la cérémonie, l'évêqùe de Dol recevait à sa table les réguliers qui, comme les séculiers, subissaient l'examen et étaient assujettis aux hnit jours de retraite au séminaire. 11 payait la pension des religieux indigents.

Comme souvenir de l'ordination, il donnait aux prêtres la Conduite des prêtres; aux diacres, la Conduite des confesseurs^ et, aux sous-diacres, un exemplaire des Statuts diocésains. Il demandait aux prêtres de dire une messe à son intention et aux autres ordonnés de réciter une fois l'office des Pontifes (2).

Mgr de Hercé avait compris que le zèle et la piété, acquis pendant trois années de séminaire, peuvent se refroidir dans le contact d'un monde plein de vices et alors imbu d'un philosophisme qui, malheureusement, pénétrait trop sensiblement certains membres du clergé, et non des moindres, et préparait la plus épouvantable des catas-

({] Vie ms. m espagnol.

(2) Ibid.

RETHAITES ECCLÉSIASTIQUES 43

troplies. D'ailleurs la routine ne s'insinue-t-elle pas jusque dans les fonctions les plus saintes, enveloppant les vérités les plus pures et les choses les plus sacrées d'une rouille qui fait perdre le sens des unes et le respect des autres ?

Alors un nouveau retrempement do zèle et de piété devient nécessaire.

Aussi Mgr de Hercé se montrait-il sévère pour l'assistance aux retraites ecclésiastiques.

Dans un synode tenu en 1704, par un de ses prédécesseurs, Mgr de Voyer de Paulmy d'Argenson, la retraite annuelle avait été imposée à tous les ecclésiastiques ayant charge d'âme, et les statuts de 1741, de Mgr de Bouschet de Sourches, en rappelaient la nécessité.

Mgr de Hercé, se rendant aux réclamations de son clergé qui arguait des difficultés d'assister chaque année à cette retraite, la maintint annuelle, mais n'obligea d'y assister que tous les deux ans. De plus, il laissa aux ecclésiastiques, dont le domicile était trop éloigné de la ville épiscopale, la liberté de faire leur retraite dans les séminaires des diocèses qui étaient le plus à leur proximité.

Mais il en faisait une obligation expresse à tous les membres de son clergé.

« Nous leur déclarons, disait-il dans ses statuts (1), que nous ne continuerons point les pouvoirs de ceux qui, sans raison légitime, laisseront écouler deux ans sans vaquer à ce saint exercice. «

Cette retraite, qui durait huit jours, s'ouvrait, le second dimanche de Pâques, au grand séminaire. Pour donner de la place aux retraitants, les séminaristes étaient envoyés pendant ce temps en vacances.

Mgr de Hercé faisait toujours partie de la retraite et présidait à tous les exercices. Il s'appliquait surtout à faire repasser les rubriques, attachant une grande impor-

(1) Chap. XXIX : De la retraite ccclcsia^itiqiie.

tance à ce que les offices se célébrassent d'après les règles, avec dignité et piété. Il prêchait le premier ou le dernier sermon, mais donnait par ailleurs de nombreux avis. Les autres sermons étaient prêches par des recteurs ou autres prêtres vénérables du diocèse, que prévenait un an à l'avance Févêque, en leur indiquant le sujet sur lequel ils devaient parler.

Pendant les récréations auxquelles il prenait toujours part, mêlé à son clergé, ^Nlgr de Hercé se montrait très paternel, plein d'entrain, évitant toute question d'affaire administrative.

Aux ecclésiastiques qui n'avaient pas la charge d'une paroisse, il ne donnait le pouvoir de confesser que pour deux ans, et c'est à la retraite qu'il renouvelait les pouvoirs ; par ce moyen il les forçait de suivre tous les deux ans les exercices spirituels.

C'est également pendant la retraite que Févêque de Dol faisait les changements des vicaires. Ces changements, il les accordait très facilement à cause des difficultés de la vie commune, soit à la demande des recteurs, soit à la demande des vicaires eux-mêmes.

« Il y a tant d'hommes de bien, disait-il, qui par antipathie, opposition de caractère, ne peuvent vivre ensemble en paix ; le seul remède est de les séparer. »

La clôture de la retraite avait lieu le samedi, après la messe. Chaque retraitant payait pour sa pension de 18 à 20 livres. Aussitôt la retraite terminée, les séminaristes réintégraient le séminaire (1).

Certains bénéfices se donnaient au concours. Ce concours se tenait au Palais épiscopal « tous les premiers jours non fêtés des mois de mars, de juin, de septembre et de décembre (2) ».

(1) Vie ms. en espagnol.

(2) Statuts, chap. xxx, Du Concours.

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