MGR DE HERCÉ MISSIONNAIRE
venaient en aide, ainsi qu'à tous les fidèles qui suivaient leurs pieux exercices (1).
L'évêque de Dol attacliait une telle importance à ces missions, qu'il y consacra des sommes considérables. C'est ainsi que, en 1777, il constituait une somme de 3,000 livres pour donner des missions dans la paroisse de Pleudihen, et, en 1783, une somme de 2,400 livres au profit des missions de Lanmeur (2).
Nous ne quitterons pas ce sujet sans dire un mot de la mission que Mgr de Hercé donna, au début de son épiscopat, dans l'église-cathédrale de Dol.
On savait qu'il devait ouvrir la mission par un discours. Le peuple accourut en foule, non seulement de la ville, mais encore des campagnes environnantes. Plus de 8,000 personnes se pressaient dans la cathédrale devenue trop étroite, malgré ses vastes proportions.
Le jeune évêque monte en chaire. Tous les yeux sont attachés sur lui ; le silence est profond. Très ému, Mgr de Hercé se trouble, hésite. Bientôt il se remet, et, après s'être adressé à son peuple comme un père à ses enfants, en un st3de simple, clair et élégant, il s'élève tout à coup à la hauteur et à l'autorité d'un vrai prophète, qui, parlant au nom de Dieu, exhorte, encourage les bons, dans un langage empreint de mansuétude, reprend et condamne les mauvais avec des accents de la plus entière liberté. Lorsque, interprétant l'anathème : Vse tibi Coroza'im ! vœ tibi Bethsaïda ! il apostropha avec chaleur et
(1) Ce Bref est daté du 31 mai 1788. (Argh. de l'hoiel de HEi!(;É.)
(2) Argh. de l'hôtel de Hercé. Ces deux paroisses font aujourd'hui partie du diocèse de Saint-Brieuc.
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éloquence les pécheurs endurcis, tous les yeux se remplirent de larmes.
Pour cette mission, il avait fait appel aux meilleurs prédicateurs de son diocèse, mais aucun ne l'égala. Les fidèles auraient voulu encore entendre leur évèque, mais celui-ci s'en tint à sa règle inflexible de ne prêcher qu'une fois dans les missions (1).
Sa prédication avait, en effet, un attrait spécial. Il n'hésitait pas à dénoncer avec la plus grande liberté, comme le dit un de ses contemporains (2), et à stigmatiser, avec la dernière énergie, les vices et les erreurs de son temps, les impiétés du système philosophique qui avait Voltaire pour père. Ecoutons ce passage, plein d'une sainte indignation, du mandement que l'éloquent prélat adressa à ses diocésains, à l'occasion du .fubilé donné par le Pape Pie VI, nouvellement élu (3). C'était deux ans avant la mort de Voltaire, c'est-à-dire au moment où Vinfâme vieillard était à l'apogée de sa gloire de coryphée de l'impiété.
« Que ne méprise-t-on pas de nos jours ? demandait l'évèque de Dol. Les pratiques les plus respectables de la Religion, les choses les plus saintes, ne sont-elles pas continuellement exposées aux railleries, et aux insultes les plus piquantes ? A quels excès ne va pas sur cela la témérité de notre siècle ? Siècle d'impiété et de libertinage, qui ne respecte aucune autorité, qui ne reconnaît aucun devoir, qui foule également aux pieds toutes les lois, où on n'aperçoit presque plus aucuns vestiges de ces vertus qui faisaient la gloire du Christianisme naissant, où on ne rougit pas de faire l'apologie des plus honteuses passions,
(1) Vie ms. en espagnol.
(2) L'abbé Delacroix, l'auteur de la 17e ms. en espagnol.
(3) Jubilé universel de l'Année sainte. A Dol, chez Arnaud Caperan.