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SON TALENT ORATOIRE

OÙ on élèverait volontiers des autels à la volupté; siècle qu'on appelle cependant le siècle du bon sens et de la raison. Mais quelle raison, grand Dieu ! raison qui a presque éteint la foi parmi nous, qui a avili la sainteté du culte, et qui a répandu dans les cœurs une corruption presque générale.

» Voilà les fruits funestes de cette philosophie, plus dangereuse que celle des Payens, dont on nous étale les maximes dans cette foule d'écrits scandaleux qu'on débite depuis plusieurs années. Liens sacrés de la Nature, de la Religion, de la Société, vous n'êtes plus que de vains noms ; ces nouveaux Docteurs, en s'élevant avec audace contre la Divinité même, en érigeant en dogme leur monstrueuse doctrine, en dégradant la nature humaine, en détruisant notre liberté, ont appris à secouer le joug aimable que vous imposez, et à étouffer jusqu'aux remords du crime ; et quels remords pourraient rester encore à ceux qui ne voyent de différence entre le bien et le mal, entre le crime le plus atroce et l'action la plus digne d'éloge, entre le vice et la vertu, que celle qu'établissent l'ignorance et le préjugé ?

» Mais ensevelissons ces horreurs dans les ténèbres où elles ont pris naissance : et plaise à Dieu qu'elles ne reparaissent jamais ! ))

Ce langage vraiment apostolique qui attirait les foules au pied de la chaire, l'évêque de Dol le tiendra également, dans une circonstance mémorable, en présence du roi Louis XVI, douze ans plus tard.

Un autre exercice de piété auquel s'intéressait particulièrement Mgr de Hercé, c'était les retraites pour les laïques.

Ces retraites avaient été d'abord fondées à Dol par un

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recteur de Montreiiil-le-Gast, M. de Fougères, puis organisées, vers 1703, par Mgr Le Paulmy d'Argenson, qui en confia le soin aux Pères Eudistes, directeurs du grand séminaire (1).

Une maison, auprès de l'iiùpital, dans la rue alors appelée «rue du Moulin-de-l' Archevêque )>, était consacrée à ces pieux exercices. Au temps de Mgr de Hercé, cette maison tombant de vétusté et formant un coude sur la rue, l'évèque obtint, en 1779, de l'Intendant de Bretagne, qui déclara s'en rapporter complètement à lui, de rebâtir cet immeuble dans l'alignement de l'hùpital. Cette rue rendue plus spacieuse et «procurant, selon l'expression du prélat, un coup d'œil infiniment plus agréable », reçut dès lors le nom de rue de Hercé (2) .

Les retraites duraient une semaine. Il s'y trouvait à chaque fois une moyenne de 300 hommes et femmes. Chaque retraitant payait 6 livres environ. Le principal du collège de Dol d'alors, l'abbé Delacroix, prétend qu'on s'y montrait très sévère pour l'absolution, et que même, une fois, sur 300 retraitants, un seul fut jugé digne de communier. Faut-il voir là des preuves de jansénisme dans les confesseurs, ou une perversité incurable dans les retraitants ? Toujours est-il que généralement la moitié seulement des hommes et les deux tiers des femmes étaient admis à la communion.

Il arrivait souvent que, dans leur contrat, les serviteurs mettaient comme condition qu'ils assisteraient une fois l'an aux retraites.

Mgr de Hercé n'assistait pas à ces exercices spirituels, mais il s'en faisait rendre un compte rigoureux (3).

(1) Annales de la Congrégation des Eudistes, t. H.

(2) Arch. départ. d'Ille-et-Vil. C. 3G2. La maison de relraile porte encore les traces des armes do Mgr de Hercé avec la date 177D.

(3) Vie ms. en espagnol.

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Pour suivre l'ordre des occupations annuelles du zélé évêque de Dol, nous devons parler maintenant de ses rapports avec son collège.

Ce collège, fondé en 1737 par Mgr du Bouschet de Sourches, et actuellement occupé par l'école libre des Frères dits de Lamennais, était situé en dehors des murs de la ville de Dol.

Mgr de Hercé qui était très lettré, s'intéressait vivement aux études classiques. Aussi avait-il mis son collège sur un bon pied. Sous son épiscopat, de futures illustrations y passèrent; tels furent entre autres l'archéologue Rêver (1), le jurisconsulte Touiller (2), le médecin Legallois (3), et surtout Chateaubriand qui, dans ses Mémoires d'Outre- Tombe, parle d'une façon si charmante de ce collège où il fît sa première communion.

Le collège de Dol ne contenait guère que quatre classes, attendu qu'on en mettait deux en une seule à cause du petit nombre des élèves, le collège de Dinan, fondé par Mgr des Laurents, évêque de Saint-Malo, lui faisant ombrage par sa proximité.

A Dol, on professait même la philosophie; et Mgr de Hercé tenait à ce que les jeunes gens qui voulaient entrer dans son grand séminaire fissent, en plus d'une année de rhétorique, deux années de philosophie dans son collèo-e.

(1) L'abbé Rêver, né à Dol, lut également professeur de philosophie dans ce collège; il publia plusioiu^s travaux archéologicjues sur la Normandie.

(2) Né à Dol, auteur des Commentaires sur le Droit civil.

(3) Né à Ghen^ueix, près Dol, auteur des Expériences sur le principe de la vie, notamment sur celui des mouvements du cœur et sur le siège de ce principe.

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Outre les études classiques, on y professait les arts d'utilité et d'agrément : ainsi des maîtres de danse, d'armes, de musique instrumentale et vocale étaient mis à la disposition des élèves.

« Lorsque le temps était beau, — raconte un ancien élève du collèg-e de Dol, Chateaubriand (1), — les pensionnaires sortaient le jeudi et le dimanche. On nous menait souvent au Mont-Dol, au sommet duquel se trouvaient quelques ruines gallo-romaines : du haut de ce tertre isolé, l'œil plane sur la mer et sur les marais où voltigent pendant la nuit des feux follets, lumière des sorciers qui brûle aujourd'hui dans nos lampes. Un autre but de nos promenades était les prés qui environnaient un séminaire d'Eudistes. »

Les professeurs s'étudiaient a profiter de ces promenades pour donner à leurs élèves des leçons de choses. A la saison des fleurs, on leur faisait un cours de botanique pratique. A l'époque des nids, on ajoutait à l'agrément de les chercher celui de la description et des mœurs des divers oiseaux ; mais Chateaubriand sut, par expérience, qu'il était défendu de monter dans les arbres pour dénicher les nids de pie (2 . L'hiver, tout en menant les écoliers glisser sur la glace, le professeur leur parlait de la formation de celle-ci. Dans les jours longs, les promenades se faisaient vers la mer, située à six kilomètres de Dol; alors, sur les grèves de la baie de Cancale, les élèves assistaient à des conférences sur le flux et le reflux, et sur diverses questions maritimes.

Il fallait pour cela des professeurs très instruits, et l'évêque de Dol mettait tout son soin dans leur choix. Chateaubriand constate, en effet, qu'il y avait entre autres un professeur, Tabbé Leprince, homme d'esprit, possédant à fond la géométrie et véritable artiste. Mgr de Ilercé avait

(1) Mémoires d'Outre-Tombe, t. I.

(2j Ibid.

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