PROPBE DES SAINTS DE DOL
rique de Tabbé Déric, la piété solide et le goût littéraire de Mgr de Hercé s'y révèlent. Les saints dolois y sont traités magnifiquement ; pour eux, on a composé des hymnes spéciales et du plus vif intérêt, complètement différentes de celles déjà si intéressantes cependant du Bréviaire de Dol, de 1519.
Les offices de Saint Gilduin^ diacre et chanoine de Dol, dont les hymnes célèbrent le refus de la mître (1) ; des Saints Pontifes de Dol, dont les leçons donnent une histoire abrégée mais légèrement inexacte ; de la Vénérsition des Saintes Reliques de V église-cathédrale de Dol, pleins de renseignements précieux sur ces reliques ; de Saint Samson, «archevêque de Dob) et patron du diocèse (2), avec ses quatre hymnes ; de VOrdination de saint Samson ; de saint Magloire, «archevêque de Dol»; de l'Aniiicei^^aire de la dédicace de V église-cathédrale de Dol et des autres églises du diocèse, ont un cachet tout particulier, qui donne une idée de la solennité avec laquelle Mgr de Hercé, entouré de son chapitre, célébrait, dans sa magnifique cathédrale, ces gloires de l'Église de Dol.
Au milieu de cette théorie de Saints bretons qui ont leur office propre dans le Lectionnaire de Dol, figure avec éclat un Pontife romain, dont la présence est signilicative. C'est saint Urbain, Pape et martyr, qui évidemment n'occupe une place de choix dans le Propre qu'en qualité de patron d'Urbain de Hercé.
En lisant les deux hymnes de cet office, on est porté à se demander si leur auteur n'a pas eu autant en vue le
(1) Voce concordi legitur Dolensis Prœsul : obsistit pietas ; tiara Frons ncgat cingi, (jraviora terrent
Pondéra mitrœ.
(2) Déric a malheureusement suivi une tradition erronée qui admet deux saints Samson.
Pontife dolois que le Pontife romain. X'est-ce pas à Urbain de Hercé que s'adresse cette strophe de l'hymne de vêpres :
« Bien que tu ne présenteras pas sous le glaive terrible ta tête en immolation pour la cause de Dieu, tu remporteras la palme du martyr ou tu seras digne de ce nom {!). »
C'est une prophétie, faite vingt-six ans avant que Mgr de Hercé ait eu, non pas, en effet, la tête tranchée, mais la poitrine déchirée par les balles révolutionnaires.
N'est-ce pas le saint et zélé Pasteur de Dol qui est décrit dans ces strophes de Laudes :
(( Avec ce Pasteur, timide troupeau de brebis, ne crains rien des embûches ou de la rage du loup féroce ; autour de toi, veille d'un soin attentif un Pasteur prévoyant.
» Ecarter les ténèbres de la lumière répandue dans les âmes, est son seul souci ; il brûle de jeter des flammes ardentes dans les cœurs languissants.
)) Prier avec larmes est son délice ; soulfrir la pauvreté est sa richesse ; dompter par de perpétuels combats un corps rebelle est son plaisir. »
(1) Non truci quamvis caput immolandum Pro Dei causa dederis siib ense, Martyris palmam réfères, i:el illo
Noinine diijnus.
(2) Hoc Pastorc, tener rjrcx ovium, Iriicis Fj'audes aiit rebiem ni' metuas lupi; Te circum vigili providus cxcubat
Pa.stor sollicitudine .
Illi cura suhest unira mcnlibus Infusa tencbras hice repcUerc ; Et quels ipse flaijrat, subdere laurjuidis
Vil as pcctoribus faces.
lUi dcliciœ cum lacnjmis preces ; un divitiw paupcricm pati ; Illum perpeluis indociles juvat
Artus franrjere prœliis.
QUESTION d'un BRÉVIAIRE BRETON 63
Qu'on ii'accuso pas l'auteur de ces hymnes d'avoir voulu flatter un prélat au lieu de louer un saint. Nos meilleurs artistes chrétiens n'ont su mieux représenter les bienheureux que sous les traits de personnages de leur époque répondant à l'idée qu'ils se faisaient de leurs héros.
Ainsi en est-il de l'auteur des hymnes de l'oince de S. Urbain, au Propre de Dol. La vie du Pape Urbain est peu connue ; le poète pouvait-il mieux faire que s'inspirer des vertus du fils pour peindre le père ?
Urbain de Hercé, tout humilité, en récitant cet ofhce divin, loin de s'y reconnaître, priait son saint Patron ■d'imiter ses vertus.
Ce Propre de Dol ne suffisait cependant pas à la récitation de l'office divin ; pour les psaumes, pour beaucoup d'hymnes, pour les leçons du V et du 3" nocturne, il fallait avoir recours au Bréviaire romain, ainsi que pour les offices communs. Mais ce Bréviaire avait paru défectueux^ sous plusieurs rapports, à un certain nombre d'évêques français. De là ce grand nombre de Bréviaires qui furent édités en France dans le cours du dix-huitième siècle et qui, par une meilleure distribution des psaumes, par l'élégance et la bonne poésie des hymnes, par un choix plus judicieux des leçons tirées des Pères et une facture plus historique des légendes des Saints, rendaient les offices de ces Bréviaires français plus attrayants que les offices trop monotones du Bréviaire romain. Nous avons cité parmi ceux-là le Bréviaire de Rouen, composé par Urbain Robinet, auquel le Lectionnaire de Dol emprunta la plupart de ses hymnes ; il faut également citer ceux de Paris et de Tours.
En 1775, les évêques de Saint-Brieuc et de Nantes adoptèrent le Bréviaire Parisien.
Le chapitre et le clergé du diocèse de Dol sollicitèrent, vers la même époque, Mgr de Hercé d'imiter ses collègues. L'évèque de Dol, indécis sur le choix du nouveau Bréviaire, tardait à se rendre à ces vœux de son clergé, lorsqu'il apprit que Mgr Bareau de Girac, évoque de Rennes, pensait lui-même à donner à son diocèse un nouveau Bréviaire.
Aussitôt, il lui écrivit :
« Dol, 4 septembre 1781.
» Je vous interromps, mon cher Seigneur, au milieu de vos travaux apostoliques pour vous demander s'il est vray, comme on me le dit, que vous songes à donner un nouveau Bréviaire à votre diocèze. Vous pourries dans ce cas, et sans beaucoup de peine, en faire un qui conviendroit à tous les diocèzes de Bretagne, et que tous vos confrères adopteroient avec la plus grande confiance : et alors A^ous auriès d'autant plus de facilité pour l'édition, que le débit et la consommation en seroient considérables, et olfriroient par là de grands avantages aux éditeurs. M. l'Archevêque de Vienne en fait imprimer un pour son diocèze et ses suiïragans, qui portera le nom de Bréviaire de la province de Vienne.
» Ce seroit certainement une belle chose que d'en faire un pour toute la Bretagne, et ce seroit une entreprise digne de vous, et j'ose dire mémorable pour votre Episcopat. Quant à moi qui ne suis qu'un point sur la surface du globe ecclésiastique, je suis sollicité de toutes parts par mon chapitre et par mon clergé de donner un nouveau Bréviaire ; et, n'ayant pas le moyen d'en faire une édition, il faudra bien que j'adopte celui de Paris, si je ne puis faire autrement.
» J'attendrai votre réponse auparavant que de prendre aucun parti. Je continue d'être avec autant d'attachement que de respect.