QUESTION D UN BRÉVIAIRE BRETON
» Mon cher Seigneur,
» Votre très humble et très obéissant serviteur,
» 7 Urb. R., Evéque de Dol (1 . »
L'évèque de Rennes ne prenant pas de décision, Mgr de Hercé entra en négociation avec les éditeurs du Bréviaire parisien et se mit lui-même à rédiger un Propre des Saints du diocèse de Dol pour y ajouter.
Sur ces entrefaites, Mgr Bareau de Girac lui fit des pro- ])Ositions pour le Bréviaire de Tours qu'il allait donner au diocèse de Rennes.
L'évèque de Dol s'empressa alors de lui demander des renseignements.
« A Dol, 1:1 may 1784.
» Je reçois dans l'instant, ^lonseigneur, une lettre de M. Gontier, votre secrétaire, qui m'envoyë par votre ordre un état des prix des nouveaux livres d'Eglise imprimés par le diocèze de Tours, et qui me fait entrevoir qu'on va les adopter pour votre diocèze ; mais, comme ce n'est peutêtre qu'une conjecture de sa part, et que mon chapitre et mon clergé me poussent l'épée dans les rheins pour leur donner un nouveau bréviaire, je vous prie de me marquer positivement si vous êtes effectivement déterminé à prendre celui de Tours tel qu'il est, sine addito, ou si vous y faites quelques changemens particuliers à votre diocèze.
» Je suis en négociation, depuis un mois, avec les imprimeurs du Bréviaire de Paris, et je travaille à la rédaction d'un Propriuni sanctorum que je substituerais à celui de Paris, et qui serait imprimé aux frais de mon clergé. Mais je ne suis pas tellement lié avec lesdits imprimeurs, que je ne puisse encore abandonner ce projet, et me réunir avec vous pour l'adoption du Bréviaire de Tours,
(1) Arcii. de l'Ahcuevèché de Hennés.
66 URBAIN DE HEKGK
pourvu toutefois que cette affaire ne traisne pas en longueur, car il y a déjà trop longtemps qu'elle est au croq.
(( Comme vous avès, mon cher Seigneur, des occupations immenses qui ne vous permettent pas d'entrer dans tous ces détails, ne vous génès point pour me répondre par vous-même. Indiques moy quelqu'un avec lequel je puisse correspondre, et qui puisse me donner tous les renseignemens dont j'aurai besoin, et vous n'entendrès parler de moy que pour vous donner des témoignages de mon respect. C'est dans ces sentimens que je veux vivre et mourir, mon cher Seigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
ff -f Urb. R., Évèque de Dol (1). »
Un an après, en juin 1785, Févêque de Rennes recommandait à son clergé le Bréviaire de Tours dont il venait de faire imprimer une édition, en substituant aux fêtes et aux offices propres de l'Eglise de Tours, ceux de l'Eglise de Rennes 2).
Pour des raisons que nous ignorons, l'évêque de Dol n'adopta pas ce Bréviaire. D'après l'abbé Tresvaux (3i, il aurait donné, dès 1784, à son clergé le Bréviaire de Paris, tout en réservant le Propre des Saints du diocèse de Dol. Mais, mieux instruit, Mgr de Hercé supprima de celui-ci l'office d'un second saint Samson, inséré par l'abbé Déric d'après une fausse interprétation, pour ne conserver que la fête du vrai patron du diocèse de Dol fixée au 28 juillet 4 .
(1) Arch. de l'Arche\ KciiK 1)1". Rennes.
(2) Mandement en latin en lèle du : lÎREViAitnM ihieikjnense, lll. et Rev. in Christo l'atris D.D. Francisci Bare.m- de Girac, cphcopi rhedonensis, auctoritate, ac venerabilis ejusdcm Ecclesiœ capituli consensii. edilum. Parisiis, ti/pis Micltneiis Lmnherl, D.D. Episcopi lihedonen^is typor/raphi... 1786. 4 vol. in-12.
(3) Les vies des saints de Brctcujnc, t. [, p. x.w .
(4) Ibid. t. I, p. 203, note.
QUESTION d'un BRÉVIAIRE DOLOIS 67
En 1786, Mgr de Hercé n'avait cependant pas abandonné encore la pensée de faire imprimer un Bréviaire spécial.
N'écoutant que son goût littéraire et sa piété, le savant et pieux évèque aurait désiré en rédiger un lui-même et le faire imprimer dans sa ville épiscopale, comme il l'avait fait pour le Lectionnaire de Dol.
Mais le petit imprimeur de l'évèque et comte de Dol, Arnaud Caperan, était mort au commencement de 1783, et l'imprimerie avait été supprimée. Désolé, Mgr de Hercé avait demandé le rétablissement de celle-ci pour le service du diocèse (1) ; car il se voyait dans la nécessité d'envoyer imprimer ses mandements et lettres circulaires à Saint- Malo ou à Rennes (2).
En 1786, sur de nouvelles instances de l'évèque, qui, par cette suppression, voyait ses projets d'impression d'un nouveau Bréviaire à jamais écartés, l'Intendant de Bretagne, sollicitant du g-arde des sceaux le rétablissement de l'imprimerie de Dol, usa de ce dernier argument : « D'ailleurs M. l'évèque de Dol se propose de faire imprimer un nouveau Bréviaire pour son diocèse 3 . »
La réponse du garde des sceaux fut favorable, mais elle n'accordait qu'un rétablissement temporaire (4) qui ne permit pas à Mgr de Hercé de réaliser ses desseins. Il s'en tint donc au Bréviaire parisien.
Le zèle apostolique de Mgr de Hercé ne se bornait pas aux étroites limites de son diocèse.
(1) Arch. départ. d'Ille-et-Vil. g. 2,.'j92 : Lettre du garde des sceaux à Vlntendant de Bretagne, 15 sept. 1783.
(2) Ibid. Lettre du subdélégué de Dol à Vlntendant, 10 oct. 1783.
(3) Ibid. G. \'^^V^ : Lettre de Vlntendant au garde des sceaux, 7 octobre 1786.
(4) Ibid. Lettre du garde des sceaux ù Vlntendant, IG nov. 1780.
68 LRBAIX DE HERCÉ
En ces temps où l'Eglise de France jouissait d'une liberté heureuse et du droit de faire entendre ses doléances au pouvoir souverain, le clergé se réunissait, tous les cinq ans, en assemblée provinciale, et,tousles dix ans, en assemblée générale pour discuter les intérêts tant spirituels que temporels de l'Église gallicane. De plus, l'Assemblée générale confiait à deux agents ecclésiastiques le soin de A'eiller, dans l'intervalle de ces tenues, à la bonne gestion des affaires du clergé, et au respect de ses privilèges, ainsi que « de poursuivre aux Cours de Parlement, dit un contemporain 1 , les affaires qui regardent la Religion, le service divin, l'honneur et la dignité des personnes ecclésiastiques, et de demander ce qu'ils estimeront être de la dignité et de l'intérêt général du Clergé de France, lorsqu'il n'est pas assemblé. »
Le diocèse de Dol, comme tous ceux de la Bretagne, faisait partie de la Province ecclésiastique de Tours. Mgr de Hercé ne restait pas indifférent aux assemblées de cette Province.
En 1770, il ne put y assister ; mais il se nomma un procureur pour le représenter.
Depuis qu'Innocent III, au onzième siècle, avait enlevé à Dol son titre et ses prérogatives de Métropole de Bretagne, les successeurs des archevêques de Dol jouissaient, dans les assemblées de la province de Tours, du privilège d'avoir un fauteuil placé vis-à-vis de l'Archevêque, d'être évoqués et de signer immédiatement après le métropolitain. Ce droit, Mgr de Hercé, comme ses prédécesseurs, le réclama, et il chargea son procureur d'exiger que, quoique devant rester vide, son fauteuil fût à sa place et que son nom fut évoqué à son rang. Quant au procureur lui-même, il devait, toujours selon l'usage, être évoqué et signer im-
(1) Durand de Maillane, avocat au Pailomenl d'Aix : Dictionnaire de Droit canonique, 3^ édit. 1776, t. I", au mot Agents.
médiatement après les évêques présents, puis au nom de l'évêque de Dol « renouveler toutes les protestations faites aux précédentes assemblées provinciales par ses prédécesseurs évêques ou leurs députés (1). »
Le député du second ordre reçut également pouvoir du clergé du diocèse de Dol « de faire demander et requérir pour le maintien des droits, prééminences et prérogatives, dont doivent jouir les députés du clergé de Dol en ladite assemblée, tous actes à ce nécessaires, notamment d'être évoqué et de signer immédiatement après le député de la Métropole (2). »
Mgr de Hercé donna aussi mission à son procureur de nommer pour l'Assemblée générale, qui devait se tenir à Paris, le 14 mars, Mgr Gharlos-Jean Bertin, évêque de Vannes, pour le premier ordre, et messireJacques-Prosper- Hippolyte de Farcy, grand-chantre et vicaire général de Quimper, pour le second ordre.
Les Assemblées générales du clergé n'avaient pas seulement pour but, nous l'avons dit, de s'occuper des intérêts spirituels de l'Église de France. Les intérêts temporels y avaient leur part. Gomme les Etats des Provinces, les Assemblées du clergé prélevaient sur leurs biens des décimes pour venir en aide aux besoins du Royaume.
Dans les cas pressants, c'est à la générosité du Clergé que s'adressait le Roi, sur du patriotisme et du dévouement sans borne du premier Ordre de l'Etat.
En 1772, les besoins étaient extrêmes, et c'est un sacrifice extrême qu'on sollicita de l'Eglise de France : on lui demandait un don gratuit de dix millions. Aussitôt les agents généraux du Clergé provoquèrent une Assemblée générale extraordinaire, et invitèrent les métropolitains à
(1) Arch. du (iREi'FE DE DoL : mi)uitcs ecclésiastiques; procui'alion de Mgr de Hercé, 5 février 1770.
(2) Ibid. Procuration du rlrriié du diocèse de Dol, G février 1770.
70 URBAI.N DE HERCÉ
réunir les Assemblées provinciales pour l'élection des députés.
Mgr de Hercé que la misère dont il était le témoin impuissant ailligeait au plus haut point, sembla se révolter devant le sacrilïce excessif qu'on demandait au clergé.
« Votre Assemblée extraordinaire, écrivit-il à Tévèque de Rennes, me fait trembler, et je ne vois guère de moyen de donner dix millions dans un tems surtout où tous nos biens sufïiraient à peine pour donner du pain à tous ceux qui en manquent (1). »
Il désirait se rendre à l'Assemblée de Tours pour présenter ses observations et nommer, pour l'Assemblée générale, des délégués qui pussent les y faire valoir. Mais ses ressources personnelles ne lui permettaient pas ce voyage dispendieux.
Il adressa alors à l'Agent général du clergé, l'abbé Dulau (2i,la lettre suiA-ante :
« Comme on parle. Monsieur, d'une Assemblée extraordinaire du Clergé, et que l'éloignement où je suis de la Métropole (de Tours) me rend très dispendieux les voïages que je suis obligé de faire pour assister aux Assemblées provinciales, je vous serais bien obligé, Monsieur, si vous vouliés bien me marquer, premièrement, si la Chambre ecclésiastique de chaque diocèse n'est pas tenue d'adjuger une taxe à l'évêque chaque fois qu'il va aux Assemblées provinciales, et, en second lieu, sur quel pied cette taxe doit être fixée. J'ay vu qu'en plusieurs diocèses les Evêques se faisaient payer leur voiage toutes les fois qu'ils allaient aux Assemblées de leur province, et cette taxe est assès
{[) Arcii. I)K L".\n(;iiKvi>t:nK iiE Rr.NNKs : Lettre à Mgr ïiareau de ■Girac, 9 mars 1772.
(2) Jean-Marie Dulau devint archevêque d'Arles, imi 177;>, et fut jiiassiicré aux Carmes, li' 2 septembre 1792, à làge de 54 ans.
ordinaireuieiit le double de celle qu'on adjuge au député du second ordre. Mais j'ignore si cet usage peut être regardé comme un droit exigible.
» Mes prédécesseurs allaient si rarement aux Assemblées que nous ne trouvons rien d'établi à cet égard, et que nous nous sommes proposés de nous en rapporter à votre décision. Je vous serai bien obligé, Monsieur, si vous vouliès bien consulter là dessus les Mémoires du Clergé et me servir de guide dans cette circonstance. » J'ai l'honneur d'être...
» -f Urb. R., Evèque de Dol,
" DmI, li mars 1772 (1). -
Nous ignorons la réponse de l'Agent général du Clergé. Toujours est-il que Mgr de Hercé se rendit à l'Assemblée provinciale de Tours où il ne dut pas manquer de présenter ses observations contre le don gratuit. En revenant, il s'arrêta quelque temps à Nantes. Là, il apprit que l'Assemblée générale, tenue peu après à Paris, n'avait pas partagé ses appréhensions. Il en manifesta un vif regret, dans une lettre à l'évêque de Rennes :
« Je viens d'apprendre, disait-il, que l'Assemblée du Clergé avait accordé un don gratuit de dix millions. Si les choses continuent d'aller ce train-là, nous laisserons des aiïaires bien dérangées à nos neveux (2). »
En 1780, se tint à Paris l'Assemblée générale ordinaire du Clergé. L'Assemblée provinciale fut convoquée, selon
(l; <( A monsieur l'abbé Dulau, auiMil ii^MK-ial ilii Clergé à son hôlei, à Paris. » Arch. nationales, (i^.
(2) Arch. de LAitcHEvÈCHÉ de Hennés: Li'llrc à Mtjr ïiarcau de Girac, diiW'c (le. .XaïUes, 23 juin 1772.
72 URBAIN DE IIERCÉ
la coutume, quelques jours auparavant pour nommer des députés.
Cette Assemblée de Tours devait être particulièrement importante, en ce sens qu'on devait y nommer un Agent général du Clergé. Cette fonction, dévolue à un membre du second ordre, mettait en relief et désignait pour Tépiscopat le sujet qu'on en honorait.
Mgr de Hercé dut penser un moment pour cette charge très enviée à son frère et vicaire général l'abbé François ; mais François, très humble d'ailleurs, ne voulait à aucun prix se séparer de son bien-aimé frère et évéque. Celui-ci porta alors ses regards sur son jeune frère, Julien-César de Hercé, vicaire général de Nantes. C'est pendant le séjour qu'il fit dans cette ville, à son retour de l'Assemblée provinciale de 1772, que l'évèque de Dol conçut ce projet. Sachant qu'il fallait s'y prendre longtemps à l'avance par d'instantes sollicitations, Mgr de Hercé écrivit aussitôt à plusieurs de ses collègues pour s'assurer leurs suffrages en faveur de son frère.
« Comme la métropole de Tours est en rang de nommer un Agent en 1780, — écrivit-il à l'évèque de Rennes, — j'ai écrit à plusieurs de nos confrères pour leur demander leur suffrage en faveur d'un de mes frères qui est grand-vicaire de Nantes; et les réponses favorables que j'en ai reçues m'enhardissent à vous demander la même g-râce, en cas toutefois que vous n'ayès point contracté d'engagement, et que vous n'ayès de vues sur personne qui vous intérese. Je vous prie d'être persuadé que ma reconnaissance sera toute ma vie inséparable du respectueux attachement avec lequel j'ay l'honneur d'être, etc.. (1). »
(1) Arcii. dk l'Arciikvkciik i)k Hknne> : Lettre à M^r Barenit de Girac, dat(''e de Nantes, 23 juin 1772.
De plus, un an avant l'Assemblée de 1780, Mgr de Hercé, probablement parce qu'il prévoyait être député du premier ordre à cette Assemblée par la province de Tours, prépara la nomination, comme député du second ordre, de son frère et vicaire général, François de Hercé, dont la société et les bons conseils lui étaient précieux.
C'est encore à son collègue et ami, l'évèque de Rennes, Bareau de Girac, qu'il fit appel en cette circonstance.
« Dans la persuasion où je suis, mon cher Seigneur, — lui écrivit-il, — que vous n'avès contracté aucun engagement pour la députation du second ordre à la prochaine Assemblée générale du Clergé, j'ay l'honneur de vous demander votre suffrage pour mon frère, avec toute la confiance que m'inspire votre amitié. J'en ay prévenu M. l'Archevêque de Tours qui a bien voulu approuver cette démarche et me promettre son suffrage (1). »
Mgr de Hercé partit avec son frère François, pour l'Assemblée provinciale de Tours, vers la fin d'avril 1780, laissant le soin de son diocèse à l'abbé Déric, vicaire général (2).
C'est le lundi, 8 mai, qu'eut lieu l'ouverture de l'Assemblée. Les évêques et les députés des diocèses y étaient plus nombreux que jamais.
Etaients présents (3) :
(1) Argh. de l'Archevèghk de Hennés : Lettre à Mgr Bareau de Girac, datée de Dol, 12 juin 1779.
(2) Pendant cette absence de Mgr de Hercé, tous les actes du diocèse sont, en elTet, signés de l'abbé Déric.
(3) Tous les détails sur cette assemblée sont empruntés au Procèsverbal de l'Assemblée provinciale tenue à Tours, le huit mai/ 1780, dont une copie ms. coUationnée et timbrée du sceau de l'archevêque de Tours, se trouve aux Akch. de l'xVrciievkciik de Re.n.ne:^. — In-fol. de 24 pages.
Mgr Louis-François de Gonzié, archevêque de Tours, président de l'Assemblée ;
Nosseigneurs Jacques de Grasse, évêque d'Angers; François Bareau de Girac, évêque de Rennes ; Urbain- René de Hercé, évêque et comte de Dol; Toussaint-François-Joseph Gonen de Saint-Luc, évêque de Quimper, comte de Gornouailles ; Jean-Augustin de Frétât de Sarra, évêque de Nantes ; Gaspard de Jouffroy de Gonssans, évêque du Mans ; Hugues-François de Regnauld-Bellescize, évêque de Saint-Brieuc ; Augustin-René Le Mintier, évêque et comte de Tréguier;
Puis les procureurs des évêques de Saint-Malo, de Léon et de Vannes ;
Enfin les députés du clergé de Tours, du Mans, d'Angers, de Nantes, de Quimper, de Vannes, de Saint-Malo, de Dol (François de Hercé), de Rennes, de Saint-Brieuc (Charles-^NIaurice de Talleyrand-Périgord .
Seuls les clergés de Léon et de Tréguier n'avaient pas envoyé de députés.
A neuf heures du matin, le 8 mai, tous ces évêques et tous ces députes partirent processionnellement du Palais arcliiépiscopal pour se rendre à l'église métropolitaine. En tête marchait l'archevêque de Tours, précédé de la croix, puis les évêques deux à deux suivant l'ordre de leur sacre, et ensuite les déput(is du second ordre.
Après la messe du Saint-Esprit, célébrée avec le cérémonial prescrit par le Pontifical, les membres de l'Assemblée vinrent dans le même ordre dans la salle d'audience <lu Palais, où fut exposée la croix arcliié|)iscopale.
l'n long bureau y avait été placé. L'archevêque j)rit place au haut, et les f'-vêques à droite et à gauche, toujours suivant l'ordre de leur sacre. ^Liis Mgr de Hercé, comme évêque de Dol, occupa un fauteuil qui lui avait été préparé à l'extrémité du bureau, en face de l'archevêque.
La séance commença par la lecture de dilférentes lettres
concernant la convocation de l'Assemblée, et par la vérification des procurations des députés du second ordre.
Les évêques d'Angers, du Mans et de Dol, ainsi que le député du clergé de Dol, firent entendre, de même qu'il arrivait à chaque assemblée, des protestations concernant leurs privilèges, protestations dont on leur donna acte.
L'archevêque de Tours prend ensuite la parole.
Après avoir salué « ces Pontifes vénérables dont le concours plus nombreux prouve que leur zèle se ranime à mesure que les objets de leur vigilance deviennent plus importants », et avoir exprimé sa confiance à la vue des dignes coopérateurs, députés par les diocèses pour s'associer à leurs fonctions, le vénérable .métropolitain trace, dans un langage d'une douloureuse éloquence, le tableau des impiétés de cette époque tourmentée.
« Les funestes zélateurs de l'irréligion, dit-il, ont entrepris d'élever des nuages pour obscurcir ces lumières vives et salutaires, que nous venons chercher dans nos assemblées ; confus d'y voir renaître et se perpétuer l'esprit des anciens Conciles provinciaux, dont elles sont l'image, ils ont cherché à nous dépouiller du droit d'y faire fructifier nos travaux, en nous renfermant dans les bornes étroites des seuls intérêts temporels, comme si les chefs d'Israël n'étaient pas en tous tems ses consolateurs et ses guides, et qu'assis au milieu des tribus, il peut leur être interdit de faire entendre ces paroles de vie, qu'elles ne doivent recueillir que de la bouche de leurs législateurs...
» Que le vœu de notre Province, — continue le métropolitain de Tours, — excite le zèle de l'Assemblée générale ; que, par les sollicitations les plus pressantes, elle obtienne la proscription de cette multitude de livres séducteurs, par lesquels une fausse philosophie s'eiforce de détruire la religion sainte dont nous sommes les ministres, sans sécarter de la modération que nous prescrit notre divin législateur; qu'elle fasse pour la défense de la foy de nobles et coura-
geux elForts; qu'elle fasse honorer les Pasteurs du second ordre, en leur procurant une subsistance plus proportionnée à leurs besoins; qu'elle nous concilie leur confiance, en tirant de l'avilissement ces coopérateurs estimables qui, accablés sous le poids d'un ministère laborieux, languissent souvent dans une honteuse indigence ; que, par de sages rrglemens, elle maintienne ou plutôt qu'elle rétablisse la discipline ; qu'elle fasse respecter notre autorité sainte, en déterminant l'usage par des formes régulières et constantes, propres à diriger avec sûreté l'exercice de cette juridiction, qui, dans ces derniers tems, a éprouvé de si fatales atteintes.
» Quels secours ne trouvera-t-elle pas pour l'exécution de ce qu'elle aura sagement réglé dans le zèle et dans les lumières du nouvel Agent que vous allés lui donner? Combien n'aurès-vous pas à vous applaudir vous-même d'avoir si heureusement placé votre conlîance ? »
Tous ces vœux reflétaient la piété et l'esprit de charité qui animaient le vénérable archevêque.
L^n seul de ces vœux cependant, le dernier, celui concernant le choix de l'Agent du clergé, était déplorable.
Si cet Agent avait été, selon le vœu de Mgr de Hercé, son frère Julien-César, vicaire général de Nantes, la Province de Tours eût eu lieu de se féliciter. Mais, dès l'assemblée provinciale de 1775, le choix de cet Agent avait été fixé, et l'assemblée présente le confirma. Ce fut Charles- Maurice de Talleyrand-Périgord, le futur évêque d'Autun, la honte du clergé français. Et c'est cet Agent que l'archevêque de Tours eut la témérité aveugle de recommander à la confiance de ses sulîragants. Possédant un bénéfice en Bretagne, Talleyrand s'était immiscé dans les assemblées de la Province de Tours, faisant oublier, par la finesse de son esprit et l'éclat de ses talents, une vie déjà publiquement scandaleuse.
Le choix des députés de l'Assemblée générale du clergé,
convoquée à Paris pour le 29 mai, racheta autant que possible Terreur du choix de l'Agent. L'archevêque fut prié d'accepter cette députation ; mais, sa santé demandant des soins, Mgr de Hercé et son frère François furent nommés à l'unanimité. Les deux élus remercièrent l'iVsserablée de cet honneur et assurèrent qu'ils feraient leur possible pour répondre à cette confiance.
Ces députés furent chargés d'engager l'Assemblée générale :
1° De renouveler les protestations contre le débit des mauvais livres et de solliciter l'exécution des ordonnances contre leurs auteurs et propagateurs ;
2° De protester contre l'établissement sur les ponts de Nantes d'un prêche fréquenté par les protestants de cette ville contrairement aux intérêts de la Religion, de l'ordre public et des lois du Royaume ;
3° De s'intéresser au sort des curés à portion congrue qui, par l'abandon fait par les décimateurs de la totalité des dîmes paroissiales, ne jouissaient que de 500 livres, et les vicaires de 250 ;
4" De solliciter du Roi « un règlement pour qu'il ne pût être délivré dans les Universités aucunes lettres de grades, qu'après que les élèves qui auront pris des leçons de philosophie et de théologie pendant cinq ans, auront fait des actes probatoires de leur science par des examens rigoureux, etc.. »
Dans la séance suivante, on donna également mission à Mgr de Hercé et à son frère, comme députés à l'Assemblée générale, de solliciter de celle-ci que les curés de la Province de Bretagne fussent déchargés des frais de construction et de réparation des presbytères, attendu que cette charge, à laquelle ils avaient été assujettis par de récents arrêts du Parlement de Rennes, exposait les curés à mourir insolvables ou à ruiner leurs familles, et empêchait les riches benéficiers de disposer, en faveur des
78 URBAIN DE IIERCÉ
pauvres de leurs paroisses, des économies de leurs revenus, dans la crainte de se trouver obligés à des dépenses excessives pour ces réparations ou constructions; — et aussi, à la demande du député de Saint-Pol-de-Léon, que les décimateurs ne fussent obligés que subsidiairement aux fabriques à la réparation des églises et chapelles.
Ces divers vœux qui montrent la sollicitude de TÉglise gallicane pour la conservation de la foi, pour le science du haut clergé, et pour les intérêts temporels du bas clergé, ne pouvaient être placés en meilleures mains qu'en celles du pieux, savant et charitable évêque de Dol.
L'Assemblée de Tours se termina par une messe basse célébrée pour le repos de l'âme des Evêques défunts de la province, le 10 mai 1780.
Aussitôt, Mgr de Hercé et son frère prirent la route de Paris pour assister à l'Assemblée générale du Clergé, comme députés de la Province de Tours.
Cette importante réunion du clergé français se tint au couvent des Grands- Augustins, dura du 29 mai au il octobre 1780, et comprit cent trente séances (1). S. E. le cardinal de la Pvochefoucauld, archevêque de Rouen (2), la présida.
Mgr de Hercé y comparut avec les titres de « conseiller du Roi en tous ses conseils, évèque et comte de Dol )> ; et son frère François avec ceux de « vicaire ixénéral du diocèse de Dol, abbé commendataire de l'abbaye royale de Chezal-Benoit, diocèse de Bourges, et titulaire du prieuré de Saint-Saturnin, diocèse d'Angers ».
1) Proci'S-veibal de l'Assemblée générale du clergé de France, en 1780. Paris 1782, in-fol.
(2) Cardinal depuis 1778, miturut, en exil, à Munster, le 22 sep- M
tembre 1800, à lage de 80 ans. »