PRÉOCCUPATIONS MATÉRIELLES
les travaux, au point de tenir avec le plus grand soin le compte des journées des manœuvres, des couvreurs, des charpentiers, des menuisiers, des maçons ; de noter le nombre des barriques de chaux, des douzaines de planches, des milliers d'ardoises et de latte, des pieds d'arbres de charpente, des clous, des briques, des vitres, etc., qui, de 1769 à 1777, entrèrent dans la construction des bâtiments épiscopaux. Lorsque l'évêque s'absentait, les travaux cessaient. Ainsi en fut-il aux années 1773 et 1774, « pendant lesquelles, dit un rapport écrit de sa main, il fut obligé d'interrompre ses travaux pour remplir la députation dont les États de Bretagne l'avaient honoré (1). »
Ces préoccupations purement matérielles se font jour jusque dans ses lettres intimes à Tévèque de Rennes, livré aux mêmes soucis. « J'attends de jour en jour mes plafonneurs, lui écrivait-il, et vous donnerai avis de leur arrivée et du tems où ils pourront aller chez vous. Je leur aurais déjà écrit, si ce n'est que je ne sçais où les prendre (2). »
Il convient, dit saint Paul, que l'évêque sache bien diriger sa maison, pour bien diriger l'Eglise de Dieu. Tel nous apparaît Mgr de Hercé, dans les détails que nous venons de donner beaucoup plus pour faire ressortir le soin méticuleux que cet évêque mettait en toutes choses, que pour faire connaître l'état des modestes habitations dont il disposait.
Fidèle observateur de la résidence, Mgr de Hercé, en dehors de ses visites pastorales et des absences auxquelles l'obligeait tous les deux ans sa situation de membre des États de la Province, habitait, de la Toussaint à Pâques,
(1) État sommaire des réparations faites tant au palais épiscopal qiiaii château des Ormes, etc.. (Aiu;ii. de l'Hôtel de Hergkj. Celte ]ii(\'ce est signée et entièrement écrite par Mgr de Hercé.
(2) Lettre à Mgr Bareau de Girac, Dol 9 nuars 1772 (Arch. de l'Arche v. DE Rennes).
son Palais épiscopal, et de Pâques à la Toussaint, le château des Ormes.
Il avait une vie très réglée. Pour son lever, il avait adopté l'heure du séminaire, c'est-à-dire cinq heures et demie en hiver et quatre heures en été. Ne voulant pas obliger les autres à un service qu'il considérait comme humiliant, il s'occupait seul de sa toilette, et ne souffrait pas que ses serviteurs entrassent dans sa chambre avant sept heures.
Il assistait d'abord à la messe de son secrétaire pour se préparer à dire la sienne ; et, pendant son action de grâces, à celle de son frère et vicaire général, François de Hercé. La piété et la dignité avec lesquelles Mgr de Hercé célébrait le saint sacrifice étaient un sujet de grande édification pour les assistants. Souvent, et surtout dans les derniers temps, alors que l'impiété envahissait de plus en plus la France, le pieux évèque, au milieu des supplications qu'il adressait à la divine victime, versait d'abondantes larmes.
Pour des raisons que nous ignorons, Mgr de Hercé ne disait jamais la messe le jeudi. Mais il était très rare qu'il y manquât les autres jours.
D'une grande sobriété, il restait à jeun jusqu'à midi, et, le soir, ne faisait qu'une légère collation (1).
Il n'avait de serviteurs qu'autant qu'il en était absolument nécessaire pour la tenue de son palais et de son manoir, son service personnel et celui de son frère François.
D'après le « cahier des gages des serviteurs », tenu par celui-ci 2), ils étaient au nombre de dix au moment où
(1) Viems. en espagnol.
(2) Arch. dk l'hôtel dv. Heuci';.
RAPPORTS AVî:G les SERVITEURS
Mgr de Hercô fut chassé de son siège par la Révolution. C'était un cocher payé 250 livres; un cuisinier, payé 360 livres; un garde-chasse, pour les Ormes, payé 100 livres, plus 5 sols par pièce de gibier; un jardinier, payé 200 livres; un portier, payé 150 livres ; une femme de service, payée 90 livres; deux valets de chambre, payés 250 et 300 livres; puis deux autres employés, payés 60 et 75 livres.
Comme on le voit, Mgr de tierce donnait de larges gages à ses serviteurs ; aussi ne leur faisait-il jamais de gratification en plus de leurs gages fixes. Deux d'entre eux lui ayant demandé un jour une augmentation de traitement, comme réponse, il les congédia immédiatement. Cependant il était bon, même très bon envers ses serviteurs ; mais il tenait à ce qu'ils se montrassent dignes et reconnaissants de son amabilité pour eux et surtout qu'ils n'oubliassent pas qu'il était évêque.
Un jour, pendant une mission, ayant aperçu un de ses serviteurs passer par plaisanterie la main sur le visage d'une jeune fille, en présence de quelques paroissiens, Mgr de Hercé appela son secrétaire et lui ordonna de donner son compte à ce domestique et de le congédier. Le malheureux eut beau se jeter aux pieds du prélat pour implorer son pardon, les missionnaires eurent beau intercéder en sa faveur, le prélat resta inflexible. « Comment, dit-il, je viens ici prêcher l'Évangile, et mes serviteurs donneraient le mauvais exemple ! Celui qui ne sait gouverner sa maison, ne saurait gouverner dans TEglise (1). »
Il se préoccupait vivement des intérêts spirituels de ses domestiques. Dans le commencement, il les obligeait à communier plusieurs fois l'année, et il leur faisait faire leurs Pâques le jeudi-saint avec les prêtres. Mais il dut se relâcher sur ce point, quelques-uns de ses serviteurs lui
(1) Vie mx. oi cspar/nol.
URBAIN DE IIERGE
ayant avoué que leurs confesseurs leur refusaient l'absolution. Pour obvier à cet inconvénient, Mgr de Hercé prit pour son service intime quatre ou cinq frères eudistes.
Loin d'imiter certains évéques qui transportaient dans leurs palais les coutumes luxueuses au milieu desquelles ils avaient été élevés pour la plupart, l'évêque de Dol s'en tint toujours à la plus grande simplicité. Ainsi se refusat-il à ce que ses serviteurs portassent des livrées. Lorsque les convenances l'y obligeaient, par exemple lorsqu'il présidait aux Etats de Bretagne ou qu'il devait paraître comme comte de Dol, il préférait louer pour la circonstance des serviteurs à livrées (1).
Mgr de Hercé avait établi intendant de son domaine des Ormes un de ses concitoyens, Jean Liger. C'est lui que nous avons vu charmant les derniers jours de Jean VIII de Hercé, père de l'évêque, par des anecdotes et des traits d'esprit. A la mort de son père, Urbain de Hercé, tout récemment sacré, emmena avec lui Jean Liger et l'installa avec son épouse aux Ormes, le chargeant de la gestion de tous les biens dépendant du manoir épiscopal ; charge qu'il remplit avec la plus grande intelligence tout le temps que Mgr de Hercé résida à Dol. A l'occasion, il servait de secrétaire au prélat et on le voit même signer des nominations en l'absence du secrétaire de l'évêché (2 .
L'évêque de Dol professait pour son intendant une amitié toute spéciale, le considérant pour ainsi dire comme faisant partie de sa famille. Aussi voulut-il que les enfants de Jean Liger reçussent tous le sacrement de baptême dans la chapelle de son manoir, et il tint à baptiser luimême, en même temps que sa sœur Charlotte lui servait de marraine, l'aîné de ses enfants ,3i.
(1) Vie ins. en espaynol.
{'2.) Rc<i. du secrétariat, (i Juilld I7(>0.
(3) Voici Tatie rjui constate ce fait : « Le vingt-deiixit'iiif jour de juin l'an mil sept cent soixante-dix-neuf, nous Urbain-René de