‹ Urbain de HercéChapitre 46 sur 196 · SCIENCE DE M(1R DE HERCE M'O · texte numérisé non relu

SCIENCE DE M(1R DE HERCE M'O

seur de rhétorique et recteur du collège (1), quels sont les Odes d'Horace que vous trouvez les plus sublimes.

— Les trois plus sublimes, répondit le professeur, me semblent être celles qui commencent par ces mots : Qualem ministrum... Justum et tenacem... et Cœlo tonantem.

— Vous avez raison, dit l'évéque. Je ne sais pourquoi, ajouta-t-il, je goûte davantage celle qui commence par : Quis desiderio. — Et aussitôt, il la récita tout entière.

— Voilà ce que je ne pourrais faire, dit l'abbé Dela- €roix.

— Gomment, s'écria Mgr de Hercé, vous êtes recteur du collège et vous ne savez pas une seule Ode d'Horace ! Mais savez-vous le 49" psaume de David qui est bien supérieur à toutes les Odes d'Horace ?

— Pas plus. Monseigneur, avoua humblement le directeur.

— Gomment, dit l'évéque, avec une certaine malice, vous êtes chanoine, et vous ne savez pas les psaumes !

Et aussitôt il récita le psaume 49.

On conçoit que dans les dîners épiscopaux, les ignorants n'avaient qu'à se taire.

C'est ce -que ne comprit pas on pauvre chapelain.

Le recteur du collège dont nous venons de parler, et qui était en même temps professeur de rhétorique et de philosophie, entretenant l'évoque, pendant un dîner, du programme des conclusions philosophiques, Mgr de Hercé s'étendit principalement sur l'histoire naturelle. Le chapelain en question ne croyant pas sortir du sujet, prit la parole pour dire qu'à la dernière foire de sa localité, les

(1) L'auteur de la Vie m.s. en cspaynol. C'est lui-même qui l'aconle ce fait et tout ce (|ue nous disons sur les réceptions de Mgr de Hercé.

90 URBAIN dp: hercé

porcs s'étaient vendus bon marché. Aussitôt, l'évêque, blessé par cette réflexion peu relevée et manifestant dans son auteur des sentiments d'intérêts temporels, ce qu'il ne pouvait souffrir dans ses ecclésiastiques, se tut aussitôt. Pendant quelques minutes, le silence fut général, pesant pour les convives et surtout pour le malheureux interrupteur.

Mgr de llercé ne fît pas à celui-ci la moindre observation ; mais il chargea son majordome de le prier de ne plus se présenter à sa table.

Après le repas, l'évêque de Dol conduisait ses hôtes à la salle du billard, et, pendant que ceux-ci se récréaient, en compagnie de son frère, lui recevait dans son cabinet ceux d'entre eux qui désiraient l'entretenir. A deux heures, il passait de son cabinet dans la chapelle pour réciter ses vêpres ; puis il revenait dans la salle de billard pour remplacer son frère, pendant que celui-ci allait à son tour dire ses vêpres.

A trois heures, tous les convives s'en allaient (1).

Peu d'ecclésiastiques s'abstenaient de venir s'asseoir à la table de leur évêque. D'ailleurs Mgr de Hercé était porté à soupçonner de mauvais esprit ceux qui ne le visitaient jamais. Souvent il allait lui-même diner chez ses chanoines, ses curés et autres ecclésiastiques riches ; il menait alors avec lui son frère l'abbé François, son secrétaire et deux serviteurs. Quelquefois même, il se plaisait à surprendre quelque prêtre de ses amis, au moment du diner, mais il ne soulTrait pas qu'on fit pour lui de grande dépense (2).

Cette façon d'agir toute paternelle de Mgr de Hercé lui avait attiré l'aifection de son clergé. D'ailleurs, tout plein de l'esprit évangélique, se souvenant du titre d'amis que

(1) Vie ms, en espagnol.

(2) IbicL

Page 1