RAPPORTS AVEC SON CLERGÉ
Jésus-Glirist donnait à ses disciples, il lui eût répugné de traiter ses prêtres, selon la tendance de certains prélat* hautains, en employés subalternes. Il les considérait comme ses frères dans le sacerdoce, comme ses collaborateurs auprès des âmes : il respectait en eux le caractère sacré qu'il respectait en lui-même.
D'un caractère très vif, l'évoque de Dol entrait facilement en colère. Mais Forage durait peu, et il écoutait bienveillamment la défense des coupables. A la bonne volonté, au repentir, il pardonnait facilement. Il ne lui arriva qu'une seule fois de sévir très gravement. Ce fut à l'égard d'un prêtre qui s'était présenté à lui en état d'ivresse. Il l'envoya suivre pendant quelques mois au séminaire le rèo^lement et les études des ordinands.
Il était un cas où Mgr de Hercé ne pardonnait pas : c'est lorsqu'on voulait abuser de son esprit peu soupçonneux et conséquemment facile à tromper. Le mensonge et la mauvaise foi lui faisaient horreur. Son clergé le savait et évitait de se mettre en défaut sur ce point (1).
Mgr de Hercé entretenait avec les évèques qui avoisinaient son diocèse les meilleures relations. On a vu avec quel dévouement il se mettait au service de ses collègues de Rennes, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, d'Avranches, de Goutances, du Mans, etc., pour les ordinations de leurs clercs.
Mais il semble que ce soit avec l'évêque de Rennes, François B are au de Girac, qu'il ait été lié plus intimement. C'était entre les deux prélats une amitié des plus cordiales, qui se révèle dans la correspondance suivie qu'ils entretinrent entre eux. Malheureusement les lettres de
(1) Yie ms. en espagnol.
révèque de Rennes nous manquent, mais celles de l'évêque de Dol sont là pour témoigner de ces bons rapports, et -en même temps pour montrer rélégance du style épistolaire d'Urbain de liercé (1).
Mo-r Bareau de Girac, étant encore évéque de Saint- Brieuc, reçut en commende, sur la recommandation de Mot de Hercé, semble-t-il, l'abbaye bénédictine de Saint- Évroul, rapportant un important revenu, qui lui permit d'exercer plus largement sa charité au milieu de son diocèse peu fortuné.
« Je vous vois avec grand plaisir dans la gazette, mon «her Seigneur, lui écrivit aussitôt Mgr de Hercé; je ne regrette que de ne pas vous y avoir colloque pour une abbaye de 25,0U0 livres de rente. Recevès, je vous prie, à cette occasion, les assurances de la part que je prends à tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction. C'en est une infinie pour moy de pouvoir vous convaincre de l'inviolable et respectueux attachement avec lequel je veux vivre et mourir, mon cher Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur (2). »
Le renouvellement de chaque année était pour l'évêque de Dol une occasion de renouveler d'une façon particulière ses sentiments de tendre amitié pour son collègue de
Rennes.
« Vous recevès tous les ans avec bonté, mon très cher Seigneur, lui écrivait-il, les assurances de mes vœux pour votre bonheur. Je vous suppUe d'être persuadé qu'ils sont toujours les mêmes, et que la vivacité de ceux que je forme dans ce moment-cy, pour l'accompHssement de tout ce qm
(1) Ces lettres, au nombre de dix-sept, se trouvent dans les Archives DE l'Ahchevèché de Rennes.
(2) l-<'ttre diitéo de " Dol, 12 avril 170H ».
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peut contribuer à votre satisfaction, répond à l'empressequej'ayde vous les offrir (1). »
L'évêque de Rennes sollicitait-il un service, même pécuniaire, que Mgr de Hercé s'empressait de satisfaire ses désirs.
« Votre lettre. Monseigneur, est arrivée comme mars en Carême, répondait-il à l'une de ses demandes ; notre Chapitre chercheoit une occasion pour placer 6,000 francs qui lui ont été remboursés, et je vous les offre avec le plus grand empressement. Je vous les ferai passer au premier signal que je recevrai de votre part. Si vous ne trouviès pas de quoy compléter votre somme, je pourrois encore vous dénicher quelque particulier qui a dans ce moment de Fargent à placer...
» Bonjour, mon très aimable et très cher Seigneur; continués votre amitié à celui de vos confrères qui vous est le plus fortement et le plus respectueusement attaché (2). »
Revenant, en 1772, de l'Assemblée provinciale de Tours, Mgr de Hercé voulut en profiter pour aller saluer à Rennes Mgr Bareau de Girac. Voici en quels termes affectueux il lui exprima ce dessein.
« J'ay trop regretté, mon très aimable Seigneur, de n'avoir pu vous embrasser en passant à Rennes, pour ne pas m'en dédommager à mon retour avec tout l'empressement que vous m'inspires. Je compte partir à la fin de la semaine prochaine pour me rendre dans le païs dolois avec le projet toutefois de a^ous faire ma cour chemin-faisant, si
(1) Lcltre datée de « ])ol, 17 décembre 1771 (2j Lettre datée de « Dol, 9 mars 1772 ».
VOUS êtes dans votre capitale ; mais comme il pourroit arriver que vous séries en tournée de visite, et que je n'ay d'autre affaire à Rennes que celle de vous y voir, je vous prie de me marquer quelle est votre existence actuelle, parce qu'en cas d'absence de votre part je prendrois mes arrangemens pour ne point m' arrêter (1). ))
Madame Bareau de Girac, religieuse bénédictine, sœur de l'évêque de Rennes, ayant été nommée, en 1779, abbesse de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes, l'évêque de Dol s'empressa aussitôt d'en féliciter son frère.
« J'ignorais, mon cher Seigneur, lui disait-il, la nomination de madame votre sœur à l'abbaye de Saint-Georges, lorsque je vous ay écrit en dernier lieu; recevès, je vous prie, mon compliment sur cet événement, et sovezbien persuadé qu'il ne peut vous en arriver aucun que je ne partage avec vous (2). »
Quel deuil vint frapper l'évêque de Rennes, en 1784? Nous l'ignorons ; toujours est-il que ^Igr de Hercé exprima à cette occasion la vive part qu'il prenait au chagrin de son éminent ami.
« J'apprends, Monseigneur, lui écrit-il, que vous venès de faire une perte qui vous est très sensible, et je m'empresse de vous en témoigner combien je la partage vivement avec vous. C'est un sentiment que je dois à l'ancienne amitié dont vous m'honores et à laquelle je vous prie d'être persuadé que je répondrai toute ma vie par l'inviolable et respectueux attachement avec lequel je continm- d'être,
(1) Lettre datée de « Nantes, 23 juin 1772 ».
(2) Lettre datée de « Dol, 19 juin 1779 ».
CORRESPONDANCE AVEC l'ÉVÊQUE DE RENNES 101
mon cher Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur... (1). »
Mgr de Hercé étant tombé malade, en 1777, ne put se rendre à l'invitation que lui fit son collègue de Piennes de venir passer quelque temps dans son palais épiscopal où se trouvaient le maréchal de Durfort, duc de Duras, ancien commandant en Bretagne, et son épouse.
« Je n'aurais pas attendu votre invitation, mon cher Seigneur, écrivit-il à Mgr Bareau de Girac, si ma santé m'avait permis d'aller faire ma cour à Monsieur et à Madame la maréchale de Duras. Voilà près de quinze jours que je suis tourmenté d'une fièvre tierce dont j'attends pour demain le sixième accès. Elle sera sûrement plus forte qu'à l'ordinaire par le chagrin que j'ay de ne pouvoir répondre à votre invitation... (2). »
Une fois guéri de cette fièvre dont il était sans doute redevable au climat dolois, Mgr de Hercé pensa aller à Rennes pour voir son ami et faire sa cour au maréchal et à la maréchale de Duras ; « mais, écrivait le pieux prélat, la Toussaint me retient, et vous sçavès que c'est une fête pontificale. »
» Je compte d'ailleurs, ajoutait-il, partir pour Paris dans les premiers jours de novembre, et il faut mettre ordre à toutes les affaires avant de partir. Mon projet est de prendre la route d'Antrain et de Fougères qui est très praticable et beaucoup plus courte, à moins que vous ne m'assuriès que Monsieur et Madame la maréchale soient dans le dessein de se reposer au moins une huitaine chez vous,
(1) Lettre datée de « Dol, 3 avril 1784 )>.
(2) Lettre datée « Aux Ormes, 30 septembre 1777 » (Argh. de l'Archev. de Rennes.)
auquel cas, je hâterais alors mon départ et prendrais mon chemin par Rennes, afin de vous y faire ma cour à tous, et de passer deux jours avec vous... (1). »
C'est cette dernière voie que prit Mgr de Hercé pour se rendre à Paris.
Il allait dans la capitale pour solliciter le ministre de la marine en faveur de son frère, le chevalier de Hercé. Celui-ci était marié depuis dix-huit mois à Jeanne du Boys de la Basmeignée. Mais la jeune femme avait exigé que son mari quittât le service de la marine. Cette décision était regrettable, car le jeune offi.cier de marine était à la veille d'être nommé lieutenant de vaisseau et de recevoir la croix de Saint-Louis. C'est pour obtenir du ministre de la marine que son frère emportât ces deux distinctions dans sa retraite, que Mgr de Hercé avait entrepris ce voyage. Son ami, l'évêque de Rennes, lui avait remis une lettre de recommandation pour M. de Sartine, le ministre de la marine. Malgré cet appui, l'évêque de Dol n'obtint d'abord aucun succès. H en marqua son mécontentement à Mgr de Girac.
« J'ay remis en arrivant ici, écrivait-il, votre lettre à M. de Sartine; mais il m'a montré si peu d'envie de m'obliger que je ne 1 ay pas importuné davantage. Voilà comme sont tous les ministres ; ils veulent tout exiger de nous, lorsque nous sommes aux Etats, et n'ont jamais l'honnêteté de ne rien faire pour les évêques. Je n'en suis pas moins reconnaissant, mon cher Seigneur, de l'intérêt que vous avès bien voulu mettre à une demande si juste... (2) ))
Cependant Mgr de Hercé, dans une nouvelle audience, plaida avec plus de succès la cause de son frère. Il énuméra les services rendus par le chevalier de Hercé dans une
(1) Lettre datée de « Dol, 2"û octobre 1777 ». Ibid.
(2) Lettre datée de « Paris, rue et hôtel de Taranne, 4 décembre 1777 ». Ibid.
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longue campagne aux Grandes-Indes, et il sortit de chez le ministre avec la nomination de son frère à la dignité de chevalier de Saint-Louis et au grade de lieutenant de vaisseau pour retraite (1).
Cette cordiale et franche amitié de Mgr de Hercé pour Mgr Bareau de Girac, celui-ci eut l'occasion, dans une circonstance délicate, de la mettre à T épreuve.
L'évêque de Dol, sans avoir jamais eu, semble-t-il, de grave conflit avec son Chapitre, n'eut pas toujours à se féliciter de ses rapports avec quelques-uns de ses chanoines. Notamment l'abbé Jean-Hyacinthe Colin de la Biochaye, grand-chantre, c'est-à-dire premier dignitaire delà cathédrale, était loin de répondre aux bons services de son évêque. En 1770, il s'était excusé de ne pouvoir remplir ses fonctions d'offîcial dans une circonstance où Mgr de Hercé fit un appel pressant à son concours, « laissant échapper, dit le prélat, cette occasion de rendre service à mon diocèse, qui sera peut-être la seule qui se présentera de sa vie (2) ». Mais le grand-chantre préférait le séjour de Rennes à celui de Dol qui, à l'entendre, lui était si contraire (3) Use décida enfin, en 1778, à résigner sa dignité. Mais, au lieu de s'adresser à son évêque, il chargea l'évêque de Rennes de disposer de cette place en faveur de qui bon lui semblerait. « Je prendrai tout sur moi seul, lui dit-il, et vous ne serez cité en aucune manière (4). »
Ce procédé était loin d'être délicat, même à l'égard de
(1) Livre de famille.
(2) Lettre de Mgr de Hercé, aux membres de la Commission intermédiaire, 12 mai 1770. (Arqh. dép. d'1lle-et-Vil. C. 3903.)
(3) Lettre de l'abbé de la Biochaye, à l'évêque de Rennes,- '23 juin 1778. (Arch. de l'Archev. de Renne?.)
(4) Dans la même lettre du 23 juin.
Mgr Bareau de (iirac que ra.bbé de la Biochaye poussait à agir à Tinsu de l'évêque de Dol.
L'évèque de Rennes se montra plus grand, plus loyal, plus digne de l'amitié de son collègue.
Lorsqu'il eut fait choix d'un ecclésiastique pour la place de l'abbé de la Biochaye, au lieu de laisser celui-ci l'imposer à l'évèque de Dol, il eut la délicatesse de mettre Mgr de Hercé au courant de la situation et de lui proposer son candidat,
« Quoique je sois très fondé, mon cher Seigneur, — lui répondit Mgr de Hercé, — à me plaindre du peu de confiance que M, l'abbé de la Biochaye me témoigne dans une circonstance qui doit m'intéresser plus particulièrement qu'aucun évêque de la Province, je n'en sens pas moins vivement pour cela le prix de la démarche que vous voulès bien faire vis-à-vis de moy, et je la regarde comme un nouveau témoignage de votre amitié (1), »
Quel était le candidat de Mgr Bareau de Girac ? Nous l'ignorons ; mais il faut croire qu'il était loin d'être digne d'intérêt et surtout de la première dignité de la cathédrale de Dol, lorsqu'on lit la suite de la lettre de Mgr de Hercé qui sut, en cette circonstance critique, faire preuve d'une grande franchise et d'une grande fermeté, sans toutefois porter atteinte à la respectueuse amitié qui l'unissait à l'évêque de Rennes.
« Puisque vous me permettes de vous dire naturellement mon avis, — continuait-il, en effet, — je vous avouerai, avec la franchise dont je fais profession, que rien ne pouvoit m'aflliger davantage que le choix que vous vous pro-
(1) Lettre à Mgr Bareau de Girac, datée de « Dol, 10 août 1778 ». (Arch. de l'Arche V. de Rennes, j
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posés de faire. Je n'ay pas besoin d'entrer dans le détail des reproches qu'on peut faire à cet ecclésiastique et qui sont en grand nombre. Vous l'avés vu de trop prez pour ne pas le connaître. Je me bornerai seulement à vous dire (ce que vous ignorés sans doute) que sa réputation même en fait de probité, est entièrement décriée dans le public.
» Je n'ay aucun parent à qui je voulusse donner la première dignité de ma cathédrale, et mes représentations à cet égard ne sont infectées d'aucun intérêt particulier : mais l'honneur de la Religion et le vôtre en particulier, Monseigneur, me touchent de trop prez pour que je puisse vous dissimuler ma façon de penser sur un choix qui, non seulement ne sera applaudi ni approuvé de personne, mais qui fera crier tout le monde contre vous, et tournera par la suite à votre désagrément. Il y a tant de gens de naissance et de mérite à placer dans cette province, qu'il n'y a personne qui ne voye d'un mauvais œil un homme de cette espèce dans une première place qui a été constamment occupée par des gens d'honneur et des gens de condition.
» Je voudrois de tout mon cœur avoir de quoy le dédommager de cette place ; il n'y a rien que je ne fisse pour m'éviter le chagrin de le voir à la tête de mon Chapitre, et je vous aurai une obligation éternelle si vous voulès bien me l'épargner vous même. Je vous prie d'être persuadé que je répondrai toute ma vie à ce nouveau témoignage de notre amitié par l'inviolable et respectueux attachement avec lequel j'ay l'honneur d'être, mon cher Seigneur,
» Votre très humble et très obéissant serviteur.
» -j- Urb.-R. Évêque de Dol(l). »
On sent l'angoisse du cœur du pieux prélat partagé entre l'appréhension de voir son Chapitre déshonoré par
(1) Mémo lettre.
un dignitaire indigne, et la crainte défroisser son collègue et ami. Sa plaidoirie pleine d'énergie et de loyauté fut couronnée de succès : Févêque de Rennes abandonna son premier candidat.
Mgr de Hercé en manifesta sa joie à un évêque qui lui écrivit sur le même sujet afin de savoir si la candidature de l'abbé de Lesquen lui serait agré?ble.
« Piien dans le monde ne pouvoit me flatter davantage, mon cher Seigneur, écrivit-il à cet évèque, — que la manière obligeante dont Mgr l'évêque de Rennes a bien voulu s'expliquer relativement à la place dont vous me parles. Je suis bien assuré qu'il est capable de faire un très bon choix ; mais la déférence qu'il veut bien me témoigner à cet égard est un nouveau témoignage de son amitié auquel je suis on ne peut plus sensible.
» Quant à l'abbé de Lesquen pour lequel vous vous intéressés, Monseigneur, je le connais depuis longtems pour un très bon sujet, et quoique je l'ayë perdu de vue depuis quelques années, j'en ay ouï dire tant de bien que je le verrai avec un extrême plaisir à la tète de mon Chapitre il). ))
Aussitôt que l'évêque de Rennes connut l'opinion de l'évêque de Dol sur l'abbé de Lesquen, il envoya le nom de celui-ci à Rome pour la dignité de grand-chantre qui était à la nomination du Pape.
Mgr de Hercé lui en témoigna aussitôt sa reconnaissance.
« Vous ne pouviès, mon cher Seigneur, faire un meilleur choix que celui que vous venès de faire, et j'applaudis d'au-
(1) Lettre de Mgr de Hercé, datée do u Dol, 5 sept. 1778 », à un évêque dont nous ignorons le nom. Cette lettre se trouve parmi celles qui furent envoyées à Mgr de Girac par Mgr de Hercé (Arch. DE l'Archev. de Rennes.)
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tant plus au parti que vous prenès de terminer promptement cette alFaire, que c'est le moyen d'éviter toute espèce de sollicitation. Je suis enchanté que votre santé se rétablisse, et j'attends avec bien de l'impatience le moment de pouvoir vous assurer de Aave voix toute la reconnoissance dont je suis pénétré... (1) »
Le 23 novembre 1778, Mgr de Hercé datait de Rennes, où il se trouvait pour les Etats de Bretagne, le visa des bulles delà Chantrerie, avec prébende et canonicat, pour Victor-Marie de Lesquen de la Ménardais, vacants par résignation, en sa faveur, de Jean-Hyacinthe Colin de la Biochaye. Puis, le 5 janvier suivant, il donnait à l'abbé de Lesquen des lettres de vicaire général (2).
Environ quatre ans plus tard, l'abbé de Lesquen pensait à son tour à résigner ses bénéfices de Dol. Gomme son prédécesseur, c'est à Mgr Bareau de Girac qu'il confia les raisons qui le déterminaient à prendre cette décision, par une lettre datée du 29 août 1783.
Il trouvait médiocre les revenus de sa place. Pour résider à Dol, il avait dû contracter des dettes qu'il ne pouvait acquitter et pour lesquelles on l'avait menacé de mettre arrêt sur son bénéfice. Ses biens patrimoniaux, il les avait abandonnés à un frère chargé d'enfants (3.
« Mais, ajoutait-il, ce qui met le comble à mes peines et ce qui me détermine absolument à quitter la ville que j'ha-
(1) Lettre à Mgr de Girac, datée de « Dol, 18 sepi. 1778 ». [Ibid.)
(2) Rer/. du secrétariat de Vévêché de Dol, 1778-1779. (Arch. de l'hôtel DE Hercé.) L'abbé de Lesquen était né au château de la Ménardaisen-Créhen (Côtes-du-Nord), et exerçait le ministère dans le diocèse de Paris, au moment de sa nomination.
(.3) L'abbé de Lesquen avait trois frères : 1° Yves-Charles de Lesquen de TArgentaye, qui épousa sa cousine, et fut le père de Claude- Louis, qui devint évêque de Rennes, en ^82^i; 2° Louis, qui épousa Marie de Ferron du Chesne ; et 3" François, marié à Anne Le Gonidec de Keramel.
108 URBAIN DE IIERCÉ
bite, c'est le désagrément que j'ai d'être mal avec Mgr l'évêque de Dol. Je sçai que ce n'est point à ce respectable prélat que je dois cette disgrâce; il m'avoit toujours accordé, avant même que je vinsse à Dol, ses bontés et son estime particulière. Je ne vous dissimulerai pas. Monseigneur, que c'est l'abbé de Hercé, son frère, qui m'a porté ce coup, et à une grande partie du Chapitre. Je pourrais le prouver de la manière la plus authentique, si je ne craignais d'abuser de votre patience, en entrant dans de longs détails. Ce que je puis vous assurer, c'est que M. Tabbé de Hercé n'a cessé, depuis plus de trois ans, d'exciter mon évêque à me donner des preuves de son ressentiment, je ne sçai pourquoi; et malgré le bon cœur de celui-cy, et, je puis dire, son attachement pour moi, la mauvaise volonté de M. l'abbé a prévalu. Voilà exactement. Monseigneur, tous mes motifs... (1). »
En terminant, l'abbé de Lesquen priait l'évoque de Rennes de lui donner son consentement pour la permutation de son bénéfice avec la Bazouge-du-Désert ; ce qui lui fut accordé.
Les accusations portées par l'abbé de Lesquen contre l'abbé François de Hercé, lesquelles présentent celui-ci sous un aspect contraire à son caractère, ne nous semblent pas fondées. Elles nous le semblent d'autant moins que nous avons de bonnes raisons de croire que la conduite de l'abbé de Lesquen pouvait donner lieu à de justes blâmes de la part de l'évèque de Dol.
Mgr de Hercé jouissait dans tout son diocèse, et particulièrement dans sa ville épiscopale, d'une grande popu-
(1) Lettre de l'abbé de Lesquen à Mgr Bareau de (iirac, datée de .' Rennes, ce 29 août 178:{ ». (Arch. de l'Arciiev. de Rennes, parmi les lettres de Mgr de Hercé. j