‹ Urbain de HercéChapitre 48 sur 196 · RAPPORTS AVEC LES LAÏQUES · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LES LAÏQUES

larité. Pendant l'hiver, il recevait les laïques dans son Palais, tous les dimanches et jours de fêtes, après les vêpres. Les principaux habitants de la ville s'y donnaient rendez-vous. Ils venaient passer la soirée dans la grande salle, où ils conversaient entre eux ou se livraient à divers jeux innocents et sans intérêts pécuniaires. Quel([uefois, on y donnait des concerts de musique religieuse, Mgr de Hercé paraissait |à de rares intervalles dans la salle, seulement pour remplacer son frère qui, avec lui, faisait à la compagnie l'honneur du Palais. Il sortait pour dire son bréviaire et s'occuper des affaires qui se présentaient.

Ce n'est pas par goût du monde que l'évêque de Dol provoquait ces réunions ; il était naturellement porté à rechercher la solitude. Mais il y voyait un moyen de maintenir la paix et les bonnes relations entre les habitants, et aussi d'éviter le mal.

« Je ne sais pas ce que ces personnes feraient chez elles, disait-il ; mais je sais bien qu'elles ne font pas grand mal dans mon Palais. »

Ces réunions lui fournissaient d'ailleurs l'occasion de donner des conseils utiles.

Au commencement d'un carême, une dame se plaignit à lui de la rigueur du jeune et de l'abstinence, prétendant que les forces humaines n'étaient plus ce qu'elles étaient à l'époque de l'établissement du carême. « Ah ! madame, lui répondit spirituellement l'évêque, le carême a bien plus perdu de sa considération que la nature humaine de ses forces (1), »

Le charme de sa conversation, pétillante d'esprit, était un des attraits de ces réunions où il savait concilier tous les cœurs.

Mgr de Hercé montrait d'ailleurs, en toute circonstance, une telle affabilité, une courtoisie si parfaite, qu'il

(1) Vie ms. en esjMgnol.

eût fallu être doué du caractère le plus intraitable pour entrer en conflit avec lui.

Le manoir épiscopal des Ormes était voisin d'un autre manoir, Villehouët, alors habité par la famille Le Saige de la Villesbrunes.

La seigneurie de la Gorbonnais, qui appartenait à celleci, était à une telle proximité de la propriété de Tévêque et comte de Dol, que., dans la suite des temps, certaines pièces de terre des deux seigneuries étaient passées de Tune dans l'autre de celles-ci. De là conflit.

Mgr de Hercé tenait à ce que le comté de Dol, dont il était le titulaire, restât intact entre ses mains, et môme rentrât dans la propriété de certaines pièces de terre qui en avaient été détournées en faveur des seigneurs de la Gorbonnais. De son côté, Jeanne de la Motte, veuve de Jacques-René de la Villesbrunes, résistait à ces réclamations du comte de Dol, et môme prétendait des droits sur des pièces de terre jouies par celui-ci. Il pouvait en résulter un procès. Mais Mgr de Hercé était ennemi de la chicane, et il semble que la bonne dame, sa voisine, n'en était pas davantage l'amie.

■ Ghacun exhibe ses pièces (1), discute ses droits avec la plus grande loyauté; et, finalement, on en arrive à déclarer, de part et d'autre, que, « voulant prévenir toutes contestations juridiques et cimenter l'union qui doit reigner entre les évoques de Dol et les seigneurs de la Gorbonnais actuels et à venir... et, voulant transiger sur les contestations qui auroient pu faire la matière d'un procès long et dispendieux, Monseigneur l'évèque et comte de Dol et madame de la Villesbrunes, en qualité de seigneure propriétaire de la Gorbonnais )), arrêtèrent irrévocablement les biens qui appartenaient à l'un et à l'autre (2).

(1) AkCIUVES PIiUSOiNNELLf;S.

(2i Transaction passée entre monsieur révoque de Dol et madame de la Villesbrunes, le 22 fécrier 11 86. (Arch. pers.)

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