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CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES

Quoique les rappoi^ts de Mgr de Hercé avec les laïques fussent empreints de la plus entière cordialité, il évitait toute familiarité à leur égard. S'il allait volontiers surprendre un membre de son clergé au moment du diner, il ne se permettait jamais une telle liberté à Fégard des séculiers. Cependant il en invitait souvent à sa table, et même il les voyait avec plaisir venir s'y asseoir, sans qu'ils y fussent invités (1).

Mais c'était surtout envers les pauvres que l'évêque de Dol manifestait la tendresse de son cœur.

11 créa le « bouillon des pauvres », dont il chargea les religieuses de la Sagesse, établies à Dol par son prédécesseur. Une de ces Sœurs faisait l'école aux petites fdles et deux autres allaient soigner les pauvres et leur distribuer les aumônes de l'évêque. Pour que son œuvre de charité se fit plus en grand, il rebâtit la maison des Sœurs de la Sagesse et leur donna une somme de 20,000 livres, afin de leur permettre d'augmenter la rente destinée à procurer aux pauvres le bouillon et la viande (2). « Chaque jour, le prélat ou son frère, l'abbé de Hercé, son grand-vicaire, avec leur sœur, la bonne Charlotte, allait goûter la soupe et la servir aux pauvres, dont cette famille était la providence et l'idole... Aux Ormes, aussitôt après son action de grâces, l'évêque accueillait les indigents, surtout les honteux ; il les écoutait, et pourvoyait abondamment à leurs besoins (3). ))

Les vagabonds et les paresseux ne trouvaient pas grâce à ses yeux. C'est surtout par le travail que Mgr de Hercé voulait secourir les pauvres. Il achetait du lin, du

(1) Vie ms. en espagnol.

(2) Vie 7ns. en espagnol.

(3) L'abbé Lecarlatte, Monuments de Dol (1867), p. 33.

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chanvre, du coton, qu'il leur faisait remettre par les religieuses; et il payait leur travail quatre fois plus qu'il ne valait. Toutes les filasses qu'il recueillait ainsi, il chargeait les religieuses de les convertir en toile, qu'il distribuait lui-même aux nécessiteux.

« Je perds beaucoup dans ce commerce disait-il ; mais j'y gagne, puisque je les secours et les habille. Ce qu'il y a de plus utile, c'est de les occuper sans qu'ils s'en doutent. ))

Il était un véritable père pour les pauvres. Il les connaissait tous par leurs noms, savait leurs nécessités, et s'intéressait tout spécialement aux journaliers ou artisans chargés de famille (1).

Une fois l'an, Mgr de Hercé donnait aux pauvres une grande fête. C'était à Carnaval, le lundi-gras, que les pauvres appelaient les « noces de l'évéque ». Dans la grande salle du palais épiscopal, on dressait de longues tables qui se couvraient de toutes sortes de mets. Le prélat assistait au banquet, disant un mot aimable à chacun. La fête se terminait généralement par des danses dans la grande cour du Palais.

(.< Pourquoi, Monseigneur, — dit une fois un Dolois à l'évêque, — pourquoi nous défendez-vous si sévèrement de nous divertir aux jours de Carnaval, alors que vous permettez à ces pauvres de danser dans votre maison ?

» — C'est que, répondit l'évêque, ces pauvres pleurent pendant toute l'année, tandis que vous, vous passez tout ce temps dans le repos, au milieu des richesses et des plaisirs (2). »

Dans l'année 1781, année de famine, le charitable prélat nourrit, pendant trois mois, jusqu'à la moisson, environ trois cents familles. Il préférait rechercher les misères et les secourir lui-même, que devoir ces malheureux prendre

(1) Viems. en espaij)iol.

(2) Ibid.

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