CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES
l'habitude de mendier. Egalement dans ce but, il payait l'apprentissage d'un grand nombre d'enfants, spécialement de jeunes fdles, qui lui durent par ce moyen la vie du corps et de l'âme (1).
Ce n'était pas seulement les pauvres de sa ville épiscopale et des faubourgs qui bénéficiaient des aumônes de Mgr de Hercé.
Plusieurs paroisses furent dotées par lui de fondations pour les déshérités, notamment la paroisse de Pleudihen pour une somme de 3,000 livres, rapportant annuellement 120 livres (2), et celle d'Epiniac, voisine de la paroisse des Ormes, pour une somme de 1,000 livres, assurant 40 livres de revenu pour les pauvres (3). Forcément chacune de ces fondations était modique, mais les besoins étaient nombreux dans le diocèse, et malheureusement la bourse du bon évêque n'était pas aussi vaste que son cœur.
Les pauvres honteux, les personnes honorables gênées dans leurs alVaires, trouvaient dans Mgr de Hercé un bienfaiteur discret et délicat. Il comprenait ce qu'il y a de particulièrement dur pour des gens qui ont tenu un certain rang, de tomber dans une misère qu'ils n'osent avouer et qu'ils couvrent même sous des dehors pouvant faire supposer le bien-être.
Il y avait dans sa ville épiscopale deux vieilles demoiselles Le Mordant qui bénéficiaient ainsi de ses charités. Un envieux s'étant permis un jour de dire à l'évêque : « Monseigneur, vous faites la charité aux demoiselles Le Mordant! mais il paraît qu'elles sont riches, car elles prennent le café tous les jours ». — « Ah ! merci ! je n'y avais pas songé ! » répondit simplement l'évêque. « Tiens,
(1) Vie ms. en espagnol.
(2) Fondation de 1777. (Arch. de l'hôtel de Hercé.) Pleudihen, près Dinan, appartient aujourd'hui au diocèse de Saint-Brieuc.
i'3) Fondation du 20 mars 1787, d'après V Inventaire des Arch. d'Epiniac. (Arch. départ. d'Ille-et-Vil )
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ma fille, ajouta-t-il en s'adressant i\ sa sœur Charlotte, dis à notre intendant d'ajouter une somme à celles de ces pauvres filles, pour leur petit café i . »
Un père de famille, très honorable et très estimé, se trouvant embarrassé dans SeS affaires, se disposait àpartir pour l'Amérique, afin de vendre quelques biens qu'il y possédait. Mais il manquait de l'argent nécessaire pour entreprendre ce voj'age et pour faire vivre sa famille pendant son absence. 11 lui fallait engager quelques terres. L'évèque de Dol apprit la critique situation de cet honnête homme. 11 lui envoya secrètement par son intendant quatre mille francs, avec ces mots : « Un homme qui entreprend un voyage si considérable peut avoir besoin d'argent. Je vous envoie secrètement quatre mille livres, dont vous pourrez disposer et que vous garderez entièrement, si plus tard vous ne pouvez pas me les rendre sans gène. »
Ce père de famille, qui ne savait à quel moyen avoir recours pour se procurer de l'argent, reçut ce bienfait comme s'il lui venait du ciel. Il courut se jeter aux pieds du prélat qu'il remercia avec effusion. Son vo3'age accompli il ne put conserver longtemps le secret du bienfait dont il avait été l'objet. Touché de la grâce par cet acte de charité, d'indifférent qu'il était auparavant il devint zélé chrétien et un des amis les plus dévoués de son bienfaiteur (2 .
Un autre objet de la sollicitude de Mgr de Hercé fut les malades pauvres.
Il existait à Dol un hôpital tenu par les religieuses de Saint-Thomas-de- Villeneuve. Cet hôpital, en très mauvais état, avait déjà attiré l'attention du prédécesseur de Mgr de
(1) Lecarlallc, Monuments de Dol, p. 33.
(2) Vie ms. en espagnol.