AUX ÉTATS DE MORLAIX
Les Etats soutenaient le Parlement, et la présence de l'Assemblée bretonne dans la capitale n'était pas propre à améliorer la situation ; d'autant que l'évêqùe de Rennes, président de droit des États dans sa ville épiscopale, passait pour être l'un des principaux chefs de l'opposition.
Le secrétaire d'Etat de la Province, Louis Phelypeaux, duc de la Vrillière (1), qui avait l'oreille de Louis XV, pensa à réunir les Etats loin de Rennes. Il parla à l'évêqùe de Tréguier de les convoquer dans son diocèse. Celuici en entretint l'évêqùe de Dol, pendant l'Assemblée provinciale de Tours, au mois de juin 1772.
« J'ay vu à Tours l'évêqùe de Tréguier, — écrivait en effet Mgr de Hercé à Mgr Bareau de Girac, — et nous y avons beaucoup parlé d'Etats. Vous savès, sans doute tout ce qui s'est passé à cet égard, entre M. le duc de la Vrillière et lui. J'espère, quoi qu'on en dise, que nous militerons sous vos drapeaux, et qu'on sera forcé de venir cuire à votre four (2). »
Le spirituel prélat se trompait, les États ne vinrent pas cuire au four de l'évêqùe de Rennes; ils militèrent sous les drapeaux de l'évêqùe de Tréguier. Les États siégèrent à Morlaix, dans la partie est de cette ville dépendant du diocèse de Tréguier (3).
Les États de 1772 (4) s'ouvrirent donc, le mardi 20 octobre, dans l'église des Jacobins de Morlaix, sous la présidence de Mgr de Roy ère, évêque de Tréguier^ et du
(1) Il n'était duc de la Vrillière que depuis 1770, auparavant il avait le titre de comte de Saint-Florentin. Mais comme secrétaire d'Etat, il contresignait les ordonnances royales de son nom patronymique de Phelypeaux.
(2) Lettre de Mgr de Hercé cà Mgr de Girac, datée de « Nantes, 20 juin 1772 ». (Arch. de l'Archev. de Rennes.)
(3) La partie ouest de la ville dépendait du diocèse de Léon.
(4) Reg. dea Etats, session de 1772-1773.
126 URBAIN DE IlERCÉ
comte Desgrées du Lou, président élu de la noblesse en Fabsence d'un haut baron.
Mgr de Hercé s'y rendit et prit son logement « chez M. le Baillif, quai de Léon [i) ».
Une messe eut lieu, le mercredi 21 octobre. Le cérémonial de cette solennité, qui était d'ailleurs le même pour toutes les tenues, est intéressant à connaître.
Nosseigneurs des Etats se rendirent en corps à l'église collégiale de Notre-Dame-du-Mur, située dans la ville de Morlaix. Ils étaient conduits par les officiers et les archers de la municipalité, précédés du héraut revêtu de la cotte d'armes. Les membres de l'ordre de l'Eglise et de la Noblesse marchaient sur deux colonnes, l'Eglise à droite et la Noblesse à gauche. Les évêques et les abbés étaient revêtus du rochet et du camail, et les députés des Chapitres de l'habit long et du bonnet carré. Le Tiers-Ordre venait en dernier lieu.
(( Messieurs des Ordres » prirent place dans le chœur selon leur rang. ^Igr l'évêque de Tréguier, à droite, sur un prie-dieu à la suite duquel se trouvait un banc pour les autres évêques de la Province. A gauche du chœur se tint, également sur un prie-dieu, le comte Desgrées du Lou» président de la Noblesse ; à sa droite était un banc pour les principaux membres de son ordre. Les députés des Chapitres, la Noblesse, le Tiers et les ofBciers des États se placèrent indistinctement des deux côtés du chœur.
A l'autel, Mgr de Hercé célébrait pontificalement, assisté de M. Colin de la Biochaye, abbé du Tronchet et archidiacre de Dol. M. Conen de Saint-Luc, abbé de Langonet (2 , et M. Le Dali de Tromelin, abbé de Paimpont, remplissaient les fonctions de diacre et de sous-diacre
(1) Liste de Nosseigneurs les États. Morlaix, Jacques Vatar, 1772, imprimerie Guyon.
i2) 11 devint évèque de Quimper, l'année suivante, et mourut le 30 septembre 1790.