HARANGUE EN LANGUE BRETONNE
d'honneur, tandis que M. de la Croix, député du Cliapitre de Rennes, et M. Julien-César de Ilercé, vicaire général et député du Chapitre de Nantes, remplissaient celles de diacre et de sous-diacre d'oiïlce.
Après la messe, les membres des Etats retournèrent, dans le même ordre que pour l'arrivée, à la salle des séances. Lorsque l'évèque de Doly fit lui-même son entrée avec ses assistants, les Etats le remercièrent solennellement [l).
]Mgr de Hercé remplit à cette tenue un rôle des plus importants et des plus honorables.
Il fut chargé d'aller, à la tête d'une députation des trois ordres, féliciter, le l*"' janvier 1773, la duchesse de Fitz- James, épouse du commandant en chef de la Province, qui avait accompagné son mari à Morlaix, et de la prier, au nom des États, d'agréer un don de 15,000 livres. La duchesse, assez embarrassée, avait supplié l'évèque de Dol de lui éviter une longue réponse. Le prélat s'engagea gracieusement à lui donner satisfaction. Connaissant quelque peu la langue bretonne, qu'il avait étudiée pour faciliter ses rapports avec les paroisses de son diocèse enclavées en Basse-Bretagne, Mgr de Hercé se plut à introduire au milieu de son compliment quelques phrases en breton. La duchesse naturellement n'y comprit rien, mais elle s'en égaya beaucoup, et sut gré au prélat de lui avoir donné d'une façon si spirituelle, l'occasion d'une facile et courte réponse.
Le lendemain, en pleine séance, deux des membres de la noblesse, qui faisaient partie de cette députation, attaquèrent vivement Mgr de Hercé « sur ce langage inusité en pareil cas, et sur le silence qu'il avait gardé touchant ce qu'il comptait dire à madame la duchesse de Fitz- James ». A cette attaque inconvenante, l'évèque de Dol
(i) Reg.dcs États, séance du 21 oct. 1772.
répondit « avec vigueur et fermeté », et termina en déclarant qu'il ne répondrait pas davantage « à des particuliers qui n'avaient pas le droit de lui demander compte de sa conduite ». L'ordre de la Noblesse se garda bien de soutenir la sortie déplacée de ses deux membres ; ce l'ut heureux, car les ordres de l'Eglise et du Tiers qui marquaient leur mécontentement, eussent à leur tour protesté violemment contre l'inconvenance des deux grincheux (1).
Les États surent utiliser grandement la connaissance des affaires administratives de Mgr de Hercé, en le nommant président de la commission des finances, de celle des contraventions et de celle des haras. Il s'employa avec activité à tous ces travaux; il dénonça un déficit de 1200 mille livres dans les finances, revisa les comptes du trésorier des Etats, et parvint, après de nombreuses difficultés et grâce à un intelligent entêtement, à obtenir pour son rapport l'approbation et la signature des commissaires du Roi, refusées tout d'abord.
Sur les contraventions et sur les haras, il fît également devant l'Assemblée des rapports qui dénonçaient sa vaste intelligence et la droiture de son jugement.
On est étonné de nos jours de voir un évêque qui, à la piété, à la science des choses et des affaires ecclésiastiques, joignait une si grande connaissance, une si extraordinaire expérience des diverses affaires qui font partie de l'administration d'un Etat. Finances, commerce, agriculture, haras, armée, marine, travaux publics, etc., toutes ces choses, les évêques de l'ancien régime les traitaient avec autant, sinon avec plus de science, plus d'intelligence, que les législateurs de nos Parlements modernes. Tous ces évêques n'étaient pas des Richelieu ; mais la plupart, — et parmi ceux-là, il faut mettre au meilleur
(1) Arch. dkp. d'Ille-et-Vil., C. 1792 : Bulletins des États de 1772- 1773, rt'diirés [)<ir rinteudant pour les ministres.