CONNAISSANCES ADMINISTRATIVES
rang Urbain de Hercé, — étaient à même de traiter avec une entière compétence, les questions d'administration et d'économie politique.
Le clergé d'alors, surtout le clergé qui aspirait aux hautes situations, ne se confinait pas, comme on se l'imagine trop, dans quelques questions ardues ou saugrenues de théologie et de casuistique. Il faisait de longues stations dans les Universités, à la Sorbonne, et en sortait non seulement docteur en philosophie, en théologie et en droit canonique, mais encore docteur en droit civil, et avec les multiples connaissances qui font les hommes d'Etat.
Cette instruction solide et variée du haut clergé lui permettait, dans des Assemblées d'Etats, comme ceux de la Bretagne, de traiter, avec plus de compétence que la plupart des autres membres de ces Assemblées, des questions qui n'avaient point de rapport direct avec son caractère sacré, mais qui le mettaient à même de rendre des services éminents à ceux dont il avait le soin, et conséquemment à la Patrie.
Ainsi en était-il de Mgr de Hercé, Nous avons eu maintes fois l'occasion de le constater, sa présidence dans les commissions n'était pas simplement honoraire, elle était profondément active ; un grand nombre des rapports qu'il faisait après délibérations avec ses co-commissaires, il les rédigeait lui-même, il les écrivait de sa propre main.
Le talent avec lequel l'évêque de Dol avait accompli les travaux que lui avaient confiés les Etats de Bretagne, attira l'attention sur sa personne.
A la séance du 10 janvier 1773, au moment où on allait élire les députés en Cour, c'est-à-dire les trois membres des États qui iraient traiter auprès du Roi les intérêts de la Bretagne, le duc de Fitz-James, commandant en chef de la Province et premier commissaire du Roi, vint incognito dans la salle de l'Assemblée. Il proposa aux Etats, au nom du duc de Penthièvre, gouverneur de la Bretagne,
130 URBAIN DE HERGÉ
de nommer ^Igi' de Hercé à la tète de la députation, et de lui adjoindre le comte Desgrées du Lou, pour la Noblesse, et Léon de Treverret, président du Tiers, sénéchal de Quimper (1;.
Les États accédèrent à ce vœu et élurent par scrutin ces trois personnages « pour aller de notre part, dirent-ils, vers Sa Majesté lui présenter, et à Nosseigneurs du Conseil, le cahier de nos très humbles remontrances et sur icelui obtenir des réponses favorables du Roi et les lettres patentes et expéditions à ce nécessaires,... et (leur donnons pouvoir de faire, en toutes nos affaires, ce qu'ils jugeront convenable et nécessaire pour le service du Roi et le bien de la Province, promettant d'avoir agréable tout ce qu'ils feront en exécution de la présente délibération et parce qu'ils seront tenus de rendre compte de leur députation à la prochaine Assemblée des Etats (2). w
La clôture des Etats eut lieu le 20 janvier 1773.
Aussitôt, Mgr de Hercé, et ses co-députés en Cour, le comte Desgrées et Léon Treverret, partirent pour Paris.
Leur mission était délicate, vu le conflit qui existait entre le pouvoir royal et les Etats bretons, à l'occasion du Parlement.
Pendant la session, les trois ordres avaient demandé la mise en liberté de MM. de La Chalotais, de Garadeuc et des autres magistrats envoyés en exil pour leur opposition. Et, comme réponse, le Roi avait expressément défendu aux Etats de s'occuper de la situation actuelle du Parlement et de l'administration de la justice dans la Province (3).
(1) Aucii. .\Aiio.\ALEs, H. 3<Si. Etats de 1772.
(2) Registre des États, séance du dimanche 10 janvier 1773.
(3) Rcg. des États, séances des 12 et 19 novcmbro 1772