‹ Urbain de HercéChapitre 60 sur 196 · PREMIÈRE DÉPUTATION EN COUR · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DÉPUTATION EN COUR

n'était intervenu aucun cliangement dans l'ordre de la réception. De là, ils se rendirent dans la salle des Ambassadeurs du Palais, où se trouvaient réunis un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes qui s'intéressaient à la Bretagne. Les officiers du Gobelet de Sa Majesté servirent le café et autres rafraîchissements à la compagnie.

Vers une heure de l'après-midi, aussitôt après la messe de Louis XV, qui était l'heure indiquée par lui pour la présentation, le Grand-Maître des cérémonies, assisté du corps des Maîtres de cérémonie, vint chercher dans la salle des Ambassadeurs les députés bretons pour les conduire, avec tous les gentilshommes présents, à l'appartement du Roi.

Le duc de la Vrillière, secrétaire d'Etat de la Province, s'avança vers la porte de la Chambre du Roi pour présenter à Louis XV les députés qui, précédés du duc de Penthièvre, pénétrèrent dans la chambre en faisant trois inclinations à Sa Majesté. Les députés se placèrent devant le fauteuil du Roi, le comte Desgrées à droite et le comte de Robien à gauche de l'évêque de Dol; le député du Tiers, M. Léon de Tréverret, se tint en arrière, « un genouit en terre ». Mgr de Hercé prit la parole :

« Sire », dit-il. A ce mot Louis XV se découvrit et se recouvrit aussitôt.

« Nous avons l'honneur, — continua Mgr de Hercé, — de présenter à votre Majesté les profonds respects d'une province d'autant plus digne de sa protection qu'elle est une des plus précieuses portions de son Royaume. Si c'est un honneur infini pour nous, Sire, d'approcher du trosne où le Ciel, propice à la France, vous a fait asseoir, c'est en même temps une satisfaction qui surpasse tout sentiment de pouvoir goûter ce plaisir secret et touchant que produit votre présence royale dans le cœur de tous vos sujets, de pouvoir admirer de près ces grâces exté-

rieures qui ornent votre personne sacrée et qui sont un présent de la nature si désirable dans les Rois ; de révérer en vous le protecteui' et le père de tous vos sujets, et de sentir enfin dans le favorable accueil dont Votre Majesté nous honore, ces bontés qui annoncent notre bonheur et qui font notre consolation et notre espérance.

)) Chargés d'être auprès du Trosne les organes de vos plus fidèles sujets, qu'il est flatteur pour nous, Sire, de n'avoir à consulter que les sentiments dont nos cœurs •sont pénétrés pour exprimer à Votre Majesté l'amour tendre, la respectueuse soumission et le zèle sincère et actif que dicte l'hommage dont nous avons l'honneur d'être les interprètes ! Mais qu'il est douloureux en même temps d'avoir à parler de nos disgrâces et de nos malheurs, à un monarque qui ne veut faire que des heureux.

» Nous parlerons cependant, Sire ; nous ne dissimulerons point à Votre Majesté les maux qui nous affligent, nous lui exposerons nos douleurs pour le passé et nos alarmes pour l'avenir, avec cette li])erté respectueuse qui fait le plus l)el éloge des Rois auprès desquels la vérité trouve un accès favorable.

» Ce n'est pas ici le moment de mettre sous les yeux de Votre Majesté le tableau des contributions qui se perçoivent dans la Bretagne ; ce détail affligeant nous conduirait nécessairement à nous plaindre de l'excès des impôts, et ces plaintes tardives ne sont pas de notre objet. Le consentement unanime que les Etats ont donné dans leur dernière assemblée à toutes les demandes qui leur ont été faites par les commissaires de Votre Majesté, nous impose le silence le plus respectueux, et la bouche des vertueux et fidèles sujets, que nous représentons ici, ne rétractera jamais les dons que leurs cœurs ont fait librement à Votre Majesté. Mais ce qui fait l'objet de nos plaintes les plus douloureuses et ce qui ne peut manquer de jeter l'alarme et la consternation dans toute la province»

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