MANIFESTATIONS HOSTILES DES ÉTATS
Quelques jours après, le 9 janvier 1775, Tévêque de Dol se rendait de nouveau auprès de la princesse de Lamballe pour la prier, au nom des Etats, de daigner accepter un diamant du prix de 100,000 livres. La princesse se montra vivement touchée de cette nouvelle preuve de courtoisie de la part deTAssemblée bretonne; mais elle répondit «qu'un présent d'un aussi grand prix ne pouvait manquer d'être à la charge de la Province, et qu'elle priait instamment les Etats de la dispenser de l'accepter et de vouloir bien se contenter de la reconnaissance dont elle était pénétrée et dont elle chargeait la députation de les assurer il) ».
Le même jour, Mgr de Hercé était allé à la tête de la même députation offrir un présent de 100,000 livres au duc de Penthièvre, présent que le gouverneur refusa avec la môme gracieuseté que sa belle-fille (2).
A l'occasion de cette dernière députation, il se produisit aux Etats un incident malheureux pour l'évêque de Dol.
Lors de sa députation en Cour avec le comte Desgrées et Léon de Tréverret, ^Igr de Hercé s'était refusé, avec ce dernier, à s'associer au comte Desgrées pour disqualifier devant la Cour la personne du duc de Fitz-James, dont la conduite maladroite n'avait fait qu'augmenter les récriminations des États contre le pouvoir. La Noblesse spécialement en avait conçu du mécontentement contre l'évêque de Dol. Elle avait eu peine à ne pas le laisser éclater lorsque le pieux prélat fut choisi pour chanter la messe du Saint-Esprit.
Mais voici qu'annonçant aux Etats la députation qui devait aller offrir au duc de Penthièvre le j^i'ésent de 100,000 livres, Mgr de Hercé commit un lapsus déplorable : au lieu de nommer le duc de Penthièvre, il nomma le duc de Fitz-James. Ce fut dans l'Assemblée les huées
(1) Séances des 9 et H janvier 1775.
(2) Séances des 9 eL 11 janvier 1775.
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les plus éclatantes, les plus unanimes et en même temps les plus significatives (1),
Les Etats saisirent ainsi toute occasion de manifester à Mgr de Hercé leur désapprobation pour sa modération à Fégard du duc de Fitz-James, qui, selon le vœu général, fut relevé, quelque temps après, -de son commandement en Bretagne.
Le troisième jour de la session, le 23 décembre 1774, on entendit le rapport des députés en Cour. Mais, avant de le commencer, Mgr de Hercé tint à répondre aux calomnies méchamment dirigées contre lui. Il dit « qu'il avait appris avec douleur qu'on répandait, dans le public, le bruit qu'il avait signé un prétendu mémoire présenté par plusieurs évèques contre le rétablissement des Parlements ; il proposa en même temps d'assurer sur ce qu'il y avait de plus sacré qu'il ne l'avait jamais signé ; il se justifia d'ailleurs amplement de quelques autres imputations relatives à la députation et répandues sur son compte. » Les Etats lui demandèrent alors de lire sa harangue au Roi. Cette lecture les convainquit que Févêquede Dol avait manifesté « l'intérêt le plus vif pour les privilèges et les allaires de la Province. » Aussi les Etats le remercièrentils, ainsi que ses co-députés, de leurs bons soins et de leur louable gestion (2). De plus, ils ordonnèrent que la harangue de l'évêque de Dol au Pioi et le rapport des députés, aA^ec toutes les pièces justificatives, seraient déposés au greffe. Ils ordonnèrent en outre qu'il serait fait trois copies du rapport pour permettre aux trois Orth^es d'en délibérer dans leurs chambres respectives (3).
Mais la calomnie contre Mgr de Hercé avait laissé de
(1) Lfllre au i)rt'siclenl, de Kernnartz, dalrc de « Rennes, mardi 10 janvier 177"). » {Archives de M. Alain du (^Ileuziou.)
(2) Arcii. I)'Ille-et-Vil., G. 1793 : Comptes-rendus analijtiques des .séances rfes/i/rtfs (rédigés pour les Ministi-es par rinlendant), 1774-1775.
(.'}) lier/, (les Etats, séance du 2.3 décembre 1774.