IL PRÉSIDE LES ÉTATS EN
lui firent écrire pour lui demander la cause de son abstention (1).
De la réponse du prélat, on jugea que sa liberté était gênée, et en conséquence on écrivit au Roi pour réclamer contre l'atteinte portée aux droits et à la liberté de l'Assemblée par l'absence involontaire de l'évêque de Rennes (2). Le baron de Breteuil, ministre de Louis XVI, se contenta de répondre que le Roi était très éloigné de vouloir porter atteinte à la liberté que doivent avoir les membres des Etats d'aller voter dans leurs Assemblées (3). Mais cette réponse à côté de la question prouvait suffisamment qu'en haut lieu on avait fait comprendre à l'évoque de Rennes qu'on le verrait d'un mauvais œil présider la session (4).
Toujours est-il que Mgr de Girac ne parut pas aux Etats et que Mgr de Hercé présida toutes les séances, excepté celle de 15 heures du soir, le dimanche 6 février 1785.
Lorsque le don gratuit pour Sa Majesté eut été voté, Louis XVI écrivîl la lettre suivante au président des États :
« Mons. l'Evêque de Dol, je ne puis qu'être très satisfait de l'unanimité avec laquelle les États de ma province de Bretagne m'ont accordé dans leur assemblée le don gratuit de deux millions que je leur ai fait demander ; témoignez-leur de ma part la satisfaction que je ressens de cette preuve d'attachement à ma personne, et comme je ne fais aucun doute que votre exemple a infiniment contribué à détarminer cette délibération, je vous assure bien vo-
{{) Retj. des États, si'-ance du 9 novembre 1784,
(2) Ibid., séance du 22 novembre 1784.
(3) Ibid., séance du 30 nov. 1784.
(4) L'évêque de Rennes le dit positivenioiit dans une letlre qu'il écrivit de Paris le 8 octobre 1784 à l'évêque de Tréguier : Arch. uki'. i)'Ille-eï-Vil., C. 1798.
154 URBAIN DE HERGÉ
lontiers de la continuation de mon estime et de mon affection. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Mons. l'Evêque de Dol, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles le 14 novembre 1784.
a Louis (*). »
Journellement, la question de la liberté de l'élection des députés en Cour revint sur le tapis. De même qu'à la session précédente, on envoya pendant la tenue même une députation au Roi (2), laquelle revint bientôt de Versailles avec une lettre de Louis XVI qui rendait aux Etats leur liberté pour l'élection des députés, ainsi que l'ancien usage pour les octrois.
Ce fut au sein de l'assemblée, non pas de l'enthousiasme, mais du délire. On vota par acclamation le projet d'érection d'une statue à Sa Majesté, « pour transmettre à la postérité un monument de sa justice et de ses bontés » ; on en fit part aussitôt à Louis XVI, et on arrêta de célébrer dans l'église des Gordeliers une messe pour l'heureuse délivrance de la Reine et la conservation du Roi et de la famille royale (3).
Que n'eussent pas fait ces tenaces Bretons pour célébrer la victoire de leur entêtement, ou plutôt pour montrer que leur cœur était aussi, vif que leur tête !
On procéda donc à l'élection des députés en Cour ; mais il fut convenu que le député de chaque ordre serait nommé par les deux autres ordres. Ainsi le Tiers et la Xoldesse devaient élire le député de l'Église.
Le Tiers se prononça pour l'évêque de Saint- Brieuc, et la Noblesse pour l'évêque de Dol. Dans ce conflit, l'ordre de l'Eglise fut chargé de choisir entre les deux candidats, et ce fut à l'évêque de Saint-Brieuc qu'elle
(IJSéiUici' ilii 2'i iKiv. IvS'k
(2) Séance du IS nov.
(3) Séance du 10 décembre ITHV.