BAPTEME D UN FILLEUL DES ETATS
donna ses voix (1). Il est à présumer que Mgr de Hercé, comme il le lit à la session suivante, demanda qu'on ne lui confiât pas cette charge de député en Cour, qu'il avait, d'ailleurs, déjà remplie en 1782. Mais le vote de la Noblesse en sa faveur indique assez qu'il avait complètement recouvré les sympathies de cet ordre, qui lui firent un moment défaut.
A cette tenue de 1784-1785, eut lieu une cérémonie des plus solennelles : le baptême d'un filleul des Etats de Bretagne,
C'était une coutume que les États de Bretagne tinssent sur les fonts du baptême le fils aîné des ducs de Rohan et de la Trémoille, présidents-nés de l'ordre de la Noblesse. Cet enfant, destiné à présider un jour aux Etats, recevait de ses parrains, entre autres prénoms, celui de « Bretagne ». Ce fut un honneur que sollicitèrent sans succès des personnages de grande distinction.
C'est au baptême du dernier de ces filleuls, fils du comte Geslin de Trémergat, président élu de l'ordre de la Noblesse aux Etats de 1784-1785, que nous allons assister (2).
A la séance du mercredi 19 janvier 1785, le comte de Trémergat ne s'étant pas présenté, l'ordre de la Noblesse élut le vicomte Grignart de Ghampsavoy pour présider à sa place. Le nouveau président prit aussitôt la parole pour annoncer que la comtesse de Trémergat venait de donner le jour à un fils, et qu'il ne doutait pas que les Etats se portassent avec grand plaisir à nommer cet enfant.
(1) Séances des 15 et 17 décembre.
(2) Voir notre brochure : Les Filleuls des États de Bretagne : BapUme du dernier filleul des États, dans Vér/lise Saint-Germain de Rennes. Rennes, Pli lion et Horvé, IS9().
Proposition aussitôt acceptée. Les Etats ordonnent en conséquence que MM. les présidents des ordres tiendront sur les fonts dubaptème le fdsdu président de la Noblesse, et que la comtesse de Montmorin, femme du commandant de la Province, serait priée de vouloir bien en être la marraine.
Les présidents des ordres étaient, ])Our l'Eglise, Mgr Urbain-René de Hercé, évêque et comte de Dol, et, comme tel, nous l'avons dit, premier président des États ; pour la Noblesse, Alarie-Joseph Grignart, vicomte de Champsavoy, président temporaire, et, pour le Tiers, Nicolas-Yves Borie, sénéchal de Rennes.
Une Commission fut nommée pour préparer la cérémonie du baptême et en régler les frais. La comtesse de Montmorin, prévenue par une députation, ayant à sa tête l'évêque de Vannes, de la décision des États, accepta avec grand plaisir l'honneur d'être marraine de l'enfant.
Le supplément des cérémonies du baptême, l'enfant ayant été ondoyé, fut fixé au vendredi 21 janvier 1785, à une heure après midi, dans l'église paroissiale de Saint- Germain de Rennes. L'évêque de Léon, Mgr Jean-François delà Marche, fut prié de la présider (1). Mais, s'étant trouvé indisposé, il fut remplacé par l'évêque de Quimper, Mgr Toussaint Conen de Saint-Luc (2).
Voici le procès-verbal de cette cérémonie, dressé par M.LeMintier, abbé commendataire de l'abbaye de Bosquen, chanoine de Nantes et président de la Commission chargée de régler le cérémonial du baptême {3) :
« Le 21 de ce mois, les Etats aiant levé leur séance à une heure après-midi, Messieurs les présidens des ordres, précédés du héraut de ladite Commission pour le cérémonial et de la maréchaussée, sont allés aussitôt à l'hôtel de
(1) St-;nit:e du 2(» janvier 1785.
(2) Sétiiice (lu 21 jaii\ i< r.
(3) I.u à la séancf du ii^janvifr
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madame la comtesse de AJontmorin, à laquelle ATessieurs les présidens ont présenté un bouquet et une corbeille, se sont rendus ensuite avec elle, qui était escortée d'un détachement des gardes de M. le commandant, à l'hôtel de Madame la comtesse de Trémergat pour y prendre Tenfant, qu'ils ont conduit dans le même ordre à l'Eglise paroissiale dé Saint-Germain, où les préparatifs avaient été faits ainsi qu'il suit :
« Le maître autel était bien paré, le marchepied couvert d'un grand tapis, de même que le sanctuaire et partie du chœur ; sur ledit marchepied étoit placé un fauteuil audevant duquel il y avoitun carreau de velours pour M. l'évêque de Quimper, que les États avoient prié de faire la cérémonie.
» Au bas du marchepied et en face de l'autel étoient qua" tre autres fauteuils placés sur la même ligne et au-devant de chacun un carreau de velours.
» Madame la comtesse de ^Nlontmorin accompagnée de Messieurs les présidens des ordres étant arrivés à l'Eglise y ont été reçus par la Commission et par le clergé en chapes. M. le Recteur de la paroisse a présenté l'eau bénite k Mgr l'évêque de Dol qui en a offert à INIadame la comtesse de Montmorin et à MM. les présidens de la Noblesse et du Tiers, api'ès quoi ils ont été conduits par la Commission aux places qui leur étoient destinées, savoir :
» Madame la comtesse de Montmorin au fauteuil qui étoit à la gauche et un peu éloigné des trois autres qui étoient à sa droite et sur lesquels se sont placés Monseigneur l'évêque de Dol, président de l'ordre de l'Eglise, Monseigneur Grignart, vicomte de Champsavoy, élu président de l'ordre de la Noblesse, et M. Borie, sénéchal du présidial de Rennes et président de l'ordre du Tiers.
» Dans le chœur et à l'entrée du sanctuaire, Monseigneur le comte de Geslin de Trémergat, président de l'ordre de la Noblesse, a pris place en un fauteuil au devant duquel
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étoit aussi un carreau de velours ; tant à la droite qu'à la Q"auche étoient deux bancs avec accoudoirs couverts, de même que les dossiers, d'un tapis vert, sur lesquels étoit placée la Commission.
)) Dans le reste du chœur étoient les sièges pour les différons membres des Etats qui étoient présents à la cérémonie.
» Et dans les aisles de l'Eglise, les chapelles hautes près l'autel et dans la nef étoient des sièges pour toutes les personnes qui y ont assisté.
» La cérémonie s'est faite de la manière suivante : M. l'évêque de Quimpei* en habits pontificaux, placé sur le marchepied du maître autel, accompagné de M. le Recteur en étole et du clergé en chapes.
» Au bas du marchepied, en face de l'autel, Madame la comtesse de Montmorin et MM, les présidens des ordres ont présenté l'enfant qui étoit porté par la nourrice placée pendant toute la cérémonie entre Madame la comtesse de Montmorin et Monseigneur l'évèque de Dol.
» Les noms donnés à l'enfant sont François, Bretagne, Urba,in, Marie, Nicolas, Maurice{i).
» La cérémonie finie et après la signature des registres, Madame la comtesse de Montmorin et MM les présidens des ordres sont sortis dans le même ordre qu'ils étoient allés à l'église et se sont ainsi rendus à l'hôtel de Madame la comtesse de Trémergat pour y remettre l'enfant et de là à celui de Madame la comtesse de Montmorin.
)) Fait en Commission à Rennes, le 21 janvier 1785. »
(1) Flxplicalion de ces noms : François, de Françoise de Tane, comtesse de Montmorin, marraine ; Bretagne, des États de Bretagne, parrains; Urbain, de Urbain de Hercé, évècjne de Dol, président de rÉfflise; Marie, de Marie-Joseph (irignart de Cliampsavoy, président élu de la Noblesse; Nicolas, de Nicolas-\ves Borie, président du Tiers; Maurice, de Maurice de Trémergat, oncle de reniant.— DansTactede baptême on ne voit pas l'i' dernier nom.
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A chaque baptême d'un de leurs filleuls, les Etats se montraient d'une grande générosité... en dragées.
Cette fois ils furent d'une munificence vraiment royale.
Ils votèrent d'abord une somme de 3.^,000 livres, dont 11,000 pour leur filleul, 15,000 pour la mère et 9,000 par estime pour les frais et dépenses du baptême (i).
De plus, sur la proposition de l'évêque de Dol, président des Etats, ceux-ci arrêtent de faire présent d'un diamant de 10,000 écus à madame la comtesse de Montmorin, la marraine du petit fîreiagrie. Leur procureur général syndic est chargé « de s'adresser incessamment aux meilleurs connaisseurs pour le choix de ce diamant et de le faire venir le plus tôt possible, afin que ^[essieurs les présidens des ordres puissent le présenter au nom des Etats à Madame la comtesse de Montmorin pendant leur Assemblée (2). ))
Mgr de Hercé se rendit, avec les deux autres présidents, auprès de la comtesse pour lui faire part de la délibération des Etats.
Madame de Montmorin témoigna « toute la reconnaissance et la sensibilité dont son âme était susceptible. » Mais elle ajouta « qu'elle suppliait les États avec les plus grandes instances de trouver bon qu'elle n'acceptât pas le don qu'ils se proposaient de lui faire ; que s'il lui étoit permis de changer la destination de cette somme, elle desireroit qu'elle fût employée par préférence à fonder, pour l'éducation de la jeunesse, trois places dont une à l'hôtel des Gentilshommes, une à l'hôtel des Demoiselles et une troisième pour l'ordre du Tiers. »
Aux instances nouvelles de Mgr de Hercé pour lui faire accepter le diamant de 10,000 écus, la comtesse fit cette magnifique réponse : « J'aurai infiniment plus de satisfac-
(1) Séance du 20 janvier.
(2) Séance du 22 ianvier.
tion à penser qu'un gentilhomme et une demoiselle dénués de fortune, ainsi qu'un enfant d'une famille honorable, seroient élevés aux frais des États, d'une manière convenable à leur naissance et à leur état, que de porter au doigt le plus beau diamant de la couronne. »
Les Etats, touchés des sentiments de délicatesse de la comtesse de Montmorin, renvoyèrent de nouveau vers elle la députation des trois présidents pour la remercier des nouvelles marques d'intérêt qu'elle donnait à la Province. L'évèque de Dol lui dit que pour se conformer à ses désirs et à ses vues bienfaisantes, les Etats venaient de fonder deux places, l'une à l'hôtel des Gentilshommes et l'autre à l'hôtel des Demoiselles, établis en la ville de Rennes, à raison de 10,000 livres pour chacune de ces deux places; puis d'ordonner une pareille somme de 10,000 livres pour fonder une bourse dans l'un des collèges de la Province. Il offrit, au nom de l'Assemblée, àla comtesse de Montmorin la première nomination à ces deux places et à cette bourse ( 1 ) .
Pendant toute sa présidence, Mgr de Hercé se distingua par une dignité, une courtoisie, une délicatesse, d'ailleurs naturelles chez lui, mais qui, dans cette haute situation, étaient des qualités nécessaires pour maintenir l'entente et le bon ordre.
Les Etats lui manifestèrent leur reconnaissance par un don grandiose. En plus des 15,000 livres, habituels honoraires du président, ils lui firent présent de 15,000 livres, en tant que présidant pour la première fois dans l'Assemblée, et
(1) Séance du 2;^ janvier. Le jeune Bretagne de Trémergat mourut peu après.