ÉDIT EN FAVEUR DES NON-CATHOLIQUES
viendraient en France se dresser en face de la religion de Jésus-Christ. Sa plus grande crainte était pour l'enfance et la jeunesse que Fenvahissement des institutions, des pensionnats et des petites écoles par les Protestants enlèveraient aux croyances catholiques et jetteraient dans Findifférentisme.
Le danger que courait l'Eglise, FEpiscopat le prévoyait également pour l'Etat. Il voyait « les sectes multipliées en France sous les auspices de Fedit, y formant de puissantes factions, élevées presque toutes dans les maximes du régime populaire, et éternellement nourries et alimentées au dehors par le mécontentement, l'intrigue, l'ambition et l'indépendance ». Il voyait FindifTérence religieuse « qui dessécherait les sources les plus pures du patriotisme, priverait les fondements du Trùne d'une base inébranlable, et ne laisserait ni énergie, ni sanction à ces grandes vérités morales, sur lesquelles reposent le bonheur des citoyens, l'union des familles et la stabilité des Empires ».
Le clergé catholique français, dans ses revendications, se montrera-t-il d'un intolérantisme intransigeant ? Loin de là. Si l'on juge les choses, non avec l'esprit de notre dix-neuvième siècle finissant, mais avec celui du dix-huitième siècle, on reconnaîtra que FEpiscopat faisait des concessions pleines de libéralisme.
Il demandera à Louis XVI que « ses sujets non-catholiques aient, comme enfans de l'Etat, des titres à la bienveillance du père de la patrie » ; qu'il abolisse « les Loix rigoureuses portées contre les Hérétiques ; que des formes sagement combinées assurent leurs naissances, mariages et décès ; qu'ils jouissent paisiblement de leurs propriétés, et qu'ils soient reçus sans difficultés dans les arts, métiers et autres professions ; — mais que des ordonnances moins sévères, mais fidèlement exécutées, proscrivent l'exercice de toute autre Religion que de la Religion Ga-
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tholique, que les Prédicants disparaissent, que les assemblées cessent, et que les non-catholiques demeurent exclus de l'exercice des droits de patronage et de la possession des Charges et Emplois liés à Tordre public ».
Telles seront les remontrances de l'Assemblée générale du Clergé qui se réunira extraordinairement en 1788, sous la présidence de l'Archevêque de Narbonne (1).
Mais avant que cette Assemblée ait lieu, l'Edit sera enregistré et mis en vigueur. Il faut se hâter de présenter à Louis XVI des observations. Quel évêque osera élever la voix devant le souverain contre un édit, sinon inspiré, du moins approuvé par un archevêque tout-puissant, le ministre Loménie de Brienne ? Les évêques déjà nombreux à Paris, en vue de la prochaine Assemblée du Clergé, se le demandaient.
La nuit de Noël, 25 décembre 1787, alors qu'il célébrait à Paris les Saints Mystères, l'évêque de Dol fut subitement saisi d'une inspiration. Dans quelques jours, il aurait, comme président de la députation bretonne, l'occasion de parler devant Louis XYI. Il pouvait en profiter pour faire au Pioi la peinture des dangers qui menaçaient autant le trône que l'autel. Cependant cette hardiesse effrayait Mgr de Hercé. Il en parla à ses collègues. Ceux-ci, loin de le détourner de ce projet, encouragèrent son zèle (2). L'intervention de l'évêque de Dol fut donc décidée, mais
(1) Remontrances du Clergé de France, assemblé en 1188, au Roi, sur l'Édit du 7nois de novembre 1787, concernant les non-patholiques. Paris, 1788. In-8« de 47 pages. Ces remonti^ances sont signées, en plus du nom de l'Archevêque de Narbonne, de celui de « l'abbé LoMÉ.ME, Aijent général du Clergé, secrétaire de l'Assemblée >>. Pierre- François-Martial de Loménie, parent éloigné du ministre Loménie de Brienne dont il devint l'année même le coadjuleur à l'archevêché de Sens. Il pi^êta le serment, ce qui ne l'empêcha pas d'être guillotiné avec sa famille en 1794.
(2) Vie 7ns. en espagnol. — Carron, Les Confesseurs de la Foi, t. m, |.. -i'.'-i.