‹ Urbain de HercéChapitre 78 sur 196 · TROISIÈME DÉPUTATIOX EN COUR · texte numérisé non relu

TROISIÈME DÉPUTATIOX EN COUR

celui-ci se garda d'en instruire MM. de La Yoltais etde La Motte-Fablet, ses co-députés. 11 tint son dessein secret afin qu'on n'y mît pas d'obstacle.

Mgr de Hercé fit aux ministres les visites auxquelles étaient tenus les députés bretons à la Cour. A Malesherbes, il ne put s'empêcher de se plaindre, avec autant d'énergie que de douleur, du grand nombre de mauvais livres que le gouvernement laissait répandre dans le Royaume. Il s'efforça de démontrer au ministre que les doctrines répandues par ces publications étaient aussi funestes à l'Etat qu'à l'Eglise, puisqu'elles enlevaient tout respect dû à l'autorité.

Malesherbes, auteur lui-même et propagateur de ces doctrines, déconcerté par cet énergique langage, ne sut répondre que par cette boutade : « Quand on peut armer cent-cinquante-mille hommes, on n'a rien à craindre des écrivains. » — « Mais, répliqua aussitôt Mgr de Hercé, quand les cent-cinquante-mille hommes armés sont environnés de ces livres ; quand ils sont imbus des maximes perverses de tous ces écrits, ils se tournent contre l'autorité même, au lieu de la défendre (1). »

Paroles prophétiques qui allaient bientôt recevoir leur confirmation 1

Enfin, le jour de la présentation solennelle au Roi du cahier des remontrances de Bretagne arrive. C'était le 3 janvier 1788. L'évêque de Dol, accompagné du chevalier de La Yoltais, député de la Noblesse, de M. de La

(i) (JLiLLO.N, les Martyrs de la foi pendant la Révolution, t. 111, pp. 604-605. D'après l'abbé Guillon, cette conversation a été attestée par l'abbé de Sinély (Ibid., t. II, p. 602), alors aumônier du comlr d'Artois. — Cet auteur se trompe lorsqu'il prétend que Mgr de Hcici' fut disgracié à ce propos; nous verrons que ce fut à l'occasion «le Son discours à Louis XVI.

Motte-Fablet, député du Tiers, de M. du Hoberil de Cherville, procureur général syndic des Etats de Bretagne, et d'une foule de gentilshommes bretons, est introduit dans la chambre de Louis XVI. Les ministres sont là, Loménie de Brienne à leur tête.

INIgrde Hercé, après s'être incliné profondément devant le Roi, lui adresse, dans un langage élégant et en même temps très ferme, les doléances de la province de Bretagne.

Un moment, il s'arrête. Le député des Etats de Bretagne fait place à Tévèque.

« C'est ici. Sire, — reprend le prélat, sur un ton plein de solennité, — que se bornent les représentations que nous avions à faire à Votre Majesté, en faveur de la Province dont les intérêts nous ont été confiés. Il en est de plus chers encore et de plus sacrés, sur lesquels il n'est pas permis à un évèque de garder le silence, lorsque les voûtes du sanctuaire s'ébranlent, et que la Religion est menacée du plus grand des malheurs.

» Une nouvelle législation nous est annoncée en faveur des Protestants ; déjà l'édit de Votre Majesté est envoyé à son Parlement pour y être enregistré. Nous rendons. Sire, la justice qui est due aux lumières et à l'intégrité des membres qui le composent ; jamais la France n'a eu plus lieu de se féliciter de voir le dépôt des lois confié à des magistrats aussi dignes de Fètre ; mais, quand il s'agit des intérêts de la Religion, Sire, c'est particulièrement aux Évêques d'éclairer celle de Votre Majesté, parce qu'ils sont la pierre fondamentale sur laquelle Jésus-Christ a élevé l'édifice de son Église, parce que c'est à eux seuls qu'il a promis, en la personne de ses Apôtres dont ils sont les successeurs, que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre Elle.

. » Les Constantin, les Théodose, les Cliarlemagne, en

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