DEPART POUR L EXIL
En le quittant, Mgr de Hercé lui dit : « S'il en est ainsi, Monseigneur, je ne sais pas quelle théologie vous avez étudiée; pour moi, j'ai étudié pendant neuf ans en Sorbonne, mais jamais on ne m'a enseigné qu'un évêque, ministre de son Roi, pouvait être protecteur des hérétiques (1). »
Ce dernier devoir rempli, accompagné de son frère et grand-vicaire, l'abbé François de Hercé, mais abandonné même des deux serviteurs qui l'avaient suivi à Paris (2), l'héroïque évêque prit le chemin de l'exil, exil qui devait être doux pour son cœur d'apôtre puisqu'il allait lui donner le loisir de se consacrer entièrement à ses chers diocésains.
La maladie le retint quelques jours à Mayenne, au sein de sa famille. De là, il rendit compte de sa conduite aux Commissaires des Ktats de Bretagne, par la lettre suivante :
« A Mayenne, lo janvier 1788.
» Messieurs,
» Mes co-députés ont eu l'honneur de vous faire part des ordres qui m'ont été notifiés de la part du Roy de me retirer dans mon diocèse, pour me témoigner son mécontentement de la liberté que j'ay prise de lui faire des représentations sur rÉdit qui concerne les protestans. Gomme cette espèce d'exil, dont il n'y a pas d'exemple, Messieurs, pourroit vous donner lieu de croire que je me serois permis des expressions répréhensibles, j'ay l'honneur de vous
(1) Vie ms. en efipagnol.
(2) Lettre du 26 novembre 1788 : Collection Brière. (Communication de l'abbé Angot, de Laval.) On trouve, en efTet, sur le registre des serviteurs de Mgr de Hercé, tenu par son frère, l'entrée en service, en avril 1788, de « M. (lobailles, originaire de Rennes, en i]ualité de cuisinier », et de ■< Laurent Le Roy, originaire de Pleine- Fougères ». (Arch. de l'hôtel de Hergh.)
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prévenir que j'adresse par ce même courrier une copie de ma harangue à M. Tabbé de la Croix, qui voudra bien vous en donner lecture, afin de vous mettre à portée d'en juger plus sainement que sur les rapports infidèles du public.
)) Je ne m'étois pas dissimulé à moy-même les difficultés que j'avois à surmonter; mais dans une circonstance aussi pressante et aussi affligeante pour la Religion, je n'ay pas cru qu'aucune considération humaine dût enchaîner le zèle d'un Évèque et lui fermer la bouche, lorsque le cry de sa conscience lui fait un devoir de parler.
» Je suis arrivé ici depuis deux jours, et d'autant plus fatigué que je suis tourmenté par une humeur de goutte qui ne me donne de repos ni jour ni nuit. J'espère cependant être en état de partir jeudi prochain pour me rendre à Dol. J'y porteroi, comme partout ailleurs, le sentiment de l'attachement et du respect avec lequel je suis, » Messieurs,
« Votre très humble et obéissant serviteur.
« f Urb.-R., Evêque de Dol(l). »
Quelques jours après, il rentrait dans son diocèse où il était attendu avec impatience. Avant de partir de Paris, Mgr de Hercé avait, en ellet, écrit au supérieur de son séminaire, le R. P. Delaunay, eudiste, son confesseur, pour lui faire connaître sa disgrâce. Il se déclarait enchanté d'être débarrassé des affaires profanes et heureux de revenir au milieu de ses diocésains.
« Si je cherchais à plaire aux hommes, ajoutait-il, je ne serais pas ministre de Jésus-Christ, Il m'arrive ce qu'éprouvent tous les jours ceux qui disent la vérité ; je ne rougirai jamais de souffrir pour sa défense. J'espère que
(1) Aruh. i)É1'. d'1lle-et-Vil., C. 3895.