ENTRÉE TRIOMPHALE A DOL I(S
mes prêtres et mes diocésains me recevront avec leur témoignage accoutumé d'amour et de respect (1). »
En effet, les habitants de Dol, qui adoraient leur évêque^ le reçurent avec des démonstrations d'allégresse, d'amour et de vénération. Aussitôt que sa voiture parut, toutes les cloches des églises de la ville épiscopale furent mises en branle. Les autorités civiles, le Chapitre, le clergé séculier et régulier vinrent complimenter Mgr de Hercé sur l'intrépidité apostolique avec laquelle il avait soutenu les intérêts de la religion en présence du Roi.
Le soir, il y eut des feux de joie que les chanoines et les magistrats vinrent allumer.
Pendant un mois, ce fut, de tous les points du Royaume,, une affluence considérable de lettres félicitant le courageux évèque de s'être opposé aux desseins du ministre Loménie de Brienne (2).
Au milieu des manifestations d'une si vive sympathie, qui sanctionnaient le témoignage de sa conscience, il restait au cœur de Mgr de Hercé une peine d'autant plus vive qu'elle était imméritée. Il avait une horreur profonde pour le mensonge, pour la calomnie. Sans doute, il avait parlé au Roi un langage plein de franchise et d'énergie ; mais il avait gardé les formes, l'insulte n'avait pas jailli de sa bouche ; cependant de bas courtisans, vexés delà sainte audace de l'apôtre, se plaisaient à défigurer son discours, à lui prêter des expressions violentes, afin de justifier la violente mesure dont il était la victime.
Mgr de Hercé ne put se contenir. Il écrivit au ministre pour protester contre la calomnie ; et, afin d'y mettre un terme, il proposa de rendre public son discours au Roi.
Le ministre s'empressa de détourner de ce projet l'évèque de Dol. Publier le discours, n'était-ce pas faire connaître
(1) Vie ms. en espaiinol.
(•2) Ihid.
au Royaume entier des protestations que Ton voulait tenir cachées ? N'était-ce pas établir la France catholique juge entre Tévêque-apôtre et révèque-ministre? Il ne le fallait pas.
Loménie de Brienne fit répondre à Mgr de Hercé par le billet suivant, plein de ménagements :
« M. l'Év. deDol,3 février.
)) Je suis fâché, Monsieur, qu'il se soit répandu dans le public des copies, aussi défigurées que vous me le marques, de votre discours au Roi; et je sens que c'est pour vous un véritable désagrément. Je crois cependant que la prudence exige que vous le supportiès en silence. Il ne seroit pas sans inconvénient que vous donnassiès par la voye de l'impression une plus grande publicité à un discours que le Roi n'a pas approuvé (1). »
Mgr de Hercé, comme on le lui demandait, supporta en silence ce désagrément. Il l'oublia même au milieu de l'administration de son diocèse, que ne pouvaient plus troubler des préoccupations politiques.
Son clergé l'absorba. En février, mars et mai, il conféra les saints ordres à ses clercs ; il se nomma un nouveau vicaire général, Jean-Félix Le Flo de Tremelo, du diocèse de Nantes. Reconnaissant de l'honneur que lui avait conféré le Chapitre noble de Bar, il donna également à Antoine- Régis Cachedenier de Vassimon, chanoine de cette insigne et noble église, des lettres de vicaire général (2).
Un prêtre du diocèse de Dol avait été renfermé dans la maison de détention de Saint-Méen, près Rennes. Mgr de Hercé, oubliant sa propre disgrâce, implora auprès du
(1) Arch. nationales, 01. 484 : Déprches, 1788, fol. 30, verso.
(2) Reg. du secrétariat de Mgr de Hercé, du 22 janvier au 10 juillet 1788.