PROTESTATIONS CONTRE SON EXIL
Roi la liberté de cet ecclésiastique dont il affirma le repentir. Ses vœux furent réalisés (1).
Si le pieux prélat acceptait sans protestation et même avec joie son exil politique, les Commissaires des Etats de Bretagne ne gardaient pas le même calme.
Dès qu'ils furent instruits de la disgrâce du président de leur députation, ^IM. Le Provost de La Voltais et de La Motte-Fablet, ainsi que le procureur général syndic, M. du Boberil de Cherville, en écrivirent aux Commissaires des Etats, à Rennes, et les prévinrent qu'ils étaient allés aussitôt prier le duc de Penthièvre et le comte de Thiard, le nouveau commandant en chef en Bretagne, de « rendre leur co-député aux afiaires de la Province ». De plus, ils avaient demandé une audience à Loménie de Brienne(2j.
Ce n'était pas rév»V|ue que les Commissaires avaient à voir dans Urbain de Hercé ; c'était le député des Etats de Bretagne auprès du Roi.
C'est ce qu'ils écrivirent aussitôt à Louis XVI. Ils lui rappelèrent que les règlements approuvés par lui-même assujétissaient les députés de la Province « à rester à Paris pendant l'intermédiaire de Tx^ssemblée des Etats ». En conséquence, ils demandèrent le rappel à Paris de Mgr de Hercé ('.]).
Les Commissaires des Etats ne s'en tinrent pas là. Ils envoyèrent le même jour des lettres, avec copies de celle adressée au Roi, au baron de Breteuil, secrétaire d'Etat,
(1) Lettres du secrétaire d'État à l'évèque deDol, et à M. Bertrand, intendant de Bretagne, 13 mars 1788. (Arch. nationales, ()'. 48f : Dt'péches, 1788, fol. 86.)
(2) Lettre datée de Paris, 3 janvier 1788. Voir PnV:Es .iustificatix i;s, n" Vlll.
|3' Lf'ltre du 11 janvier 178,s. Vdii' Ihid.
à Loménie de Brienne, au duc de Penthievre et au comte de Thiard, pour les prier d'appuyer de leur crédit les représentations qu'ils soumettaient à Sa ^lajesté (1).
Le comte de Thiard assura les Commissaires qu'il n'avait pas attendu leur lettre pour essayer de faire changer les dispositions du Roi. et promit de renouveler ses sollicitations (2). De son côté, le duc de Penthievre les assura du vif intérêt qu'il prenait à tout ce qui regardait la Province dont il était le Gouverneur (3).
Quant au secrétaire d'État, et au principal ministre, ils gardèrent le silence.
Les députés en Cour se rendirent de leur côté auprès de ces divers personnages, — moins Loménie de Brienne que la maladie empêchait de recevoir, — pour leur réitérer les suppliques des représentants des États. Mais on ne leur faisait espérer aucun succès, « l'ordre donné à Monseigneur, leur disait-on, étant émané du propre mouvement du Roi (^) » .
En répondant à la lettre que leur avait adressée de Mayenne Mgr de Hercé, les Commissaires l'avaient mis au courant de leurs instances auprès du Roi et des ministres. « Nos démarches, dans cette fâcheuse circonstance, lui dirent-ils, ont été également déterminées par la considération des intérêts de la Province, et par les sentimens que vous nous avès inspirés (5j. »
L'évêque de Dol leur en marqua toute sa reconnaissance (6j.
Cependant la Cour s'entêtait à maintenir Mgr de Hercé
(1) Même date. Voii- l'ikcEs jl-stuiuat, VIII.
(2) Lettre du l"j janvier. Voir Ibid.
(3) Lettre du 16 janvier. Voir Iini).
(4) Lettre aux Commissaires, Paris, 23 janvier 177S. Voir Fi:ii.. (o) Lettre des Commissaires des Etats à « M. rÉvèriue de Dol, député des États à la Cour, à Dol », 22 janviei- 17S8. Voir Iiud.
(0) Lf'ttre du 20 janvier. Voir Ihid.
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dans son exil. Mais elle avait, affaire à un entêtement plus tenace, rentêtement breton.
Moins d'un mois après leur supplique au Roi, le 8 février 1788, les membres de la Commission intermédiaire des Etats de Bretagne en envoyaient une nouvelle plu& pressante que la première.
Ils priaient le monarque de vouloir bien considérer « que Téloignement de l'évêque de Dol ne pourrait être plus longtems prorogé sans nuire au bien des affaires de la Province » qui exigeaient « les soins de tous ses représentans ».
« Nous espérons, Sire, avec confiance, disaient-ils eu terminant, que, touché des motifs qui fondent notre réclamation, vous voudrès bien l'accueillir favorablement, et que ne voyant, désormais, dans Févêque de Dol, qu'un député des États de Bretagne, écarté de ses fonctions, Votre Majesté fera cesser l'obstacle qui s'oppose à ce qu'il les remplisse. Nous vous en supplions, Sire, avec les plus vives instances (1). »
Comme la première fois, les Commissaires envoyèrent copie de leur supplique au secrétaire d'Etat, le baron de Breteuil, à Loménie de Brienne, au duc de Penthièvre, au comte de Thiard, ainsi qu'à MM. de La Voltais et de La Motte-Fablet, députés des États à la Cour, en les priant d'user de leur crédit auprès du Roi pour faire révoquer
(1) Lettre du 8 février 1788. Voir Pièces justik. VIII. — Dans un(>première rédaction, au lieu de : « Nous espérons avec contiance », les Commissaires avaient écrit : « Nous nous sommesinterdit, Sire, toute réllexion sur la démarche qui a donné lieu à réloiii;ncmenl de l'évêque de Dol. Inviolablement attaché au bien du service d« Votre Majesté et de la Province, il ne peut être que vivement alïecté de cet éloignement. » Les Commissaires pensèrent sans doute que cette rédaction, tout à l'éloge de Mgr de Hercé, pourrait blesser le Roi ; c'est pourquoi ils la supprimèrent. (Arcii. «Ér. u"Illk,-kt-Vil. C. 389r).)
l'ordre qui retenait dans son diocèse l'évêque de Dol (1).
En même temps, ils prévenaient de ces nouvelles représentations Mgr de Hercé, en lui renouvelant l'assurance de rintérêt que, lui disaient-ils, « vous nous inspirerès toujours (2) ».
L'éA'êque exilé se montra très touché de cette nouA^elle manifestation de sympathie des représentants des Etats. Mais si sa réponse exprime sa reconnaissance, elle ne révèle de la part du pieux évéque, tout entier à son diocèse, aucun mécontentement contre les auteurs de sa disgrâce, pas même le moindre désir de voir cesser un exil qui lui était si doux.
« A Dol, 4 mars 1788.
)) Messieurs,
» La bonté avec laquelle vous voulès bien me faire part des nouvelles démarches que vous venès de faire auprès de Sa Majesté y ajouterait un nouveau prix, si elles n'étaient pas en elles-mêmes d'un prix infini par l'intérêt que vous y mettes.
» J'essayerois en vain. Messieurs, de vous donner une juste idée de ma reconnaissance ; je ne connois aucune expression qui ne soit infiniment au-dessous du sentiment que vos bontés m'inspirent. J'ay l'honneur d'être avec le respect le plus inviolable,
» Messieurs,
» Votre très humble et très obéissant serviteur.
)) f Urb.-R. Évêque de Dol (3). »
Lorsque Mgr de Hercé écrivait cette lettre de remerciements, les Commissaires des Ktats avaient déjà reçu
(1: l.ottre ilii K fi'viirr \',HH. Aiicii. uki'. d'Illk-kt- Vu.., C 3805.) (2) Ihid.
iH) lhi,l.
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les réponses du duc de Pentliièvre, du comte de Tliiard et de Loménie de Brienne. Les deux premiers assuraient la Province de tout leur dévouement. Quant au principal ministre, Loménie de Brienne, la situation de ce petit évèque de province qu'il avait fait punir pour son zèle apostolique était la moindre de ses préoccupations. Il venait de troquer son archevêché de Toulouse pour celui de Sens qui lui rapportait, avec ses autres bénéfices, le joli revenu de 678,000 livres de rente ; ce qui, avec les appointements de sa place de principal ministre et les 6,000 livres de pension attachées à son cordon bleu, en faisait le prélat le plus opulent après le cardinal de Rohan (1).
La lettre des Commissaires arrivait au moment précis où le nouvel archevêque de Sens était dans la première joie de ce véritable coup de bourse. Aussi l'importune épitre le rendit-elle maussade. Sa réponse fut prompte et cassante.
«Versailles, le 12 février 1788.
» Monsieur de Dol a manqué personnellement au Roi, Messieurs, et Sa Majesté a voulu lui en témoigner son mécontentement. Les affaires de la Province ne souffriront pas de son absence, et le titre de Député des Etats ne donne pas le droit de s'écarter du respect dû à Sa Majesté. Ces raisons ont empêché le Roi de déférer à votre demande que j'ai mise sous ses yeux, et je ne dois pas vous laisser ignorer que de nouvelles instances seroient inutiles.
)) J'ai l'honneur d'être bien sincèrement, Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur.
» f L'Arch. de Sens (2). »
(1) Taine, Ancien régime, chap. iv.
(2) Arch. dép. d'Ille-et-Vil. C. 3895.
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MM. de La Voltais et de La Motte-Fablet, députés à la Cour, avaient en audience sollicité de Loménie de Brienne le rappel de leur éminent collègue ; le ministre leur avait répondu qu'il n'avait pu obtenir du Roi de révoquer l'ordre donné et il les avait assurés également que « toutes démarches étaient inutiles fi) ».
Il sera permis de douter que si le puissant ministre avait , réellement sollicité la grâce de Mgr de Hercé, le faible et bon Louis XVI ne se fût pas laissé toucher. Mais c'est le propre des habiles de faire supporter à l'autorité la responsabilité de leurs propres méfaits.
La Commission intermédiaire ne fut pas dupe des fourberies de Loménie. Sans faire cas de l'avertissement que « de nouvelles instances seroient inutiles », les Commissaires répliquèrent assez vertement à l'archevêque de Sens, dès le 19 février.
« En croïant remplir un des devoirs de l'épiscopat, lui disaient-ils, M. l'évêque de Dol n'a pas présumé que son zèle paroitroit ne pouvoir se concilier avec le respect dû au souverain... Vous réunissez, Monseigneur, les qualités de prélat et de ministre éclairé. Vous présenterez au Roi, sous son véritable point de vue, la conduite de M. l'évêque de Dol, et si elle laisse encore à Sa Majesté quelques impressions fâcheuses, nous ne doutons pas que vous les détruisiez. Ce seroit un renversement d'idées d'admettre qu'un sujet pût se croire autorisé à manquer à son souverain... ))
Après cette juste interprétation delà conduite de Mgr de Hercé, la Commission montrait la gravité de l'acte qui privait la députation en Cour d'un de ses membres. Cet acte était une infraction au règlement des Etats approuvé
(1) Lettre des dépntrs aux Commissaires, Paris, 22 février 1788. V. Pièces justif. n° Ylll.