PROTESTATIONS CONTRE SON EXIL
par arrêt du Conseil, et il faisait retomber sur le public les effets du mécontentement du Roi (1).
Mis au courant de cette lettre, MM. de La Voltais et de La Motte-Fablet firent de nouvelles démarches auprès des ministres pour provoquer « le retour d'un co-député, dont le caractère et les lumières, avouaient-ils, étaient si essentiels aux fonctions importantes que les Etats leur avaient confiées (2) ».
Mais ces instances, comme les précédentes, devaient rester sans résultat immédiat.
Toutes les sympathies étaient pour l'exilé qui avait si bien exprimé la pensée des Catholiques du Royaume.
« Lacause deM. l'évêque est si belle, — écrivaitleSlmars l'abbé du Tronchet, — qu'elle devrait parler d'elle-même en sa faveur. Je sçais toutes les démarciies qui ont été faites pour luy, mais rien n'a pu encore dissuader. Pour moy, auprès de luy et des personnes qui s'intéressent à son sort, je ne suis qu'un faible roseau, incapable de rien opérer. Je voudrais bien qu'il dépendît de moy de faire connaître la pureté de ses intentions, nous l'aurions bientôt à Paris; mais, avant mon départ, le vent ne me paraissait pas encore tourner du côté où nous le désirions (3). «
En mai 1788, l'Assemblée générale du Clergé, convoquée extraordinairement, tint ses assises à Paris. Sa préoccupation fut l'Édit des non-Catholiques et les moyens
(1) Lettre des Commissaires à Loménie de Brienne, Rennes, 19 février 1788. V. Pièges jusTiK., n° VIII.
(2) Lettres des députés aux Commissaires, Paris, février 1788. (Arch. dép. d'Ille-et-Vil., C. 3840.)
(3) Lettre de M. de Saint-Sauveur, abbé du Tronchet, à M. Lecompte, son agent d'affaires, datée de Besançon, 31 mars 1788. {Arch. personnelles.)
d'en obtenir, sinon la révocation, du moins certaines modifications. Les députés du Clergé adressèrent au Roi, dans ce sens, des remontrances que nous avons résumées au début de ce chapitre. A cette occasion, les évêques ne pouvaient oublier que leur collègue de Dol avait été leur porte-parole devant le Roi, qu'ils l'avaient encouragé dans sa mission apostolique, et qu'en conséquence ils devaient se considérer comme snlidaires avec lui dans le châtiment dont son zèle l'avait rendu victime.
Ils comprirent leur devoir. Entre le saint évèque de Dol et l'archevêque de Sens, déjà sur le chemin de l'apostasie, il n'y avait pas à hésiter. L'Assemblée du Clergé arrêta de demander au Roi le rappel de Mgr de Hercé : c'était la condamnation partout l'Episcopat, par tout le Clergé catholique de France, de la conduite de Loménie de Brienne.
Cette puissante intervention réjouit les députés bretons» MM. de La Yoltais et de La Motte-Fablet.
Aussitôt instruits de cet arrêté de l'Assemblée du Clergé, ils voulurent en remercier personnellement les présidents de chaque Province ecclésiastique; mais, n'ayant pu les rencontrer, ils chargèrent Mgr de la Marche, évèque de Saint-Pol-deLéon (1 , de présenter leurs remerciements à l'Assemblée, en la priant de joindre de nouveau ses sollicitations aux leurs « pour rendre l'évêque de Dol à ses fonctions ».
Le prélat breton qui, au moment de la Révolution, allait lui-même montrer tant de vaillance, s'acquitta de cette mission avec le plus grand zèle (2).
(1). Jean-François de la Marche vit son siège supprimé en 1790; il ne quitta son diocèse, comme Mgr de Hercé, qu'en mars 1791 ; il se réfugia à Londres, fut chargé de la distrihution des secours aux prêtres émigrés en Angleterre, refusasa démission en 1801 et mourut à Londres en 1800.
(2) Lettre des députés aux Commissaires, Paris, 28 mai 1788. (Arch. dkp. d'Ille-et-Vil., C. 3840.)