‹ Urbain de HercéChapitre 85 sur 196 · NOUVEAU DISCOURS A LOUIS XVI · texte numérisé non relu

NOUVEAU DISCOURS A LOUIS XVI

Ce jour, les trois députés en Cour et les dix-huit commissaires des États se rendirent à Versailles. Après une attente d'une heure dans l'antichambre du Roi, vers midi et demi, un huissier vint dire à l'évèque de Dol : « Monsieur, le Roi attend les députés de Bretagne.))

Les Bretons se mirent en marche deux à deux, la députation en Cour à la tête, et, dans cet ordre, pénétrèrent dans le cabinet de Sa Majesté. Louis XVI les reçut debout, entouré de son principal ministre, Loménie de Brienne, du garde des sceaux, du comte de Brienne, ministre de la guerre, du comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères, et de M. de Villedeuil, secrétaire d'Etat.

C'était la première fois que Mgr de Hercé se retrouvait en face du Roi, depuis le fameux discours qui lui avait valu l'exil. Il lui appartient encore de parler. ^Nlais qu'on ne croie pas que la disgrâce ait calmé son zèle. La vue du Roi, irrité de la résistance de la Bretagne, n'arrêtera pas la vérité sur ses lèvres. Son langage, qui fut toujours celui de sa conscience, sera aussi énergique tout en restant respectueux. Qu'on en juge.

« Sire,

)) Lorsque les Rois rendoient par eux-mêmes la Justice à leurs sujets, le recours au Souverain était la sauvegarde des Peuples, et le premier apanage de la Royauté étoit de les juger et de les entendre. Si le droit des peuples étoit violé, s'ils étoient surchargés d'impôts, si leurs Constitutions étoient méconnues ou renversées, ils venoient avec confiance se jeter au pied du Trône ; ils y apportoient, comme nous le faisons aujourd'hui, l'hommage de la soumission la plus profonde, et ils s'en retournoient satisfaits et consolés.

» C'est par une suite de cette même confiance dans la justice de Votre Majesté, que la Noblesse de votre Province de Bretagne, qui s'est signalée dans tous les tems par sa valeur, comme par son zèle pour le bien de votre service, a désiré avec tant d'ardeur qu'il plût à Votre Majesté de l'entendre, et pour cet effet elle a cru devoir envoyer vers elle des députés dont le mérite personnel répondoit de la sagesse de leur conduite.

» Comment se peut-il. Sire, qu'on ait rendu suspecte à Votre Majesté la fidélité de douze gentilshommes distingués par leur naissance, par le rang qu'ils tiennent dans la Province, par leurs services militaires et par le titre de députés de la Noblesse bretonne dont ils étaient honorés auprès de Votre Majesté ? Comment se peut-il que sous l'autorité d'un monarque dont le caractère est celui de la bienfaisance, on ait vu traduire comme des criminels d'Etat, dans les prisons de la Bastille, des gentilshommes pleins d'honneur et de probité, qui tant de fois ont exposé leur vie, qui seroient encore prêts de répandre leur sang pour elle et pour qui le seul soupçon de révolte ou d'infidélité envers Votre Majesté seroit un outrage plus cruel que le dernier des supplices ? Comment se peut-il enfin que la disgrâce de Votre Majesté se soit étendue sur tout ce qui tient à la Bretagne, sans en excepter même ceux qui, par les charges ou les emplois qu'ils possédoient à la Cour, étoient attachés au service personnel de Votre Majesté et à l'éducation des princes de son sang (1) ?

)) Dans la dernière audience qu'il a plù à Votre Majesté d'accorder aux députés de la province de Bretagne, ils ont mis sous ses veux le tableau aftliueant des malheurs de la

(1) Allusion à la disgrâce du duc de Chabot, du duc de Praslin, du marquis de la Fayette, du marquis de Sérenl et du comte de Boisgelin (ce dernier maître de la garde-robe du Hoi, depuis trente ans), coupables d'avoir soutenu leurs compatriotes bretons. Voir 15. PocyUET, Origines de lalicvol. en Bret.. t. I, p. 2'M.

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