NOUVEAU DISCOURS A LOUIS XVI
Province, les Edits les plus contraires à nos droits et à nos constitutions, enregistrés militairement, et sans le consentement des Etats, les magistrats dispersés, les tribunaux sans activité, le temple de la Justice profané et envahi par des soldats à main armée, les engagemens les plus sacrés de Votre Majesté enfreints et méconnus. Voilà, Sire, les maux trop réels qu'ils ont exposés à Votre Majesté et qui ne peuvent jamais cesser d'être Tobjet de nos justes réclamations.
» On leur a répondu, il est vrai, et Votre Majesté a bien voulu en confirmer l'assurance ; on leur a répondu, dis-je, que l'intention de Votre Majesté étoit de conserver les droits et les Constitutions de la Province, et cependant la même cause qui a commencé nos malheurs est toujours subsistante et semble leur prêter chaque jour un nouveau degré d'accroissement.
» En effet, Sire, depuis que l'entrée du Sanctuaire, où se rendent les oracles de la Justice, est interdit à ceux mêmes qui sont chargés de l'exécution et du dépôt des loix, les grands chemins sont" remplis de malfaiteurs dont il n'est plus possible de réprimer ni d'arrêter le désordre^ les crimes sont sans impunité, les lois sans vigueur, les méchants sans frein, les foibles sans appui, la veuve et l'orphelin sans défense ; pour tout dire, en un mot, il nest pas un Citoyen dont les intérêts ne soient en souffrance. La misère est à son comble, et comme si nous étions nous-mêmes des sujets rebelles et révoltés, on fait descendre de toutes parts des troupes dans la Province, on les fait camper jusqu'aux portes mêmes de la Capitale.
» Nous osons le dire, Sire, ces ordres rigoureux sont trop contraires à l'idée que nous avons de Votre Majesté, pour que nous puissions craindre que nos représentations ne fassent pas la plus vive sensation sur Elle.
)) Si Votre Majesté daigne accorder quelques momens de son attention à la lecture du Mémoire que nous sommes
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chargés de lui remettre, si Elle daigne se faire représenter ceux que les différens Commissaires des Etats ont eu l'honneur de lui adresser ; si Elle daigne, enfin, nous juger elle-même et se laisser aller à la pente naturelle et aux mouvemens de son cœur, nous sommes assurés d'avance qu'Elle sera sensible à nos malheurs, que son âme royale en sera vivement affectée, qu'Elle fera cesser les infractions faites à nos franchises et à nos droits, qu'Elle maintiendra nos Constitutions et ses propres engagemens, qu'Elle effacera jusqu'aux moindres traces de tous les Edits enregistrés sans le consentement des Etats, qu'Elle rendra leur ancienne forme et leur activité à tous les Tribunaux de la Province, la liberté à tous les Prisonniers détenus par ses ordres, ses bonnes grâces à tous ceux qui ont eu le malheur de les perdre. Nous vous en conjurons. Sire, n'abandonnez pas au désespoir une Province qui vous a toujours été fidèle, et qui n'a d'espérance qu'en vous seul; rendez à des enfans, à des épouses éplorées, des pères, des époux que vous retenez dans la captivité ; rendez-nous sur-tout votre bienveillance et vos bontés si chères à nos cœurs et si nécessaires à notre bonheur ; pénétrés alors de la plus respectueuse reconnaissance envers Votre Majesté, nous bénirons le moment où elle a bien voulu nous permettre de déposer nos alarmes dans son sein paternel ; nous n'aurons plus que des actions de grâces à lui rendre, et nous retournerons avec une entière consolation dans notre Province, nous y comblerons les Peuples de joie, en leur apprenant ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons senti en présence de Votre Majesté, et nous les affermirons de plus en plus dans les sentimens de soumission, de respect et de vénération dont nous sommes nous-mêmes si vivement pénétrés (1). »
(1) Ari;ii. ijkp. u'Ille-et-Vil. C. 3896. — Ce discours fut publié avec le Mémoire remis au liai par Messieurs les députés et Commissaires