‹ Urbain de HercéChapitre 87 sur 196 · FROIDE RÉPONSE DE LOUIS XYI · texte numérisé non relu

FROIDE RÉPONSE DE LOUIS XYI

Après ce discours-, Mgr de Hercé remit au Roi le Mémoire des Commissaires des Etats.

Louis XVI ne répondit que par ces quelques mots très froids :

« Quelque insolite que soit votre députation, j'ai bien voulu consentir à la recevoir, afin que vous sachiez par vous-mêmes que j'ai i-eçu vos représentations. Attendez à Versailles que je vous fasse connaître ma réponse (1). »

Le soir, à dix heures, le secrétaire d'Etat prévint l'évêque de Dol que le Roi remettrait sa réponse définitive, le lendemain 31 juillet, à midi et demi.

A l'heure indiquée, les députés en Cour et les Commissaires des Etats se présentèrent de nouveau devant Louis XVI, entouré des mêmes ministres que la veille. Sa Majesté lut elle-même sa réponse et en fît remettre l'original, écrit de sa main, à l'évêque de Dol, par M. de Villedeuil(2).

Dans cette réponse, le Roi exprimait son mécontentement et justifiait sa conduite à l'égard des douze gentilshommes et des membres du Parlement. Il annonçait l'ouverture des Etats au mois d'octobre, et déclarait attendre d'eux l'expression du vœu de la Province.

« En me témoignant fidélité» et soumission, disait-il en terminant, on peut tout espérer de ma bonté, et le plus grand tort que mes sujets peuvent avoir auprès de moi, c'est de me forcer à des actes de rigueur et de sévérité. »

En sortant de chez Louis XVI, la délégation bretonne se rendit à l'appartement du comte de Provence, et à celui

de Bretagne, le 30 juillet 1788, et la Réponse du Roi. In-4'> de 12 pages. A Rennes, chez Nicolas-Paul Vatar, imprimeur de Nosseigneurs les États de Bretagne, 1788.

(1) Arch. dép. d'Ille-ei-Vil., G. 285G : Rapport des députés en Cour.

(2) Ibid.

du comte d'Artois, qui leur accordèrent une audience. Mç(r de Hercé exposa aux frères du Roi la consternation qui régnait en Bretagne et implora leur protection en faveur de cette Province qui, dans tous les temps, s'était signalée par son zèle pour le bien du Royaume (1).

Mais on n'accorda aux Bretons aucune satisfaction. Les déléo-ués de la Commission intermédiaire des Etats durent, sur la volonté du Roi, retourner à Rennes, où la connaissance de la réponse royale ne fit qu'augmenter les troubles.

Mgr de Hercé ainsi que MM. Le Provost de La Voltais, de La Motte Fablet et du Boberil de Cherville, restèrent seuls dans la capitale, pour plaider les intérêts de la Bretagne.

Leurs instances, jointes aux protestations venues de tous les points du Royaume, aboutirent à un premier succès. Un arrêt du Conseil du 8 août 1788 fixa la réunion des États généraux au premier mai 1789, et suspendit en même temps la Courplénière, instituée pour enregistrer les actes royaux en place des Parlements.

L'évêque de Dol et ses co-députés avaient également demandé, sans l'obtenir, la suspension des Edits de mai, jusqu'à la réunion des Etats.généraux. Ils avaient de nouveau mis sous les yeux des ministres « le tableau des malheurs dont la Province était accablée par les atteintes portées à ses droits et la cessation de la justice «. Mais on leur avait répondu que « l'intention du Roi n'était pas de faire aucuns changemens avant les Etats. » Ils avaient « sollicité la liberté des douze députés de la Noblesse, détenus à la Bastille, ainsi que la révocation des lettres de cachet contre ^IM. de Maubreuil, de Saint-Pern et de Freslon. Mais on leur avait opposé un refus formel, sous prétexte que cinquante-quatre députés des trois ordres des

(1) Rapport des députéti en Cour.

Page 1