‹ Urbain de HercéChapitre 88 sur 196 · DÉMISSION DE LOMÉNIE DE BRIENNE · texte numérisé non relu

DÉMISSION DE LOMÉNIE DE BRIENNE

États bretons venaient d'arriver avec un nouveau Mémoire.

« Nous désirons bien qu'ils soient plus heureux que nous dans leurs réclamations », écrivaient Mgr de Hercé et ses co-députés, en rendant compte de leurs nouvelles démarches (1).

Ces insuccès les déconcertaient.

« Nous ne cessons d'importuner les ministres pour obtenir l'élargissement de ceux de nos compatriotes qui sont détenus à la Bastille, écrivaient-ils encore quelques jours après; et nous sommes vivement affectés du peu de succès de nos sollicitations (2). »

Les occupations et les préoccupations de l'évêque de Dol étaient telles qu'il ne pouvait répondre aux invitations gracieuses de l'abbé du Tronchet, qui le pressait de venir prendre une journée de repos à Vincennes, avec quelques membres de sa famille qui se trouvaient auprès de lui à Paris (3).

Un événement considérable rendit l'espoir à Mgr de Hercé : la chute de l'auteur de tant de soucis.

« Nous nous empressons, — écrivit-il, le 26 août, — de vous envoyer un courrier pour vous faire part que, hier 25 de ce mois, M. l'archevêque de Sens, principal ministre, a donné sa démission. On assure que M. Necker entre aujourd'hui au Conseil, et il y a grande apparence qu'il sera ou surintendant ou chef du conseil des finances.

» Nous allons redoubler notre zèle pour obtenir le rappel du Parlement, la liberté de nos détenus et la révocation

(1) Lettre des députés en Cour aux Commissaires des Etats, Paris, 11 août 1788. (Arch. dép. d'Ille-eï-Vil., G. 3899.)

(2) Les mêmes aux mêmes, Paris, 20 août 1788 {Ibid. G. 3902.)

(3) Lettre de M. de Saint-Sauveur, abbé du Tronchet, aumônier du château de Vincennes,à son agent d'afîaires à Dol, datée du château de Vincennes, le 23 août 1788. (Arch. pers.)

de tous les coups d'autorité qui ont été portés dans la Province (1). »

Loménie de Brienne venait de succomber sous la réprobation publique, après avoir mené la France à la banqueroute.

Aussitôt ]Mgr de Hercé et ses co-députés couraient à Versailles solliciter de Necker, le nouveau ministre, la liberté des prisonniers; puis, auprès de M. de Villedeuil, secrétaire d'État, et du duc de Penthièvre, gouverneur de Bretagne, pour combattre le projet de convoquer les Etats de la Province à Ancenis et obtenir qu'ils fussent fixés à Rennes, « en dédommagement des malheurs que les habitansy avaient essuyés (2). »

Neker se montra très gracieux à l'égard des députés en Cour. Il les assura qu'avant de prévoir d'être appelé au ministère, il avait partagé leurs sentiments sur la détention des douze gentilshommes et que la plus grande récompense que Sa Majesté pourrait lui accorder serait celle de leur liberté (3).

Ce n'était plus le ton cassant de Loménie de Brienne. On pouvait espérer que le départ de ce ministre permettrait à la vérité de parvenir jusqu'au faible, mais bon Louis XVI. C'est ce qui arriva, lorsque les députés des trois ordres des Etats bretons, auxquels Loménie s'était refusé de reconnaître la qualité de députés, se présentèrent inopinément au Roi, au moment où il passait par la galerie de Versailles, pour aller aux vêpres. Sa Majesté les reçut avec bonté et accepta leur Mémoire; et les princes leur firent dire qu'ils le recevraient également avec plaisir (4). La cause était gagnée. Le 11 septembre, Louis XVI

(1) Lettre des députés aux Commissaires, Paris, 20 août 1788. (Arch., dép. d'Ille-et-Vil. C. 3896.)

(2) Lettre des mêmes aux mêmes, 27 août 1788. {Ibid.)

(3) Les mêmes aux mêmes, 1^'" septembre 1788, {Ibid. 3902.)

(4) Même lettre.

Page 1