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INTERVENTION CONTRE LE TIERS NANTAIS

Dès le 6 octobre 1788, la municipalité de Rennes avait fait entendre, à ce propos, des doléances qui devaient avoir leur écho dans toutes les autres municipalités de Bretagne (1).

Le 4 novembre, un sieur Gottin et plusieurs autres habitants de Nantes s'étaient présentés à la municipalité de cette ville, demandant : l'' que la Noblesse n'assistât plus aux Etats que par représentation ; 2° que l'organisation des deux autres ordres fût changée, ainsi que les principes de répartition des charges publiques ; 3" que la charge degreiïier des Etats fût alternativement remplie par un membre de la Noblesse et par un membre du Tiers ; 4° que l'ordre du Tiers s'abstint d'entrer à l'Assemblée des Etats, jusqu'à ce que les deux autres ordres eussent acquiescé aux susdites modifications.

Douze députés du Tiers furent députés aux ministres par les diverses corporations de Nantes pour leur présenter une requête à ce sujet (2).

La Noblesse du Comté nantais, émue de ces prétentions du Tiers, en écrivit aussitôt à Mgr de Hercé, pour lui dénoncer le caractère « inconstitutionnel et séditieux » de cette requête.

L'évèque de Dol, toujours prêt à rendre service, se rendit, le 8 novembre, aussitôt la réception du courrier de la Noblesse de Nantes, chez le secrétaire d'État de la Province, ^1. de Villedeuil, pour le mettre au courant de la situation et lui annoncer la prochaine arrivée des députés du Tiers. Il y retournait encore, le lendemain, pour connaître le résultat de l'entrevue de M. de Villedeuil avec Necker.

(1) Voir B. PocQUET : Les Origines de la Révol. en Brct., t. F[, p. 69, sqq.

(2) Requête du sieur ColLin, 178S. (Aikjh. dkp. d'Ille-et-Vil.,. C. 3899.)

(c Je n'ai qu'à me louer infiniment, écrivait Mgr de Hercé, Je la manière dont il s'est expliqué sur le compte de la Province ; mais il m'a fait comprendre que, puisqu'il y avoit des députés nommés, il falloitles entendre auparavant de rien statuer. Vous imagines bien que je n'ai rien négligé de ce qui a dépendu de moi pour lui faire sentir combien cette démarche étoit inconsidérée, et combien les prétentions qu'on élève si haut sont contraires aux droits constitutifs des Etats.

)) Je compte voir ce soir M. Neker, ajoutait l'évêque de Dol, pour lui parler sur le même ton, et j'aurai le plus grand soin de vous instruire des suites de cette affaire, et de l'impression qu'elle pourroit faire (1). »

On conçoit le mécontentement de la Noblesse nantaise en apprenant que les ministres consentiraient à recevoir les députés du Tiers. Elle rédigea aussitôt pour l'évêque de Dol un mémoire où elle observait combien il était inouï que les ministres, après avoir refusé d'entendre la députation des douze gentilshommes incarcérés à la Bastille, et la députation des cinquante-trois représentants des trois ordres, accordassent une audience aux représentants d'une « cabale séditieuse (2). »

Pendant ce temps les troubles augmentaient en Bretagne, et les députés en Cour n'en percevaient les échos que par quelques lettres particulières. Mgr de Hercé en exprima aux Commissaires des Etats son étonnement dans une lettre entièrement écrite de sa main, quoique portant aussi la signature du député en Cour de la Noblesse, M. Le Provost do La Yoltais (3).

(1) Lettre de l'évêque de Dol à M. de Maubreil, de la Noblesse de Nantes. Versailles, 9 novembre 1788. (Arch. dép. d'Ille-et-Vil., C 3899.)

(2) Mémoire de la Noblesse du Comté Nantais. (Ibid.)

(3) Lettre aux Commissaires des États à Rennes. (Ibid.)

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