INTERVENTION CONTRE LE TIERS NANTAIS
« A Versailles, 14 novembre 1788.
» Messieurs,
» Depuis rinstaut où nous nous sommes rendus ici pour l'ouverture de l'Assemblée des Notables, nous n'avons reçu aucune lettre de votre part. Nous n'ignorons pas cependant qu'il y a de grands troubles dans la province, et les lettres particulières que Ton reçoit ici en parlent de manière à nous faire regretter de n'en être pas mieux instruits.
» Vous avès sans doute été informés, Messieurs, que la noblesse du Comté Nantais nous a envoyé son courrier pour nous prévenir de ce qui se passoit à Nantes. Ce courrier est arrivé deux jours auparavant les députés du Tiers-Etat qui sont au nombre de douze. Nous ne les avons point vus, et vous comprendrès facilement qu'ils ne sont pas venus nous chercher. Nous savons seulement qu'ils ont vu M. le Comte de Thyars, qui a refusé de les présenter aux ministres. Nous avons eu à ce sujet une conférence avec M. de Villedeuil et M. Neker dans laquelle nous nous sommes efforcés de les convaincre du danger qu'il y auroit de prêter une oreille favorable à des demandes inconsidérées, qui ne tendent à rien moins qu'à renverser les principes fondamentaux de la Constitution des États de notre province. Nous n'avons pas même craint de leur déclarer que cela n'étoit pas au pouvoir du Roy, et que toute espèce de changement qu'on voudroit nous faire subir à cet égard éprouveroit de la part des ordres de l'Eglise et de la Noblesse la plus grande résistance.
» Nous attendons avec impatience, Messieurs, que vous nous fassiès part de vos reflexions sur cette inconcevable entreprise, et que vous nous traciès la route que nous devons suivre. Nous ne perdons point de vue que notre pre-
mier devoir est do veiller à la conservation des intérêts que les Etats ont bien voulu nous confier, et il n'est aucune considération qui soit capable de ralentir notre zèle.
» Nous sommes avec un sincère attachement et respect, etc.
» -j- Urb -R., Evêque de Dol. — Le Provost de la. Volt Aïs. »
Naturellement M. de La Motte-Fablet, le député du Tiers en Cour, ne pouvait signer cette lettre qui combattait les prétentions de son ordre. En dehors de ce point, il s'occupait activement avec ses co-députés des intérêts généraux de la Province et signait avec eux les lettres adressées sur ces sujets à la Commission intermédiaire des États de Bretagne. Mais, il faut le dire, aucun de ces députés n'avait l'activité du zélé évêque de Dol. Toutes les correspondances avec les Commissaires, pendant l'Assemblée des Notables, sont écrites entièrement de sa main, et quelquefois même ne portent que sa signature.
Comme intermédiaire entre la Noblesse de Nantes et les ministres, Mgr de Hercé ne fut pas heureux. La Cour reçut bienveillamment les députés du Tiers (i), et se montra assez favorable à leurs prétentions qui, nous l'avons déjà reconnu, étaient très raisonnables, et eussent produit en France une heureuse transformation sociale, si les excès de la Révolution ne l'avaient opérée au milieu du désordre et des flots de sang.
L'Assemblée des Notables prit fin le 12 décembre 1788. Les députés bretons en Cour, en l'annonçant aux Commissaires, eurent encore la satisfaction de leur apprendre la ■l'évocation, comme Intendant de Bretagne, de Bertrand de
(Il B. PofsjiiET, Orii/iaes de la Rév. en BreL, t. II, chap. m.