DERNIERS ÉTATS DE BRETAGNE
Mais rÉglise et la Noblesse continuèrent de se réunir pour rédiger « de fortes et respectueuses représentations » au Roi, et rédiger le Précis historique de cette tenue, dont ils ordonnèrent l'impression (1).
Ces deux ordres adoptèrent la proposition de ne point députer aux États-Généraux convoqués dans la forme nouvelle, c'est-à-dire par des députés nommés en dehors de l'Assemblée provinciale (2).
Dans le Mémoire qu'ils adressèrent à Louis XVI, on ne sera pas sans remarquer le caractère vraiment prophétique des passages suivants (3).
« C'est avec le sentiment le plus douloureux. Sire, que nous remplissons ici l'engagement austère que nous avons pris de vous faire connoitre la vérité: mais si la fermentation des esprits portée à son comble ; si l'altération même des mœurs nationales ont été regardées dans tous les siècles comme le présage de toutes ces Révolutions qui changent la face des empires et souvent les détruisent, que ne doit-on pas craindre aujourd'hui ?
» L'oubli des principes que le tems avait consacrés en loix qu'on dédaigne, parce que la force ou l'audace les violent avec une impunité égale ; enfin cette multitude de plans qui élèvent une législation nouvelle sur les débris de l'ancien gouvernement français, combien de motifs, Sire, pour envisager avec eifroy l'époque funeste à laquelle nous touchons peut-être en ce moment. »
Ce fut seulement le dimanche i""" février 1789, que les deux premiers ordres bretons se retirèrent, tout en protestant de nouveau contre l'arrêt royal.
Mgr de Hercé était resté jusqu'au bout à son poste,
(1) Séance du i) janvier 17H'J.
(2) Séance du 22 janvier.
(3) Séance du 27 janvier.
malgré les fatigues morales et physiques que la politique lui avait imposées depuis deux ans.
Il rentra dans son diocèse avec le désir de s'y donner entièrement à son troupeau, mais attristé de la situation troublée de la France, qui lui faisait prévoir de plus en plus la catastrophe dont il avait fait à Louis XVI l'énergique annonce.
Le Roi avait convoqué Tordre de l'Eglise et l'ordre de la Noblesse à Saint-Brieuc, pour le 16 avril, afin d'élire leurs députés pour les États généraux. Mais l'évèque de Dol ne s'y rendit pas. D'ailleurs, ces deux ordres refusèrent de procéder à cette élection dont le mode était contraire aux constitutions de la Bretagne.
Notamment l'ordre de l'Église déclara « désavouer formellement tous ceux qui n'ayant pas été nommés par les Etats de Bretagne prétendroient représenter aux États- Généraux la Province ou quelqu'un des ordres qui la composent. )) Il protesta également contre les dispositions du règlement du 16 mars qui, en appelant les recteurs des villes et campagnes à élire des députés, « opérait dans le clergé une division sans exemple, aussi funeste à la religion qu'au bien de la Province (1). »
L'élection des députés du bas-clergé de l'évêché de Dol, pour les États-Généraux, se faisait au moment même dans la ville épiscopale de Mgr de Hercé : l'abbé Garmier, recteur de Notre-Dame de Dol, et l'abbé Simon, recteur de la Boussac, furent les deux élus.
Ce choix ne pouvait déplaire à l'évèque à Dol. C'étaient deux prêtres des plus dignes, qui, plus tard, surent préférer la déportation au sacrifice de leur conscience.
(1) Arch. LiKi'. d'Ille-et-Vil., C. 2Sj'.').