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BRUIT DE SUPPRESSION DU SIÈGE DE DOT

se trouvaient sept détenus peu dignes d'intérêt et cependant traités avec beaucoup d'égards (1).

Pour calmer les fureurs de la démagogie, le Clergé et lu Noblesse, dans la fameuse « nuit du 4 août », lui sacrifient des titres et des privilèges surannés ; mais c'était aiguiser l'appétit des carnassiers.

L'Assemblée s'était érigée en Assemblée constituante. Elle fait table rase de tout le régime social et prétend le reconstituer sur de nouvelles bases.

Tandis que la Révolution commençait son œuvre au milieu de l'effervescence toujours grandissante delà populace, Mgr de Hercé se livrait dans son diocèse à ses fonctions épiscopales. Il ordonnait soit dans l'église du séminaire, soit dans la chapelle de son palais, soit dans l'église-cathédrale, les clercs de son éveché, ceux de son collègue de Goutances qui faisait partie de l'Assemblée nationale (2), et ceux de son ami l'évêque de Rennes, retenu pour sa santé loin de son siège (3). Cependant, dès le mois de décembre 1789, le bruit vague de suppression de l'Evêché de Dol parvint dans la ville épiscopale. De plus, on disait que, d'après les plans de l'Assemblée nationale, Dol nonseulement perdrait son Evêché et son Chapitre, mais encore que cette ville ne deviendrait même pas chef-lieu de district et siège d'un tribunal royal.

La population s'émut ; les édiles dolois se réunirent. Ceux-ci adoptèrent de députer vers l'Assemblée nationale deux d'entre eux, le maire Poulet et Rêver d'Hermont, « avec pouvoir, dirent-ils, de réclamer notre Evêché et notre Chapitre et de vivement solliciter pour notre ville un

(1) Voir Fhantz Funck-Bre.xtano, Lc(/cndcs et Archives de lu Bastille. Paris, Hachette, 1898, i« édit., p. 262.

(2} Ange-Franrois de ïalaru de Chalinazei ; il se retim eu Angletei're lorsque l'intrus Bécherel vint prendre possession de sou siège.

(3) Reg. du secrétariat, 6 juin, 19 septembre et 19 décembre 1789.

chef-lieu (le district et un tribunal royal, sans lesquels Dol devient absolument désert ».

Les deux députés partirent aussitôt pour Paris, avec un secours de 720 livres que vota la communauté de ville pour leur voyage (1).

On ignore les détails de la mission des deux édiles dolois ; mais on peut assurer que s'ils revinrent avec l'espoir de voir leur ville devenir chef-lieu de district, ils purent annoncer pour assez prochaine la suppression de l'Evôché et du Chapitre. En effet, les événements se précipitaient. L'Assemblée nationale, qui avait la prétention de tout reconstituer dans l'ordre social, détruisait tout l'ancien régime. Son premier acte avait été une véritable genèse sociale, une Déclaration des droits de l'homme, dont tous les articles devaient bientôt être violés par leurs auteurs.

Pour relever les finances de l'État, on avait créé une contribution patriotique, prélevant sur chaque habitant le quart de son revenu. Mais ces secours ne suffisant pas, l'Assemblée nationale, le 2 novembre 1789, avait mis tous les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation, s'engageant « de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres ».

Mgr de Hercé, pour qui les biens terrestres ne valaient qu'autant qu'ils pouvaient servir à soulager les malheureux, se soumit sans protester à ces décrets.

Aussitôt que la municipalité eut fixé la taxe de sa contribution patriotique et celle de son frère, l'abbé François, l'évèque de Dol fit au trésor public, en son nom et en celui de son frère, le versement de la somme de 4000 livres (2).

(1) Arcii. \ir.Nicip. DE Dol : Uaj. dc^ délibérât., 22 décembre 1789; — Arch. DÉi'. d'Ille-et-Vil. : C. 3.^8.

(2) Aucii. MUNicip. DE Dol: lieg. des délibérât., lU septembre 1790. Le maire constate que « le stsigneur évèque et comte de Dol » lui a remis les reconnaissances du trésor public.

DÉCLARATION DES BIENS DE l'ÉVÊCHÉ 225

Sa sœur Charlotte versa également sa quote-part entre les mains de l'intendant des Ormes, Jean Liger, désigné par la municipalité de Saint-Léonard pour percevoir cette contribution (Ij.

Mgr de Hercé n'attendit pas que le décret de l'Assemblée nationale, ordonnant aux titulaires de bénéfices de faire la déclaration de leurs biens, fût enregistré par la Cour supérieure provisoire de Bretagne, pour faire cette déclaration. Le jour même où avait lieu cet enregistrement, le 26 février 1790, le désintéressé prélat signait la « DéclsL- 7'ation des revenus dépendans du temporel de VÉvêché de Bol (2). »

Ces revenus s'élevaient à 28,196 livres (3). Mais auprès de cela, il y avait pour 10,654 livres de charges. Ce qui réduisait à 17,542 livres les ressources de l'évèque de Dol.

Mgr de Hercé déclarait également les revenus de son abbaye de Notre-Dame-de-Vaux, au diocèse de Toul, que Louis XVI lui avait conférée, en 1785, pour l'aider dans ses œuvres de charité. « Tout ce que je puis assurer dans la plus exacte vérité, disait l'évèque de Dol, c'est qu'elle me rend tout au plus dix mille francs par an. »

C'était donc des biens d'un revenu d'environ 27,000 livres , dont l'État allait s'emparer, et qu'il allait remplacer par un traitement de 14,000 livres (4).

(1) Arch. de l'hôtel de Hercé : Reçu de Jean Liger, en date du 20 juin 1790.

(2) Pièce uis. in-folio de 8 pages. (Arch. personnelles.) 3) Dixmes 1 2,877 livres.

Domaines o,62l —

Droits seigneuriaux.. . . 3,420 —

Rentes en froment 6,258 —

Rentes en avoine 320 —

Total. .. 28,196 livres.

(4) Arch. dép. d'Ille-et-Vil. : District de Dol, traitement de l'ex- Chapitre de Dol, 1790-1791.

Mgr de Hercé se voyait réduit à répandre avec moins de largesse ses bienfaits aux déshérités. Son cœur si dévoué aux malheureux en gémit; mais il se soumit, sans récriminer, à cette spoliation.

Le saint évèque ressentit plus vivement les atteintes portées contre la religion dans ses droits spirituels.

En dehors de l'autorité ecclésiastique, l'Assemblée nationale se permit de supprimer en France, le 13 février 179U, les vœux monastiques et même de prétendre en délier les religieux et religieuses, après avoir, le 5 du même mois, ordonné la suppression, « en attendant des suppressions plus considérables », d'un certain nombre de monastères. On ne pourra nier que des réformes étaient nécessaires dans la plupart des ordres religieux ; le scandale que donnèrent un grand nombre de leurs membres, en se soumettant sans résistance à la Constitution civile du clergé et aux décrets antireligieux qui suivirent, ne le prouve que trop. Mais était-ce à une assemblée purement politique qu'il appartenait, même en supposant cette assemblée mue par les sentiments les plus droits, de s'ingérer dans le domaine spirituel ? Ce ne pouvait être que d'accord avec le Chef suprême de rÉglise, assisté des conseils des évêques français qui proposaient ce mode de procédure, que l'Assemblée nationale pouvait entreprendre une telle transformation.

Mgr de Hercé, qu'on a vu protester avec tant d'énergie devant Louis XYl, alors que les intérêts de l'Eglise catholique étaient en jeu, ne pouvait rester muet devant ces abus de pouvoir de l'Assemljlée nationale. Il profita d'une cérémonie des plus solennelles pour élever la voix et faire connaître à son peuple ses sentiments intimes.

Le 4 février 1790, Louis XVI était venu à l'Assemblée nationale attester son attachement à la Constitution non-

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