‹ Urbain de HercéChapitre 98 sur 196 · PRESTATION DU SERMENT CIVIQUE · texte numérisé non relu

PRESTATION DU SERMENT CIVIQUE

fauteuils. M. le maire en occupait un et le révérend évêque occupait l'autre à sa droite. Les deux côtés des sièges, en demi-cercle, étaient remplis par MM. les officiers municipaux et les notables, MM. les chanoines et autres ecclésiastiques en habit de chœur, MM. les juges et officiers de la juridiction de Dol. MM. de la garde nationale, rangés sur deux lignes, jusqu'au bas de la nef, un peuple nombreux de toutes les classes se pressant dans les deux bascôtés. Tout-à-coup, le silence résultant de la simplicité et de la gravité imposante des préparatifs, ayant succédé au bruit occasionné par la foule des spectateurs, M. le maire Corbinais se leva et fit l'éloge de la Constitution qu'il termina par ce serment : « Je jure de maintenir de tout mon » pouvoir la Constitution du royaume, d'être fidèle à la » nation, à la loi et au roi et de bien remplir mes foncn tions. »

Puis, ce sont les officiers municipaux, les notables et les officiers de la juridiction de Dol qui répètent la même formule .

Enfin, continue le procès-verbal, « MM. de la garde nationale, officiers et soldats, précédés par MM. le colonel, le major et l'adjudant, touchant l'autel du bout de leurs épées nues, ont aussi prêté le serment civique successivement et individuellement en défilant la main levée devant le crucifix, sur trois de front.

» Immédiatement après, le révérend évêque entré au chœur avec le clergé, le corps municipal et celui de la justice, a entonné le Te Deum, au pied du grand autel, que le chœur et l'orgue ont continué alternativement au son des cloches et au bruit des décharges réitérées des boîtes. »

Mais ce que le procès-verbal ne dit pas, c'est que Mgr de Hercé, avant que fût prêté le serment par les divers fonctionnaires, adressa à ceux-ci cette énergique allocution :

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« Messieurs,

)) Vous avès désiré que nous assistassions à la cérémonie du serment de iidélité que vous allés prêter à la loi, au roi et à la nation, et nous nous sommes rendus avec d'autant plus de condescendance à cette invitation que, dans tous les tems, nous avons t'ait profession d'une profonde soumission aux loix, d'une inviolable fidélité au roi et de l'attachement le plus sincère à la nation dans le sein de laquelle nous avons eu le bonheur de naître.

» Mais nous croyons devoir vous déclarer à la face des saints autels, que nous n'entendons pas qu'on puisse interpréter notre présence comme une approbation ni une adhésion aux décrets de l'Assemblée nationale, en ce qui concerne la Religion ; c'est un dépôt sacré dont Jésus- Christ a confié la garde à son Eglise ; c'est à elle seule qu'il appartient d'éclairer les peuples sur les véritables intérêts de la Religion, et il n'est aucun d'entre nous qui ne soit prêt à répandre son sang plutôt que de les trahir. Dans tous les cas. Messieurs, vous nous verres donner l'exemple de la soumission et de la fidélité la plus inviolable.

» Voilà notre serment (1). »

A peine ces derniers mots furent-ils prononcés que le peuple qui se pressait dans la vaste église, éclata en applaudissements, et que les tambours de la garde nationale s'unirent par de longs roulements à l'enthousiasme

(1) Cetto allocution, signée « L>6.-/}., évêque et comte de Dol », se trouve il la tin du procès-verbal officiel qui s'est bien gardé de dire l'impression qu'elle produisit. — Elle se trouve également dans le Registre des délihérations du district de Dol: Arch. dép. d'Ille-et-Vil., 2 L., 13. C'est la Vie 7ns. en espagnol de Mgr de llercé, rédigée par l'abbé Delacroix, principal du collège de Dol, qui indique le moment où Tévéque prononça ce serment et les incidents qui suivirent.

SERMENT DE l'ÉVÈQUE DK DOL 231

populaire. Les fonctionnaires furent atterrt'S par ce langage apostolique. Ils n'avaient pas été sans remarquer d'ailleurs que Mgr de Hercé, contrairement à la formule fixée par l'Assemblée nationale, avait par deux fois prononcé le nom du Roi avant celui de la Nation. Le colonel de la garde nationale, le citoyen Poulet, était particulièrement fiévreux. Il fit taire ses tambours et voulut, mais en vain, imposer le silence aux fidèles. Après le chant du Te Deum, le cortège officiel sortit au milieu du silence avec la garde nationale, tandis que le peuple continuait d'acclamer le prélat (1). Autorités civiles et clergé se rendirent aussitôt sur la place de la Trésorerie, entre le Palais épiscopal et la cathédrale. Là, l'évêque, le maire, un officier municipal, un notable, le sénéchal et le colonel de la garde nationale, tenant chacun un flambeau à la main, allumèrent un feu de joie. Après quoi les édiles rentrèrent à l'hôtel-de-ville où ils rédigèrent le procèsverbal de la cérémonie pour l'offrir « dans sa simplicité à l'Assemblée nationale, dirent-ils, comme an témoignage de leur adhésion parfaite à ses sages décrets et aux intentions bienfaisantes du meilleur des rois (2) ».

Cette cérémonie produisit plus d'impression par les nettes déclarations de Mgr de Hercé sur les décrets de l'Assemblée nationale, que par l'éclat dont la municipalité avait tenu à faire étalage en cette circonstance. Les officiers municipaux durent regretter l'invitation qu'ils avaient faite à l'évêque de Dol d'assister à leur prestation de serment. Devant cette parole éloquente et pleine de franchise qui n'avait pas hésité à se faire entendre au Roi lui-même ; devant cetévêque, célèbre dans toute la France par sa piété et son énergie, venant protester contre l'ingérence de l'Assemblée nationale dans le domaine reli-

(1) Vie ms, en espagnol.

(2) Ar^Cll. MUNIC. DE T)OL, loc. it.

gieux ; devant cet accueil sympathique, ces applaudissements d'une foule enthousiaste et hère de son évêque, — la municipalité de la petite ville de Dol avait été forcée de reconnaître son néant. Aussi se garda-t-elle, dans son procès-verbal, de faire la moindre allusion au succès obtenu par l'évéque ; c'eût été amoindrir aux yeux de l'Assemblée nationale son zèle constitutionnel. Ce n'étaient cependant pas de méchantes gens que ces édiles dolois ; mais, par raison d'opportunisme, ils subirent toutes les transformations politiques, d'ardents royalistes devenant d'enthousiastes constitutionnels, puis de fougueux révolutionnaires, pour remonter plus tard toute l'échelle et redevenir ce qu'ils lurent d'abord. N'est-ce pas l'histoire de notre pauvre humanité ?

La fièvre qui tourmentait l'Assemblée nationale, par son caractère contagieux gagnait les administrateurs des moindres bourgades. Qu'on ne s'étonne donc pas de voir la municipalité de Dol vouloir gouverner elle aussi dans l'Eglise. Le 9 avril 1790, elle déclarait « contraire aux droits de l'homme », que le clergé de la paroisse de Notre- Dame, venu à la cathédrale pour une procession, fût placé à la porte du chœur ; et elle ordonnait au Chapitre de lui faire franchir cette porte (1).

Quelques mois après, son procureur-syndic s'indignait que, malgré le décret de l'Assemblée nationale, on continuât à encenser les chanoines. Cette fois, la municipalité doloise fit preuve de bon sens, en refusant de délibérer sur une question qui n'était pas de son ressort (2 . Elle n'en était pas encore à ce point de folie qui lui lit plus tard ordonner la destruction d'une statue de saint Louis, attendu que la royauté était abolie en France {3). Il faut même dire qu'elle avait pour son évêque une profonde vénéra-

(1) Arch. mumcip. de Dol, Reg. des délihcrat., 0 avril 1700.

(2) Ibid., n octobre 1790.

(3) Ihid., 11 f.'\Tior 1793.

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