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Louis et Charles Chauvet qui assistaient à cette scène, ne purent s'empêcher d'applaudir aux pat oies du bailli qui engagea Mignon « a laisser agir en cela autres que luy attendu les inimitiés capi- « taies et nottoires à tout le monde que tant luy que aulcuns a de ses plus proches parents avoient eu avec le dict Grandier « nommé par la ditte supérieure, comme autheur du sort et de la a magie mise en avant* ». Mais le chanoine était trop aveuglé par sa haine contre le curé de Saint-Pierre pour tenir compte de ces justes observations.
Grandier, cependant, demeurait impassible au milieu de cet orage d'ignorance et de haine éclatant sur sa tête ; toutefois lorsqu'il apprit ce qui s'était passé entre le bailli et Mignon, il entrevit la réalité et put mesurer la profondeur de Tabime où le voulaient précipiter ses ennemis. Sans perdre de temps, il présenta le lendemain au bailli une requête** dans laquelle il le suppliait hum-
^ Procès-verbaux du bailli. .
** « A Monsieur le Baylly de Lodunois,
c Supplie humblement Urbain Grandier pbre curé de Sainct-Pierre-du-March c de Lodun et 'chanoine de Téglise collégiale Saincte-Croiz dud. lieu disant c qu'il auroit ouy dire par plusieurs personnes de qualité et entre autres par « M. Mathurin Rousseau chanoine de lad. église Saincte-Croix que le jour a d'hier vous vous séries transporté en la maison des religieuses Ursulines de c ceste ville de Lodun où estant un nommé M^ Jehan Mignon pbre aussy c chanoine en lad. église Saincte-Croix et depuis peu confesseur et directeur « desd. religieuses Ursulines, auroit en vostre présence de M. vostre lieutenant, c dud. Rousseau et autres, faict des exorcismes sur aucunes desd. religieuses « qu'on disoit estre possédées du maling esprit et que l'une [desd. religieuses c respondant aux interrogatoires dud. Mignon auroit dit en termes latins ou le € maling esprit par sa bouche que c'estoit led. Grandier* qui luy avoit donné € led. esprit maling ce qui est une pure imposture faite et suggérée contre € l'honneur du suppliant qui a grand intérest qu'elle soit descouverte; et c d'autant plus que cy devant led. Mignon auroit esté recognu un des princ dpaux autheurs d*une autre calumnieuse accusation de laquelle le suppliant c a sorti justifié depuis un an en ça.
€ Ce considéré Monsieur il vous plaise vous transporter de rechef avec
«4* ^ ^ic^««- â^tlf- pAM-.Ji< vt^ufi'', 4^C r^'^r ^e9) Ix^îiSJ^
Requête d'Urbain Grandier au bailli de Loudvm.
blement de se transporter a de rechef avec Messieurs les aultres « officiers de la justice vers les religieuses, les faire séquestrer tf et séparer, interroger et examiner, et où il y aurait apparence « qu'elles tussent possédées prendre d'office et choisir des per* (c sonnes ecclésiastiques de suffisance et probité requises et non « suspectes au suppliant conune est le dit Mignon et ses « adhérans ».
De Cerisay s'empressa de donner acte à Grandier « de ses fins, « dires et conclusions ». Il l'assura en outre que désormais il assis* terait aux exorcismes et qu'il ferait en sorte que justice fut rendue.
Mais Barré et Mignon avaient pris toutes leurs mesures pour entraver l'action des magistrats. L'évèque de Poitiers, prévenu depuis longtemps contre le curé de Loudun, les avait autorisés ^2X mandement à exorciser les Ursulines. Ils exhibèrent leur commission au bailli qui, ne voulant pas encore entrer ouvertement en lutte avec l'évèché, se contenta d'assister à Texorcisme avec les
« Messieurs les autres officiers de la justice vers lesd. religieuses, les taire K séquestrer et séparer, interroger et examiner et où il y auroit apparence c qu'elles fussent possédées^ prendre d'office et choisir des personnes ecclésias- 1 tiques de suffisance et probité requises et non suspectes au suppliant comme « est led. Mignon et sts adhérans, pour exorciser sy besoing est lesd. relif gieuses et y faire vostre procès-verbal pour iceluy veû se pourvoir par led. « Grandier aynsy qu'il verra bon estre et vous feres justice. »
c Urbain Grandi£R. »
Au bas de cette requête le bailli a écrit ces mots : c Avons décerné acte
« au suppliant de ses dires fins et conclusions et à luy déclaré que led. Mignon
« n'a cejourd'huy procédé aux exorcismes en nostre présence ains messire
« Pierre Barré prestre chanoine de Sainct-Mesme de Chinon et curé de Sainct-
« Jacques dudit lieu par la bouche duquel avons appris qu'il a pouvoir et
« mandement du Se Ëvesque de Poit^ets de faire les dits exorcismes. Au moyen
« de quoy se pourvoira led. Grandier ainsi qu'il verra avoir i faire. Fait i
€ Loudun ce 12 octobre 1632 et demeurera la présente requeste au grefie de
c laquelle sera délivré coppie audit Grandier. »
c De Cerisay »
(L'original de cette supplique appartient à la collection Ch. Barbier.)
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autres officiers. Ce jour là, 12 octobre, les magistrats ne dorent pas regretter leur temps, car il se passa en leur présence des .phénomènes vraiment extraordinaires. Il est juste d'ajouter que Barré exorcisait et qu'il n'en pouvait guère être autrement. Voici ce que raconte à ce sujet le procès-verbal. « Fendant que le. dia « Barré foisoit des prières et exorcismes sur la supérieure eât sura venu un bruict en la chambre que Ton avoit veQ passer un chat (t par la cheminée et plusieurs ont dit l'avoir apperçu» L'on a « cherché par toute la chambre et y a esté trouvé; estant pmifa suivi il s'est jeté sur le fond des licts qui sont de bois, enfin il (( a esté pris, mis sur le lict de la ditte supérieure ou le dict Barré « luy a &ict quelques signes de croix et adjuradons/» Ce chat pris pour un diable par l'exorciste n'était autre que le chat du couvent. Après cette épreuve do savoir &ire de Barré^ les magistrats se retirèrent en annonçant qu'ils reviendraient le lendemain. La présence du bailli aux exorcismes ne laissait pas que d'inquiéter Mignon et son collègue. H devenait évident qu'avec des séances aussi grotesques^ la possession allait se discréditer singulièrement. Les railleries les plus amères tombaient déjà sur les exorcistes qui résolurent d'empêcher les officiers du bailliage de venir au couvent en leur suscitant des embarras de toutes sortes. Le mercredi lorsque le bailli se présenta, le chanoine Mignon vint « nous dire, m raconte Cerisay, que les religieuses se préparoient à la confes- ^ sion, qu'il nous prioit et les aultres officiers de nous retirer en tt une maison vis-à-vis dudict couvent et que dans demye*heure tr ou trois quart d'heure il nous enverroit avertir afin de nous « fidre entrer dans le dict couvent et assister à la céléhradon de la « messe... ^ et sonunes sortis du dict couvent pour attendre l'heure « donnée et assignée laquelle venue sonimes r^ournesiepiçeltty,
* Ce procès-verbal est signé par Cerisay, L. Chauvet, Irenée de Sainte- Marthe et Thibaolt commis greffier.
« entrés en la chapelle dudict lieu avons trouvé que lesdicts a Mignon et Barré estoient à la grille d'icelle au*dedans dudict « couvent et lors le dia Barré nous a dict et aux aultres officiers a soussignés qu'ils avoient exorcisé les dites filles, qu'elles venoient
• destre délivrées des esprits imniondes et nulins etc. » Mignon était pris en flagrant délit de mensonge par les magistrats. Non-seulement il n'avait pas confessé les Teligieuses, mais de concert avec Barré, il avait consigné à la porte le bailli et ses officiers, pour exorcber tout à son aise.
De Cerisay, en présence d'une telle impudence, ne put retenir son indignation. H remontra aux exorcistes « que leur procédé « estoit maùv(»s et laissoit une véhémente suspicion de troinff perie et de suggestion de tout ce qui s'estoit dit et Êiict devant « lut les jours précédents veû même qu'il se trouvoit à présent de c la variation en leurs dires; que la supérieure du couvent «aiant a accusé et diffamé publiquement ledict Giandier, curé de Saint-
• Kerre qui avoit paction avec les diables, ils^ n'avoient peu « depuis cela rien £dre clandestinement ni en cachette j ains le « tout devoit estre Êiict en face de la justice et en nostre prét sence. Qp'ils avoient usé d'une illudon bien hardie de nous a avoir prié et tant de personnes d'honneur, d'attandre demye- « heure et avoir commencé leurs exorcismes siu: ces prétendues a possédées et néantmoins au préjudice de cela ils disoient main- « tenant les avoir faicts sans nous y avoir appelles, qu'en dressions it procès-veîi)al*...».
Devant l'attitude ferme et résolue du bailU, Barré jugea prudent de battre en retraite. Le lendemain, il fit courir le bruit que, le calme étant revenu au couvent, sa présence devenait inutile pour le moment et qu'il allait retourner à Chinon. Une fois ce vision-
• Procès-verbal du mercredi 1 3 octobre.
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naire parti» les religieuses eurent un peu de repos jusqu'à la moitié de novembre. Grandier en profita potir attaquer à son tour Mignon qu'il accusait d'être l'auteur de toutes ces calomnies. De Cerisay lui conseilla d'abord de s'adresser à Tévéque. Le vendredi 22 octobre^ le curé de Saint-Pierre accofnpagné d*-un prêtre nommé Jean. Buron, ami sûr et dévoué, se rendit au château'de Dissay où M. de la Rochepozay. était en villégiature. Arrivés 'i là porte de la résidence épiscopale, ils detnandirent iétre ihtrbdbits près de l'évêque, mais Dupuy, le maltSre d'hôtel, répondit que lé prélat était souffiimt et qu'il ne pouvait les recevoir. Gniofdier témoigna son désappointement de cette réponse, et comtiie il- né voulait pas avoir £iit en vain une aussi longue course,^ il pria Dupuy de prévenir l'aumânier du château qui vint aussitôt. Le curé lui exposa le sujet de sa visite, a qui estoit de lui présenter un a procès^verbal de ce qui s'estoit passé au couvent des Ursulines a et de lui Êiire plainte des impostures et calomnies qui y estoint contenues. »
. L'aumânier alla rendre compte à Tévéque du motif de la venue de Grandier à Dissay, tout en le laissant se morfondre à b porte avec son compagnon ; il revint quelque temps après et, en présence du curé de Cenon, d'un sieur de la Brosse et de Dupuy, fit de la part du prélat, cette réponse: « Qpe Grandier devoir se V pourvoir devant les juges rojraux et qu'il seroit bien aise qu'il « eut justice de cette affaire * ».
De retour à Loudun, le curé s'empressa d'aller présenter an bailli une nouvelle requête « afin de saisir bt justice du roy « et de l'autoriser à informer contre Jean Mignon, ses adhérent! tt et complices ». Grandier le requit en outre « qu'il le mit sons » la protection et sauvegarde du roy ». -
* Procès-verbal du lundy 23 octobre.
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Çerisay lui, donna volontiers acte de ses plaintes et> tsintorisépar les. paroles de l'évèque de Poitiers qui engageait Grandies à se pourvoir devant les juges royaux^ n'hésita pas à i^ir vigon* reusement contre les exorcistes.
Il fit défense expresse « à toutes personnes de quelque condi* 8 tion^t qualité qu'elles soient de non attenter à la personne de « Graadier^ ni meâfaire ni médire ».
Mignon soutena parles gens du roi, tous ennemis du curé, paya d'inipudence. U vint trouver le bailli et lui dit efirontémem qu'il n'acceptait pas sa juridiction ; que» du reste, Grandier et lui étant prêtres,, ne devaient avoir pour juge que l'évèque de Poi*^ tieis. Il ajouta qu'il était tout prêt à se rendre dans les prisons de l'évèché afin de faire connaître qu'il ne fuyait pas les lumières de la justice*.
Le bailli se contenta de dresser un procès-verbal de comparu^tion et avertit le vindicatif chanoine qu'il était désormais décidé à user à son égard de la plus extrême rigueur. Il lui fit en outre 4éfense expresse d'exorciser. C'était mal cunnaitre le directeur des Ursulines que de croire qu'il obéirait aux ordres du prer^ mier magistrat de la cité. Mignon, dès le lendemain^ cecom^ mença ses visites au couvent. Cependant on n'entendit point parler des religieuses pendant une grande partie du mois de novembre. L'absence de Barré avait suffi pour . rétablir le calme, en apparence du moins , et l'on put croire que la possession allait enfin cesser. Mais les visites chaque jour plus firéqueCites du chanoine Mignon et sa persistance à insinuer aux religieuses qu'elles étaient la proie du démon, ne firent que raviver leurs hallucinations. Bientôt on apprit que M**' de Belciel était tombée dangereusement malade. Le chirurgien Mannoury e( l'apothi*
* Procès-verbal du 26 octobre.
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caire Adam ne quittaient plus son chevet. Elle eut chaque jour de grandes convulsions et tomba^ dit le rapport des médecins qui la visitèrent) dans un tel état de ^iblesse a qu'à peyne poavm-elie a cheminer* ».
Vers la moitié de novembre, les autres religieuses, notamment la sœur Claire de Saint-Jean, sœur Louise de Jésus et sœur Mardie, eurent de nombreuses hallucinations. L'ombre de Grandier hantait toujours le cerveau de ces malheureuses et la passion qu'elles éprouvaient pour lui allait grandissant. Le 20 novembre M"'*' de Belciel fut si .mal^ se$ crises devinrent tellement violentes que Mignon effirayé envoya chercher le digne cnrè de Chinon pour chasser, disait^l, les malins esprits qui étaientrevenus plus nombreux que jamais. Barré, il cette nouvelle, part immédiate* ment pour Loudun et, à peine arrivé, commence se^ exorcismes. L'effet de ces pratiques fut déplorable. Deux jours après, la plupart des religieuses étaient en proie à des convulâons* Le chimr* gien Mannoury chargé avec l'apothicaire Adam de les médicamenter voyant que tout était inutile pour calmer ces crises, fit mander ea consultation un des meilleurs médecins de la ville, Gaspard Joubert. Mais avant de se rendre au couvent, Joubert, honmie firanc et loyal, crut de son devoir de prévenir le bailli ;.Cerisay l'engagea à visiter les religieuses et à dresser avec les autres médecins et chirurgiens de Loudun, qui devaient l'accompagnée» un procès-verbal de tous ces étranges phénomènes.
Dans l'après-midi, le consciencieux médecin présentait au bailli le rapport suivant*^ :
c KoQS Gaspard Joubcit,docteiir en médecme et aukresmédec»
* Certificat de Danid Rogier et de René llCannoaiy (Biblioth^ue nationale manuscrits 7618.)
*^ Ce documcfnt n'a Jamais été publié. H est d'autant plus curieux que les médecins n'admettent pas la possession. On y verra avec étonuement la signa-
• ainsi que nous René Mannoory et Charles Auger maistrcs chirurgiens « avons veû et examiné les convulsions et transports qui ont pris les dittes
< religieases et après avoir tousché la langue des dittes prétendues posscddécs % en présence de M* Jehan Mignon et du sieur Barré exordstes nous leur t aurions déclaré que leur présence nous estoient susceptibles de suspicion dans « l'approche qu*ils avoient continuellement auprès des prétendues posseddées, « qot nous avons iras sériêustfimU visitiies et qui nons ont â hi vérité paru trans- « portées èz leur sang en émotion» mais estinunu qiu ce n^tst point par leiravail € dis démons ei des esprits, ains par la force qu'elles manifestoient avoir eues cr ^ar l'cfiScadté de quelques remèdes comme par l'antimoine* et aultres *i semblables liqueurs fomentées et. est tout ce qui nous a paru en la prétendue 4 possession qui nous semble pltu illusoire que rieiie.
c Le tout faict en présence de Messieurs les officiers par nous médecins « sonbzsignés saftf lesdits Baniê et Mignon presttes directeur confesseur exort dstea qui n'bn^ voulu signer. »
Qiuiid il eut connaissance de ce rapport, le bailli fie prévenir Gftndier de ce qui se passait au couvent etravertit que les diables ccmtinuaiem tcmjours à l'accuser.
Le curé, à cette nouvelle, s'empresse de lui adressa une troi* sième requête et le supplie de se transporter au couvent avec les autres officiers pour « assister aux ezorcismes et y appeler les
< médecins •* Il ajoutait que « si l'on voyût quelque apparence • de possession, il lui plut de faire séquestrer les religieuses et de « les £ûre interroger par des exorcistes qui ne lui fussent pa)s aussi ^ suspects que'Mignon et Barré** ».
ttt«e de Mannoory qui, dans maintes drconstances, affirma que les religieuses étaient réellemem postées. •
^ Oa étail aWs au plus fort de ia question de Tantimoiiie. Ce fot un Loudunais Théophraste Renaudot qui se fit le hardi propagateur de ce remède â fort malmené par Guy-Patin. Personne n^ignore les nombreuses contBOvcra cs Mtt qo cUes donna lien l'apparition dans latliérapentiquede ce médicament que certains médecins n'hésitaient pas alors à considérer comme la cause de tous les noaux. Comme on le voit par le procès-verbal, c'était aussi l'opinion des praticiens de Loudun.
** Requêtes de Qrandier, collection Barbi£R. Les copies sont à la Bibliothèque nationale., , r
Cette fois, les exorcistes n'osèrent lui refuser l'entrée da cou- . vent. Dans la ville, leurs procédés avaient produit la plus lâcheuse impression, et, par prudence, ils crurent devoir se départir de leur attitude. Barré essaya même de ramener Cerisay à de mdi* leurs sentiments à son égard, et lui fit de grandes protestations; mais le bailli, homme d^une loyauté à toute épreuve, ne se laissa pas circonvenir par les paroles hypocrites du curé de Qiinon. H répondit qu'il ferait « ce qui seroit de justice* ». Barré ne fut pas heureux ce jour-là dans ses exorcismes, car le diable qui possé-
notre brochure ayant pour titre Documents pour servir â Thistoire wiUicdi iês possédées de Loudun, par le docteur G. Légué. (Paris, Delahaye, 1874.)
* Ce même jour le bailli reçut une nouvelle reqtiéte de Grandier, conçue en ces termes :
« A Monsieur le bailly de Lodunois,
c Supplie humblement Urbain Grandier pbre curé de Saina-Pierre-*du-Mar* c ché et chanoine de Saincte-Croiz-de-Lodun, disant que sur l'ad^ qn^ a « eu par bruict commun que les religieuses Ursulines dans leurs mouvements « et agitations le nomment tousiours comme autheurs de leur prétendue pof* « session, ce qui est malicieusement inventé et suggéré contre tonte apparence c attendu que îe suppliant ne les a jamais veues ny eu aucum sorte de eomm»^ « nicatum avec elles et encore moins avec leurs prétendus démons ny autres ; « il luy est très-important et nécessaire pour justifier lad. suggestion que les « prétendues possédées soient séquestrées, et mises hors des mains de cem c qui les gouvernent, et qui sont notoirement ennemis mortels dod. suppliant, « mesme de M« Jehan Mignon et Pierre Bané son associé qui sont as^uel- « lement tant de jour que de nuict au couvent desd. Ursulines, et qui nonobsc tant les suspitions que le suppliant leur i £ûct scavoir avoir d'eux n'ont f délaissé d'y demeurer et continuer leurs menées, ce qui n'esta soufifrir. Ce « considéré, monsieur, et attendu les requestres que led. suppliant vous en a « cy devant faites par diverses fois et lad. notoire suggestion qui regarde c l'honneur de Dieu en la personne du suppliant qui a la plus éminente « charge ecclésiastique dans ceste ville, il vous plaise ordonner que lesd. reli* c gieuses prétendues possédées seront séquestrées et mises en autre maison « séparément et en la garde de personnes non suspectes, seront veues et goot vemées par médecins, et assistées de gens d'alise non suspects au suppliant, « ce qui sera exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques, « et sans préjudice d'icelles attendu l'importance de l'àffiûre, protestant le
dait la supérieure répondit à ses questions dans un latm des plus bizarres. Un des assistants, Daniel Drou3m, conseiller au bailliage^ ne put s'empêcher de Êiire remarquer « que le diable ne parloit « pas congruement ».
Le lendemain et les jours suivants, le bailli se rendit aiâc exor« dsmes avec les officiers. Â chaque séance, le diable fut pris en flagrant délit de mensonge*. Les procès- verbaux rédigés par les soins des magistrats apprirent ce qu'il fallait penser de toutes ces intrig[ues, et, grâce à eux, la possession se trouva singulièrement discréditée. Cependant les ennemis du curé ne perdaient pas Courage. Grandier Fut averti, qu'en dehors des procès-verbaux publiés par le bailli et les autres officiers^ le lieutenant criminel et ses complices dressaient des rapports où les faits étaient complètement dénaturés; que toute la journée ils étaient avec les religieuses**, et que Mignon et Barré ne cessaient de les exorciser, malgré la défense qui leur en avait été faite.
Grandier> dans une supplique à Hervé, se plaignit amèrement
t suppliant ou il ne vous plaira ainsy l'ordonner de s'en plaindre comme de « dcsny de justice, et le taisant feres bien, i
c U. Grandier. »
c Sera £ût raison de la requesie dans ce jour.
» c Fait à Loudun ce 26 novembre 1632.
« De Cerisay. »
(Collection Qi. Barbier.)
• Dans cet exorcisme, on demanda au diable où se trouvait Grandier; il répondit qu'il était au château. Immédiatement le bailli envoya vérifier le fait par d'honorables magistrats qui en reconnurent la fausseté. Ce même jour Cerisay pria Grandier de se rendre chez le chanoine Maurat, puis fit demander au diable en quel endroit se tenait le curé. Le démon répondit avec assurance qne Grandier se promemdt dans Téglise Sainte-Croix.
** Les procès-verbaux originaux du lieutenant criminel sont à la Bibliothèque nationale. Manuscrits 7618.
de ces injustes procédés. Voici cette lettre, la seule que possède la Bibliothèque nationale :
c A Monsieur le Lieutenant criminel de Lodun,
« Supplie humblement Urbain Grandier prestre curé de Sainct-Pierre-dac Marché et chanoine de Saincte-Croix de la dite ville de Lodun et vous c remonstre qu'il a eu advis que vous dressez procès-verbaux de ce qui s'est c passé et se passe à son préjudice aux religieuses Ursulinçs de la dite ville ; « Combien que ce soit chose notoire que vous avez toujours esté et estes porté « de mauvaise volonté contre le suppliant qui paroyt en ce que vous avez « esté cy-devant tesmoing dans une accusation qui luy avoit esté faussement c mise à sus et par les différends et procez que vous avez encore à présent « ensemble. Joint que vostre cousine gemuufu qui a esté vostre domestique est c l'une de celles qu*on prétend estre possédées du maling esprit ce qui bkt « conjecturer avec beaucoup d'aultres indices à déclarer en temps et lieu que c vous acceptes par trop ce qui va au désavantage du suppliant qui à ces causes c désireroit, monsieur, qu'il vous plcust vous abstenir de rien faire, dire ny c escnre dans cette affaire, c Et vous feres bien.
« U. Grandier. »
Le lieutenant criminel ne tint aucun compte des protestations de Grandier et continua de rédiger des rapports qu'il envojrait régulièrement à l'évêché de Poitiers . En présence d'une conduite aussi déloyale, le curé s'adressa à d'Ârmagnac, qui se trouvait à cette époque à Loudun, et le pria d'intervenir auprès du procureur général à Paris pour faire cesser de pareils abus. Ce dernier fit réponse que <( l'affaire étant purement ecclésiastique, le Parle* tt ment n'en devoit pas connoitre ». Le gouverneur de Loudun, affiigé de voir son ami en butte à tant de persécutions, partit pour Paris et porta à la cour les procès-verbaux du bailli. Il sut si bien intéresser la reine à U cause de Grandier qu'il obtint que Marescot» un de ses aumôniers, se rendit à Loudun pour s'assurer de la réalité de la possession et lui faire un rapport exact de tout ce qui se passait. L'aumônier arriva le dernier jour de novembre, et, dès le lendemain, s'achemina, en compagnie du bailli, vers le cou*^ vent. Barré, qui avait reçu des instructions secrètes de l'évèque,
et qui se voyait soutenu par les deux exorcistes* envoyés récemment par M. de la Rochepozay retrouva toute sa morgue pour recevoir les magistrats ainsi que l'aumônier d'Anne d'Autriche. Marescot ne put s'empêcher de marquer l'indignation que lui causait un pareil procédé. Malgré ses instances et sa qualité, il ne put obtenir d'entrer au couvent et repartit le lendemain pour Paris complètement édifié sur les façons d'agir des exorcistes. Cependant le bailli résolut de convoquer une seconde fois les officiers du bailliage afin de sortir d'une impasse où l'autorité royale se trouvait si singulièrement compromise. Toutefois, avant d'entrer en lutte ouverte avec les hauts dignitaires ecclésiastiques du diocèse, l'assemblée, d'un commun accord, convint d'écrire une dernière fois à M. de la Rochepozay pour le supplier de mettre fin aux scènes scandaleuses qui se passaient au couvent des Ursulines (12 décembre 1632). On adopta à l'unanimité le texte de la lettre** suivante qui, le jour même, fut transmise à l'évêque de Poitiers :
• Monseigneur,
c Nous avons porté tel respect à la nomination que vous avez fisiicte de la « personne du sieur Barré pour exorciser les religieuses du couvent de Saintec Ursule que Ton disoit estre possédées qu'encore que son procédé tendist à « nous diviser et esmouvoir les peuples et qu'il ait dit et faict plusieurs choses c au vusprts de la iuridiction et di Vautboriti royàUy nous n'y avons pas c néantmoins voulu mettre la main.
« Mais on fait courir un bruict sourd que l'on ourdist encore une nouvelle c trame dedans ledia couvent et c'est ce qui nous donne le sujet de celle<y « afin de vous supplier très-humblement de contenir par vos commandements c ceux que nous ne pourrons réduire à la raison qu'avec esdat et par les voies « rigoureuses de la justice. A quoi nous pourrons estre enfin obligés pour ne < demeurer responsables des mauvais événements qui s'en ensuivroient.
* Le 28 novembre 163 a, l'évêque de Poitiers avût adjoint à Barré et à Mignon, Basile, doyen des chanoines de Champigny^ et de Morans, doyen des chanoines de Thouars, tous deux parents des adversaires de Grandier.
*^ Cette très curieuse lettre n'a jamais été publiée. Fonds français 7618.
« On croit que si Barré étoit à Chinon, Mignon à servir ta prébende çt le c curé de Véniers dans sa paroisse et qu'il vous plust leur défandre àx mens c durant l'entrée et la fréquentation du couvent que ces espritz malings pren« « droient parti ailleurs. Nousscavons que plusieurs gens de bien ont adhéré « à cette prétendue possession les uogs par simplicité, les aultres par un « aveugletdésir de voir miracle. Mais nous qui savons les joignants de tonte c cette afiaire et cognoissons clairement que <fist la plus nuUbeunuu fmarhâ « qui ait esté inventée depuis plusieurs siècles en ça tt que ce qui s*y est faia c sont des contre-miracles pour la conversion de nos pauvres desvoyés*, nous « vous envoyons les procès-verbaux de ce qui s'est passé en nostre présence, « bien marris de ne vous pouvoir expliquer sur cette feuille les autres parti* <c cularités. Il y en a toutefois une que nous ne debvons pas omettre qu'il est « très-constant que le curé de cette ville n'a jamais veû ny parlé aux dittes c religieuses et n'a rien eu à démesler avec elles; s'il eust eu des démons en « sa disposition il les eust employés à venger ses querelles et les injures qui « luy ont esté faictes. Nous debvons aussy vous représenter pour ce'qm conc cerne les actes expédiés en nostre absence que le curé a opinion que lanonû^ c nation des doyens de Thouars et de Champigny ne vient point de vostre « mouvement ou pour le moins que vous n'avez pas sceû la proximité qui est a entr'eux et ses ennemis capitaux. Mais sans entrer plus avant en la disons* « sion de cela qui ne nous tousche point, une paroUe de vostre bouche ou trois c lignes de vostre main peuvent guarir nostre mal. Nous vous en supplions « instamment et de nous croire à jamais c Monseigneur
c Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs
c De Cerisay, bailli de Loudnn c Chauvet, lieutenant civil c Ch. Chauvet* assesseur, >
Le bailli avait joint à cette lettre les procès-verbaux dans Tespi* rance que le prélat pourrait enfin comprendre de quel côté était la vérité. Mais M. de Poitiers s'était laissé trop facilement circoo* venir par les ennemis du curé pour revenir sur ses précédentes décisions. H ne daigna même pas répondre à cette lettre à la fois si digne et si respectueuse. Les deux doyens furent maintenus comme exorcistes, ' malgré les protestations indignées d'une grande partie des habitants. Devant une pareille iniquité, de
* Allusion aux protestants que les exordstes avaient la prétention de con-. vertir par les miracles qui se faisaient aux Ursulines.
Cerisay n'hésita pas à écrire à TofEcial de Poitiers une lettre dans laquelle il flagellait cruellement les exorcistes et les fauteurs de toutes ces intrigues. Cette lettre est certainement la plus sanglante satire qui ait été faite de la possession. A ce titre, nous avons cru devoir la reproduire. Elle donne, en même temps, une juste idée de la manière de procéder des ennemis de Grandier.
c Monsieur,
c Penvo3re à M. de Poictiers les prbcès-verbauz contenant ce qui s*est passé à la prétendue possession des Ursulines avec supplication d'apporter Tordre à ce qu'on dit qui se prépare encore au dit couvent. Je vous prie de lui vouloir présenter ces lettres, mais il faut que je vous entretienne de quelques points qui n'ont peu trouver leur lieu dedans les dits actes, a Et premièrement que je vous demande avec la liberté que vous, m'avez donnée pourquoy vous ne vous estes non plu&meslé de cette affaire que si elle ne vous touschoit point du tout. Cependant cela est bien si avant que M. Mignon déclare déjà M. Barré Sainct et ils se canonisent réciproquement sans attendre le jugement des supérieurs. Ce que j*en dis n'est pas pour l'empescher car à dire vray il y a eu de grandes merveilles en tout cela. Barré redressoit le diable quand il s'esgaroit au labyrinthe de Grammaire, le destoumoit quand il rusoit ou se tapissoit, disoit ce qu'il debvoit faire et en advenissoit les présents le tout sans y manquer d'une syllabe interpellant les mécréants de venir faire l'espreuve et mettre comme luy le doigt dans la bousche de la posseddée et le P. Rousseau cordelier y fut attrapé et mordu si serré qu'il fut contraint de prendre de l'aultre main le nez de la posseddée pour luy £ûre lascher prise, criant au diable, au diable aussy myeux que nos chambrières de cuisine font : au chat, au chat, quand il emporte quelque chose. Après cela la question se meut pourquoy il avoit ainsy mordu un doigt sacré et fut condud qu'il falloit que l'évesque eust esté chiche à mettre les sainctes huiles et que l'onction ne f ust pas allée jusque là. Le grand curé de Veniers a fort bien £ûct son debvoir et pendant toute l'action il exorcisoit en firançois et de bonne fortune ; ce diable étoit du pais, car s'il eust esté d'Allemagne ou du paîs latin ils ne se fussent jamais entre entendus. La pièce eust esté plus complète si Trincant le prestre eust eu pouvoir d'exorciser. Encore qu'il ne fust employé que subsidiairement il ne laissoit pas d'y paroistre tourmentant le diable et faisant riie la compagnie hoste* màlipu
* Cerisay raille agréablement les nombreuses fautes de latin dont le fils de Trincant émaillait ses interrogatoires. Ce personnage, i lui seul, avait si bien ridiculisé la possession, que lu exorcistes s'ét^ent vus dans la nécessité de lui interdire l'entrée du couvent.
c lui disoit-il, recède a corpore ancilU dd et une aultre fois T)a Gloria Dd et c aultres bonnes paroUes aussy bien agencées. L'on admira aussy Tactioa de la ce posseddée qui dedans l'effort de s^ plus grandes convulsions ne voulut souffiir « qu'il luy mist les doigts dans la bousche parce qu'il est assez malpropre et a eut soing de demander un aultre prestre. Elle foisoit des mouvements «i estranges qui ne mettront néantmoings pas la guerre en France* c Un des officiers portoit le cierge devant le Sainct-Sacrement. Cette bonne religieuse demanda qui c'estoit; l'ayant sceO elle commença soudain sa leçon esmeûe plustot par le nom que par la présence du Sainct-Sacrement. Mais je crois qu'il ne sera jamais pardonné en ce monde et difficilement remis en l'aultre à nostre prédicateur qui, interrogé s'il y avoit des reliques dans une croix, voulust tenter ce diable et bien qu'il n'y en eust dit qu'il y en avoit de Saincte-Ursule. Le diable qui ne foisoit pas semblant d'écouter l'entendit et s'écria plusieurs fois : Ursula, Ursula et fit quantité de bomies grimaces. c Le bon père gardien des dpucins ne s'estonne de rien tant que de là dureté de cœur de ceux de Lodun et combien ils sont tardijs à croira et assure qu'à Tours il eust faict passer ce miracle doux conmie lait. Au commencement luy et quelques aultres disoient que ceux qui ne croyoient pas estoient athées et déjà damnés. Mais ils ont veû que les injures n'estoient pas à la mode c'est pourquoi ils les ont changées et disent que ceux qui ne croient pas cela sont sorders comme le curé et pour moi je le pensois bien, c Qpant aux Pères Carmes ils ont pris grande part en cette possession et à présent ils ne l'assurent que devant ceux de la manide** aux dévotes en confession et à tout le monde de la Basse-Bretagne où ils ont assez de crédit pour le Élire croire pour un notable apostile aux textes de l'Écriture qui parle des démoniaques et le gardent pour servir d'enrichissement à une dévote prédication. En tel cas conmie vous savez un tesmoing oculaire en vaut trente autres, c J'abuse de vostre patience,
c Je vous prie de me croire à jamais, monsieur, vostre très-humble et c tr^ affectionné serviteur.
c La GUÉRINIÈRS. >
Cette missive où les extravagances des exorcistes étaient si impitoyablement raillées devait, comme toutes les autres, rester sans réponse. Cependant la possession n'en continuait pas moins soiï cours^ grâce aux hypocrites et aux intrigants qui exploitaient la maladie des religieuses. La situation des magistrats allait devenir
* A Loudun, en efibt, peu de monde croyait à la possession.
^ Expression usitée à cette époque pour dire: ceux de la même boutique.
embarrassante ; un conflit semblait désormais inévitable entre le pouvoir royal et la juridiction ecclésiastique qui voulait s'emparer de l'affaire. Fort heureusement, l'arrivée de M. de Sourdis à Saint- Jouin*les-Mames vint mettre un terme à ces longues querelles.
Dès qu'il apprit la présence de M. de Bordeaux à son abbaye, b curé de Saint-Pierre alla le trouver et lui fit part des graves événements survenus depuis son dernier voyage. Prévenu par d'Armagnac qui lui avait envoyé les procès-verbaux du bailli, Tarchevèque accueillit Ëivorablement le malheureux Grandier tout en le blâmant de n'avoir pas suivi ses conseils et d'être resté dans une ville où il avait tant d'ennemis acharnés à sa perte. Cependant il lui promit de s'occuper de son affaire. De leur côté, les magistrats de Loudun s'étaient empressés de demander à M. de Sourdis d'intervenir dans une question qui était un ^ujet de troubles et de dissentiments entre les catholiques et les protestants. L'archevêque beaucoup moins crédule que M. de Poitiers et surtout plus poli, répondit en envoyant son médecin à Loudun avec ordre de voir les possédées et de lui faire un rapport fidèle de leurs convulsions, m'avait également chargé de s'entendre avec le bailli pour pénétrer dans le couvent. La présence du médecin de Tarchevêque eut le pouvoir de mettre les diables en fiiite; les religieuses, en effet, lui déclarèrent qu'elles n'étaient plus possédées. Une telle affirmation ne faisait pas l'affaire de Mignon et de Bané. Les diables désertant le couvent sans leur intervention, n'était-ce pas l'affront le plus sanglant fait à leur honneur d'exorcistes ? Le médecin de M. de Sourdis consigna par écrit tout ce qu'il avait vu et conclut que les religieuses n'étaient point possédées.
Grandier triomphait encore une fois de l'épreuve la plus redou* table qu'il eût eu à traverser jusque là.
Quand il apprit que le médecin de l'archevêque avait rédigé un
procès-verbal entièrement dé&vorable à. la possession, il crut le moment venu d'adresser une requête à son métropolitain (27 décembre 1632). II lui fit comprendre en termes éloquents^ qne tout un parti àLoudun s'était coalisé contre lui, qu'on avait profité de la maladie des Ursulines pour le dénoncer comme Tauteur da maléfice jeté sur le couvent; enfin que les religieuses n'étûem entourées que de ses plus perfides ennemis. Grandier se confiait en la bienveillance et dans le jugement de l'éminent prélat pour obtenir justice et le suppliait par toutes les raisons qu'il venait d'énoncer « de défendre à Barré, à Mignon et à leurs adhérents, « tant séculiers que réguliers, en cas de nouvelle possesâon, « d'exorciser à l'avenir et de gouverner comme ils l'ont fidct de « jour et de nuicl les dittes prétendues posseddées, commettre tels « aultres personnages ecclésiastiques et laïques non suspects au « suppliant qu'il vous plaira, pour voir alimenter, médicamenter, « exhorter et exorciser si besoing est celles qu'on prétendra estre « posseddées et ce en présence du magistrat et pour oster tout^ « suspition ordonner que celles qui se diront posseddées seront « séquestrées afin de parvenir à une entière cognoissance de la « vérité*».
L'archevêque de Bordeaux, qui savait que le lieutenant criminel de Loudun était le complice de toutes ces intrigues, lui écrivit pour l'inviter à plus de modération et lui rappelei: en même temps ses devoirs de magistrat** (30 décembre 1632), puis fusant droit à la requête de Grandier, il défendit à Mignon d'exorciser. Barré conserva ses fonctions, mais dans sa sagesse M. de Sourdis adjoignit au curé de Chinon deux autres exorcistes,
* L'original de cette supplique hit partie de la collection Barbier» n« 19. La BibUothèque nationale (manuscrits 7618) et la bibliothèque de Poitiers en possèdent une copie.
** Cette lettre est à la Bibliothèque nationale (manuscrits 7618).
hommes d*un grand savoir et absolument désintéressés dans la question, les P. P. Escaye, jésuite de Poitiers, et Gau, de TOra* toire de Tours. « De plus, défense fut faite à tous autres de « s'immiscer auzdits exorcismes sur les peynes de droictf . »
L'archevêque promulgua ensuite un règlement** pour procéder aux exorcismes et ordonna enfin le séquestre tant de fois réclamé par Grandier et les magistrats. Cette nouvelle façon d'agir fit cesser, conmie par enchantement, les convulsions des religieuses et, pendant plusieurs mois, le calme sembla renaître au couvent.
Les Ursulines devinrent dès lors un objet de mépris pour les habitants ; leurs parents eux-mêmes ne voulurent plus en en*' tendre parler et retirèrent, à quelques-une^, la modique pension qui leur était fiiite. Les malheureuses femmes tombèrent dans la plus affreuse misère. Nous devons rendre cette justice au chanoine Mignon, qu'il ne les abandonna pas et que, grâce à ses secours, elles eurent toujours le strict nécessaire.
Grandier, cependant^ n'était point encore rassuré. Le caUne apparent qui régnait rue du Pàquin semblait lui cacher de nou-> veaux pièges. Pour se mettre à l'abri des atteintes de ses ennemis et les empêcher de recommencer leurs intrigues avec les religieuses, qui étaient loin d'être guéries***, il supplia le bailli de mettre au greffe la lettre quil avait reçue de l'archevêque, ainsi que l'ordre de règlement pour les exorcismes. Barré possédait l'original de toutes ces pièces et Grandier craignait, avec juste raison, qu'elles ne fussent un jour supprimées. Le 21 mars 1633, le curé comparut devant le bailli qui fit droit inmiédiatement à
* Ordonnance du 27 décembre 1632. (Collection Barbier).
** Bibliothique nationale. (Manuscrits 7618]. U a dté publié en entier dans HisUrifê disDiabUfdi Loudun, par Aubin.
*** La supérieure surtout était encore très malade et ses hallucinations n*ayaient point cessé. (Manuscrits de la bibliothèque de Tours.)
El demande. Dans le procès-verbal' lëdigé à cette occadon Grandier obtint encore de Cerisay que les mots suiranti fussent ajoutés : « Que dès l'instant que ledit ordre a esté &Ict et envoyi « les bniicts de la prétendue possession desdîttes UrsuUnes pnt « cessé».
V Toutes cesprécautionsdevaientètreinutiles.L'arrivéed'unnoii' yeau personnage à Loudun allait donner à la posscsàon un renfort mespéré.
' PKK^s-vçrbal du }i nur* ifija, Collectioii Bauisii. Origiiul a* ai.