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pioche des démolisseurs^ Grandier fut profondément attristé, car il ne se faisait aucune illusion sur les funestes conséquences que devait avoir pour Loudun le démantèlement de sa forteresse, et le maintien du donjon qui réjouissait tant d'Armagnac, ne lui parut qu'une bien faible compensation d'un si grand dommage. Le curé de Saint-Pierre, en effet, aimait passionnément la vieille cité dont il était le pasteur. Cet homme, que sts ennemis ont peint sous les plus sombres couleurs, fut le plus ardent champion des intérêts Loudunais. Le premier, il comprit le but des cardinalistes et démasqua leurs intrigues. Dans cette lutte implacable avec les agents de Richelieu, Grandier s'acquit à Loudun ime véritable popularité. On oublia en un instant les faiblesses du prêtre pour ne se souvenir que des services rendus chaque jour par le citoyen* C'était lui qui, en réalité, gouvernait la ville : presque toujours absent, d'Armagnac avait dû confier à son ami la direction des affaires, et Coradin qui commandait en second au ch&teaU| avait reçu ordre d'obéir à Grandier comme au gouverneur lui-même. M""' d'Armagnac, que les voyages si pénibles à cette époque empêchaient la plupart du temps d'accompagner son mari, ne prenait conseil que du curé. On le tenait en si haute estime au chlteau que le gouverneur n'avait pas hésité à lui confier sa femme et ses enfants. Dans cette longue correspondance qu'ils eurent ensemble, celui-ci lui recommande à chaque page d'assister M*"' d'Armagnac. « Je vous prie de rechef d'assister et conduire ma famé en tout « ce qu'elle aura à faire et à dire afin qu'elle ne manque pas... « escrivés-moy de tamps en tamps de tout ce qui ce passera. « Fettes aussi que ma famé ne ce confie pas à tout le monde qui « ira voir*. » Dans une autre lettre, il le supplie d'être le guide de sa femme.
* Lettre du lo octobre 1631. (G)llection Barbier.)
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« Jay seullement à vous prier de bien lui faire entandrc ce quelle a aura à faire parmy ce peuple... Opelle face toutes les' chères et « caresses qu'elle pourra à tout ce monde de Loudun et prinsia pallement à madamoyselle la ballifve *. »
En effets la situation devenait chaque jour plus tendue à Loudun ; les Huguenots se montrant très surexcités contre certains meneurs qui cherchaient l'occasion, dans les prétextes les plus fuiiles, de raviver les haines entre les deux partis, il fallait à tout prix &ire cesser un pareil état de choses. Seule au milieu de cette population si difficile à gouverner, M°* d'Armagnac trouva le plus précieux concours dans le curé de Saint-Pierre. Par ses conseils et la prudente direction qu'il sût donner aux affaires, la guerre civile fut évitée à Loudun. Il ramena quelques esprits égarés par la mauvaise foi des cardinalistes et leur fit voir l'abîme dans lequel ils allaient précipiter leur ville natale. Les Réformés ne purent s'empêcher d'admirer l'habileté politique de cet homme que sa qualité de prêtre faisait leur adversaire naturel. Les relations qu'il eût avec leurs chefs furent empreintes de cet esprit de tolérance dont il avait donné tant de fois des preuves. MM. Le Blanc et Goujon, qui étaient de fervents huguenots, gardèrent toujours le plus profond souvenir de Grandier et le défendirent à l'heure du danger contre les intrigues de ses adversaires. Cette attitude du curé envers les démolisseurs lui conquit les plus vives sympathies à Loudun, sunout chez les protestants. Les nombreuses entrevues qu'il dut avoir à cette époque avec les chefs Réformés furent exploitées de la façon la plus indigne par les cardinalistes qui firent courir le bruit qu'il s'était fait huguenot]**, et cette calomnie s'accrédita si bien chez quelques dévots, que d'Âr-
* 29 oaobre 163 1. Madeleine Genebaut, femme de la Guérinière.
** Dans les exorcismes, les ptétendus démons répétèrent cette absurde calomnie.
ija URBAIN GJRAKÇtlRR'
magnac» effrayé des conséquences ^ue pouvaient avoir pour son ami les visites de MM. Le Blanc et QpujoQ à $e$ itiaisop^ de (Sun* pagne d'Ayzore et de La Motte*, se vit dans la nécessité. 4e lui écrire** de ne plus les y accompagner.
Au commencement du m^s d'octobre j Gtandier rtçttt de d'Armagnac une lettre qui lui annonçait ^arrivée du commissaire chargé de veiller à la démolition du château. C'était ce même Jean de Manin^ baron de Laub^rdemont, venu l'afmée précédente à Loudun représenter le roi au baptême du tcoi* sièmc fils de d'Armagnac. Dans sa lettre, le gouverneur semblait heureux d'un pareil choix; il considérait ce personnage conmie un de ses bons amis et il engageait le curé à lui faire k meilleur accueil. « M. de Laubardemont et M""' sa Êune*** partiront « dans huit jours pour faire faire la ditte œuvre, dittes à ma £une ce qu'elle leur face la meilleure chère qu'elle poura, car c'est un « homme qui m'oblige grandement. » D'Armagnac se méprenait étrangement sur le caractère de Laubardemont. Une réputation détestable avait précédé à Loudun le commissaire royal. Quelques particularités passées sous silence, on ne sait pourquoi) feront encore mieux connaître l'homme qui allait jeter le trouble et la division dans la vieille cité protestante- Né à Bordeaux, en 1 590, Laubardemont était le troisième fils de Jean de Martin, dei^xième du nom, trésorier*général de France en Guyenne. Comme Grandier^ il avait fait ses études à Bordeauxcfaez les Jésuites et en était sorti, grâce à la protection paternelle^ avec
* Situées près de Loudaa. MM. Le Blanc et Goujon amis .de 4'Araiiign^.
étaient souvent inyités à venir à Ayzore et à Lamotte. Le gouverneur leur envoyait dès chevaux ainsi qu'à Grandier qui en sa qualité d^élégant cavalier se faisait un plaisir de les accompagner*
** Lettre du 30 juin 1630.
*** Laubardemont avait épousé Thérèse Éléonore Fouré de Dampierse*
une charge de conseiller au parlement. D'une audace incroyable,
habile et retors, sans conviction, mais prêt à tout, il ne tarda
pas à se faire remarquer par son zèle et son activité. A ving^
sept ans il obtenait, sans difficultés, la place de président
aux enquêtes devenue vacante. Son extérieur prévenait peu en
sa ËLveur. C'était un homme de haute taille, maigre, le nez
grand et aquilin, les yeux petits et enfoncés, le front haut, et 1q
sommet de la tète complètement dénudé ; sa myopie* donnait
^ son regard quelque chose de &ux et d'hypocrite ; son allure
cynique, ses profoades révérences, son affectation à paraître
humble et respectueux Êibaient encore mieux ressortir la bassesse
de ses ^ntimefits. Dans son langage mielleux on sentait pétiller
l'audace et l'insolence ; dévot par calcul, croyant peu à Dieu et
l>eaucoup au diable, sans scrupules, prêt à se vendre au plus offrant,
l.aubardemont devait, avec de pareilles qualités, convenir à un
ministre tel que Richelieu. Comme magistrat, il avait prononcé
ime parole célèbre qui allait le conduire à la fortune : « Donnez*
■ moi, avait-il dit, deux mots de l'écriture d'un honune et je le
« ferai pendre. » Son génie malfaisant et infatigable ne tarda pas
à trouver enfin un emploi digne de lui.
Le Béam était encore à cette époque peuplé de malheureux que la aédulité populahre accusait d'être magiciens. Malgré les bûchers allumés jadis par de Lancre, le crime de sorcellerie, qui passait "^ pour le plus épouvantable des crimes, s'était étendu sur une partie de cette province. L'e&oyable persécution dirigée contre les sor* ders n'avait eu d'autre résultat que d'en augmenter le nombre. Ces misérables hallucinés couraient eux-mêmes au-devant des flanunes en se dénonçant et en se faisant gloire d'être allés au sabbat. On est terrifié quand on lit ce long martyrologe de vie*
* Laubardemont était myope et chauve, ainsi qu'il nous Tapprend dans un de ses procès-verbaux. (Manusait de la Bibliothèque nationale 7618.)
1,4 URBAIN;! Pl^NniBil
dme&que de Lanaf 9 consigna dans ses i^^stre;s avec un ^nisme révoltant. Une pareille succession devait tenter Fâme de Laubar* demont. En effet, il sollicita et obtint d'être le président de JU commission qui devait juger ces malheureux. Cetit vingt d'entre eux amenés devant lui déclarèrent être sorciers. La quçstioo qui leur &t appliquée avec une rigueur inouïe leur fit avouer lesxximçs 1^ plu3! honteux. ^tçn même temps |e^plus imaginajpres. taubar-
demont ne recula devant rien pour obtenir tles aveux« A cette ^>qque, plus les victimes étaient nombreuses^plus on appréciaitless^r* vices du magistrat chargé de les immoler. En jetant la terreu^ dans toute une province, il pensait se grandir ainsi dans Tespirit duroi.tris chrétien et $e concilier la^&veur du qordinal. Uafiaire des soc^ers du Béara, do^t la niajorité pé^t dans les flammes eut un immeivie reteptissement. Laubardemont fut impitoyable. Sa mission cap** pela celle des anciens inquisiteursi et, s'il ne surpassa p^ de Lancre, c'est qu'il ne pût trouver assez de victimes pour afinu^ter ses bûchers. Il revint du Béam chargé de la malédiction pd)Uque; mais il trouva dans la faveur royale une ample compensation. La place de premier président de la cour des aides de Guyenne i Âgen fut la récompense de ses tristes services (1630). . Ricbelieu, qui se connaissait en hommes, vit tout le parti qu'il pouvait tirer d^un pareil magistrat. Laubardemont fut mandé à Paris. Son attitude et son langage durent plaire -au ministre, car il sortit de cette entrevue conseiller d'État* et chargé de veillera l|t démolition de l'importante citadelle de Royan. H s'acquitta de cette missiop avec la plus grande activité, et quelques mois après il ne restait pas une pierre de cette forteresse. :: Jteçhfttea^ et le donjon de Loudun semblaient phis diffidles Jl atteindra. Persome n'ignorait à la cour la résistance qu'un tel projet
*4novemhre 1631, : v-
avaît teûëùrittêde lïj)art deii'pô^tdâti^^ îôtrdtinaîke, et Voà ^vaît iothbîéii les csjriîté étâîéni: stirexcHés ; le' conseil ltii*nième; extrêmement divisé inr l'oppottutirté de la me«àré, tf avait cèd'è i)tie6<^us lit )>f espion 'dtrcafdin^rqu'e'^a haiûe reildait ihflexiblo; Cepèâdïnt ^il ' Mait ti^bover m!r hàrtttat àtxsÈi -habile qu*auâ#^ ciemèponrW charger ifc'Cfeite ttfesîôii et fa cènduifé 4 hottné fin: Or; le prfiidetlt de là côuf de» aîde^ de Guyenne ptrut-aû tAM^é ténnik* tâtatés les qdàUtes' iSétëi^aîrés. Il> fut don^-éVrvéfé ïtoîrdùnaveciei ordres précis: H yinîva vcfsflé 15'îioviJiïrfnîe de Tanhét i^3t et sti tnît itttHêdlatemetit-en mèsùW d'exécmcr îci'devôits de sa chaîne. ''''-- i ; ::: : .: ;;
^ En homme prodcht, Lkubardemont chercha d'abord tt ib^ e&ùtàf Iféf les bohûes gi^cies'âes deux: partis. Avatitâôn déj^ârt dePatis^U êii tramât y gonvttûetxt' de Ldùdvitt, lai fit les plus ^iûétU prf otestatiôtis d^ioEihiè et Tassara de son dévouement. D'Anhagnii sèdâiësa prendre à ee laiigage caùteleut ; ii écriât 4 Grandier -de rédèvt^ ixié^tfiquément le cohimissiËirè royal:* M^^-d'AHMghàei qui te trouvait à Ayfore i^ec ses enfaùts, revint à Loaduti pour fiiireaii conseiller d'État et à isa femme qui raccompagnait les honneurs du chitduié Le lendemain de 4oïk àitiHe, Laubardemont séfeàdi€£her'Mesmi0dé S31y 'avecleqùelil eutim lotig etitiretidi^. D'Aitaagfitti, mil «m couraat de toiiteS' les lâcnées des car(&Kilistes> dvair^évtt' cette visitée lien rtdoutftk 4 bon droit les effets; attrâavai^iï; dès le lo octobre, envoyée Grindlei^ léi instructions les plui mintmeused rar k conduite qu'il devait tetoin «^U&ttlt'ppaiidre^bien. garde' que quant M^ de LaubinleBiotii i vyendra à Loudua-^on ne luy face des teiàontrances pou# le « total' «r qùils ne soffiice de^deputtes en court p4mr cela^ ce ^uil e £iult%ièâ tapescher et faire que tout cexjui ce pounu; des-ttmys t ce trouvent aux assamblée et quils crye et blasme ceux qui ont i procuré ces razemans parce que ny ayant plus de forteresse et
i}6 USPA^N . QRAKDiEIl
c U ville ne valUnt noa çUe ne siera plus cf cpnsKl^rable . e( « 4cYieAda comme une bourgade subieue à touues sortes do < i^ms de guerreç et mesme d'estre pillée bien souvant. »
l^l^ octobre» le gouverneur renouvdait ses recommandation» i « Preneis y garde quel sera le {Mremyer qui se rejouyra do raze« f oient avec le juge de la provosté* Tavocat du roy** et tout pUin
« d'aultres. »
. D'avance, Laubardemont était gagné à la cause des adversaire» de d'Âmaagnac, Il fut plein de prévenances pour Mesmin de Silly. qu'il savait être l'ami particulier du cardinal; celles-là» du aunns^, étaient sincères; En rentrant au chftteau où il logeait, il; sut habilement dissimuler le caractère de son entrevue avec Mesmin. AiP"* d'Armagnac, confiante dans les paroles dll conseiller, lui révéla, la promesse £dte par le roi à son man de conserver le • donjon et lui annonça même que , dans quelques jours, un message royal 11nfi3tmerait officiellement -de cette détermination. Seulement elle le supplia de tenir cette nouvelle seaète. Laubardemont promit tout ce qne voulut M*** d'Armagnac; mais le jour suivant, il se rendit diez Mesmin de Silly et lui fit part'^des confidences de la veille. • Grandier, de son côté, avait reçn la visite du conseiller. Dans cette circonstance, il crut devoir agir avec la plus grande réserve et. se contenta d'accueillir' courtoisement l'agent du cardinal.. Celm-*ci connaissait depuis quelque temps les luttes du coxh contre les démolisseurs. H avait été mis au courant de ses nombreux procès^ de son intecxiiction par li. de Poitiers, m enfin il savait qull était le représentant de d'Armagnac à Lou* dun^.il eut donc nécessairement de fréquentes entrevues avec
* Paul Grouard, uo dçs adversaires les plus acharnés de d'Annagoac et de Grimdkir.
*^ Pierre Menuau, personnage dont nous avons déjà parlé asseï longuement.
lui* Qpelle fut la namre des entretiens de ces deux hommes? Nous ne saurions le dùfe^ car la longue correspondance de Grandier par^ avoir été détruite* et il ne nous resté entre les mains que les quanmte lettres de d'Armagnac à son- ami. Ces lettres nous laissent à entendre que Graadier, tout en avertissant le gouverneur de ce qui se passait à Loudun^ ;n'eut jamais de difficultés sérieuses avec Laubardemont. H était trop habile pour se laisser prendre aux manières hypocrites de Tagenc du cardinal. Le curé, chargé des intérêts de d'Armagnac, av^ à son service une pdice parÊutement organisée qui le renseignait sur tout; il ne tarda donc point à connaître sts agissements et sts rappcMts quotidiens avec les meneurs é II acquit. «i même temps la preuve que le conmûssaire était tout dévoué aux intérêts de Richelieu et qu'en secret il trahissait d'Armagnac. H était du devoir de Grandier de prévenit le gouverneur et de le mettre en garde contre un homme qu'il s'était habitué à considérer comme un ami. Les événements se chargèrent de prouver combien il avait raison. Dès son arrivée à Loudun, Laubardemont s'était permis de distribuer aux cardinalistes les premiers matériaux provenant di la démolition du château. U avait,- de plus, lait don aux habitants des deux tours qu'ils demandaient pour y éubUr les prisons de la ville. Or, d'après une ordonnance royale, ces matériaux étaient la propriété de d'Armagnac etde Michel Lucas. Le commissaire outre* passait ses droits en donnant ce qui ne lui appartenait à aucun dtre. Grandier s'empressa d'avertir le gouverneur qui renvoya un cour* rier avec ordre « de ne rien laisser à abattre, qu'il veult partager
* Dans toutes les lettres qu'il écrivait à d'Armagnac, Grandier le conjurait de brûler sa correspondance.
c Jay pourtant bruUé vostre lettre, écrivait le gouverneur à Grandier, elle c n'a esté veûe que de moy je vous en assure. Jay Umsiaurs dit que ma famé c m'ûàvtrUssoU dé tout ce qui se passoit à Loudun. »
158 URBAIN GRANOIER
f toutes ces démomtions chtrfièes à cbartées avec M. Lucas à qm « elles ont été données ainsy qu'à luy *• Dans son indigna^opi contre les metteurs» il ajoutait : « Je n'en delesseray ny don- « neray à qui ^ue ce soit la moindre place. Os cherchieront « d'autres matières ailleurs pour ^dre leur prison» Il £iut que « mettieuts deLoudun sachent qu'ils ne peuvent rien. Jà^ou jt^ c veux songer et entreprandre*. » Cette lettre de d'Axmagnac fui conunuiiif|Q(èe là Laubtrdemont qui dut renoncer à stm i^ojet d'toe agréablf aux amis du cardinal; • mats ii le^^ autorisa :iaetlement à prendre ce qui était à leur convenance* Qpand iift surent qu'ils avaient l'apput secret du commissaire» les ctnik^ nalistes s'empressèrent de venir voler te {nents et ks matè^ riaux de toutes sortes qui encombraient les fessés. Le curé signala immédiatement ce Êdt à son ami qui lui renvoya l'ardre de « fiûre bien remarquer par bons tesmoings tour ceux * qui « empcrte la {Merre el la terre des fossés et contrescarpe pour « leur £Ure payer plus cher qu'au marché et dônnerés ceste charge « là à G>radin et encor à daultrea. Je ctoy que c'est tout ce < quil y a a&ire pour ce regard et d'ampescher à ceste herire .qoe « Messieurs les Raseurs napprochent pas cy près le dcm)cm«t dioéi « tout cela à ma £sime afin quelle parle elle mesme et qu'on *« a die pas que vous luy fcttes faire** ».
Cette dernière phrase de la lettre de d'Ârmagnac a une cer^ taine importance car elle prouve que rien ne se £ûsait au château sans Tordre de Grandîer.
Laubardemont fut certainement instruit par Mesmin de SiDy de toutes ces particularités , mais il n'en laissa rien voir. Il redoubla» au contraire, de pohtçsse à Tégard du curé, et Tinviu souvent i
* Lettre du 23 décembre i63i.
*^ Lettre du 30 janvier 163 a.
URBAIN CRANOIER 159
dîner à sa tSaU^.'-Gfàtidki' néanmcMns n'était pas rassuré. Q savak ses ennemis capables de tout pour indisposer contre lui le terrible commissaire. Aussi sa conduite fut-elle un cheM'c^iivre d'habileté penâaiit lé séjour de Laubardemont à Loudun» Il ne laissa prise à aucune calomnie et sut, tout en s'occûpant actitement des afiajres de d^Ârmagnàc, remplir scivpuletisenieht lies devoirs de son ministère.
Cependant les conjurés, de* roncier t avec Laubardemont^ disaient ' d'activés démarches pour obtenir la démolition du donjon. Le secret, que le gouverneur croyait si bien gardé, avait été rfcvélè aux cardinalistes -p^r le commissaire lui-*m6ihe, malgré la promesse fiiite à M"*"" d'Armagnac. En apprenant cette nôuf^ velie, Mesmin de Silly s^étaît empressé d'eitpédier à Meti^, son gendre, de Bourgneuf, avec une lettre des plus pressantes podr ie cardinal. Mais ce départ si précipité avait été connu de Grandie^ et, lorsque le gendre de Mesmin** arriva dans la ville de Metz, le gouvemenr de Loudun savait déjà quel était le but de son Voyage. Cette fois la démarche de Bourgneuf ne fut pas colirénnéè dé succèsf***, car le roi quelques jours auparavant, avait signifié à Laubardemom, ^ la lettre' qu'on va lire, sa volonté de c6n« server le donjon; - ^
c Monsieur de Laubaraemont : Estant important A mon service et an repos
* Vers la.fià da .moî^ do décembre 1637, le roi et le cardinal se troo* vaient à Metz.
** En Qiesme tamps que xeus resea vos lettres par François ie iuy fis une depc^e par la poste qui fut le 24 du moys dernier où ie fis responce tout ce qne fi er&pis^ sur Vaàvis que vous me àann^ que le sieur de QHy âvôit écrit'A nkonseigneiir le caidinal. (Meu 31 décembre 1631.)
*** Dans cène même lettre du 31 décembre d'Armagnac rend compte en ces termes de la visite que lui fit Bourgneuf :
c M. de Bourgneuf est ycy à qui ie ne me suis seu enpescher de dire que € ma famé mavoit escrit que son beau pèredcbvoit escrire a mbècfit-sdgneur
i6o URBAIN GRANDIER
€ de mes subjects de ma province de Poictou qu'il soit prooeddé prompte- « ment à la desmolltion des fortifEcations de mon chasteau de Loudun « selon l'ordre que vous en avez reçêu de moy je vous faict cette lettre pour « vous dire qu'incontinant icelle reçue vous ayez a executter exactement k c commission qui vous a esté expédiée pour cet effect a la réserve néantce moings du donJ9n dudit chasteau que te iiare et entends estre conservé, et t auquel il ne sera rien desmoly. Ce que vous aures a observer. Et restant « celle cy sur autre subjet, je priray Dieu monsieur de Laubardemont vous « avoir en sa garde*.
€ Escristâ Fontainebleau le ix décembre 163 1.
« Louis.
c Phelifbaux. •
Malgré cette lettre, le cardinal de Richelieu fit espérer à Bourgneuf qu'il serait facile de Êiire revenir Louis XIII sur sa parole. Le ministre avait écrit dans ce sens à Laubardemont qui se garda bien de produire le message royal ainsi que le demandait d'Armagnac. Cet ordre, en effet, n'était point de nature à sads&ire les conjurés qui, d'avance, escomptaient la démolition du don* jon. Ils ne purent s'empêcher d'exprimer hautement le mécontentement que leur inspirait cette conservation ; mais Laubardemont, prévenu des intentions du cardinal, leur déclara qu'il attendrait de nouveaux ordres pour suspendre les travaux*
Cependant d'Ârmagnac n'avait pu contenir la joie que lui cau«* sait la lettre du roi. Tout heureux de son succès, il écrivit le 3 1 décembre à Grandier : « Je suis cy ayse que rien plus de
t le cardinal pour faire radier ledit donjon et luy ay demandé cy Ion lui avoit
t envoyé la lettre pour la présanter. La dessus il s'est mys en collère et m'a
« prié de nen croire rien et que sil en avoit eu connoissance qu'il me le diroit
c franchement. Je luy ay dit q'u escrire ou non escrire laôaire avoit esté
c resollue de conserver ledit donjon et que M. de Laubardemont en avât un
« bon commandement par escrit du roy et qu'il Êiudroit à ceste heure de
« puissans arest pour taire ycelle démoUition et que iestcns ycy pour y rts*
« pondre et luy ay conté tout le stratagème de lafi&iire car à cest heure il ny
t a plus de danger de le dire pour se mocquer deux. Il a trouvé cette gabatine
« très bonne. »
• L'origind appartient à la collection Ch. Barbier.
URBAIN GRANDIER i6i
« voir tous ces messieurs la attrapés et M. le baron* qui s'en « rqauyssoit aussy. Ma famé s'en doibt bien domier de bomies o gorges cbauldes davant tous ceux qui Tiront voir touteffois « après que mondit sieur de Laubardemont aura fait sa ditte « déclaration comme dit est cy dessus. » Puis, connaissant à fond les projets de ses adversaires, il disait au curé cette dernière reconunandation : « Dittes à ma famé <\\xelle s^opose hardimant en a cas qu'on veuille toucher au donjon car peult estre luy vou- « droit on faire acroire de quelque aultre commandement qui ne « peult pas estre que ie n'en fusse adverty ycy et quon ne men « parlast cest pourquoy il fault quelle ayt bon courage ».
D'Armagnac n'avait que trop de raisons de se méfier, car quelques jours après il recevait de Grandier une lettre l'informant que Laubardemont** avait quitté la ville sans faire sa déclaration et en donnant l'ordre de poursuivre les travaux. Le curé le prévenait en même temps que les démolisseurs approchaient du donjon, et qu'ils se disposaient à l'abattre. Au reçu de ce message^ le gouverneur va trouver La Vrillière et le maréchal de Schomberg, membres du conseil privé, et obtient d'eux*** une lettre enjoignant à Laubardemont d'exécuter sa déclaration : ■ M. de La Vrillière a trouvé très à propos que ledit sieur de « Laubardemont face la ditte déclaration et luy en a vouUu escrire « à cet efiect laquelle lettre je renvoyé à ma famé pour la pré- « santer audit sieur de Laubardemont en cas qu'il repasse par
* Laubardemont. Cette phrase indique nettement que, dès cette époque^ le gouverneur était renseigné sur les sentiments du conseiller d*État à son égard.
** Laubardemont avait quitté Loudun vers la fin de décembre 1631 et était retourné à Agen.
••* Cette lettre fait partie de la collection Barbier.
i62 URBAIN GRANDIER
« Loudun, que sll y avoit déjà repassé et qu'il y eut déjà fidcc « ladite déclaration ma Êime n'aura qu'à garder la lettre*. »
Mais le commissaire n'était point encore de retour à Loudun : Grandier voyant le péril que courait le donjon, n'iiésita pas à prendre sur lui d'arrêter les démolisseurs. Il leur fit défense expresse d'approcher de la citadelle dont les abords furent sévèrement gardés par les soldats qu'il avait à sa disposition. Devant cette ferme attitude, les cardinalistes n'osèrent aller plus loin et prirent le parti d'attendre l'arrivée de Laubardemont.
Ce ne fut que vers le commencement de février, que le commissaire revint à Loudun. Cette fois, malgré toute sa mauvaise volonté^ il dut s'exécuter et déclarer l'ordre qu'il avait reçu du roi de conserver le donjon. La conduite de Grandier dans cette affaire ne manqua pas de lui porter ombrage. Une nouvelle lettre de Louis Xin datée du 6 février acheva de donner raison au curé et à d'Armagnac. Le roi disait nettement que « son intantion « estoit que les tours et ceinture dudit grand chasteau qui restent a encore à démolir soient entièrement razées et abatues jusques « aux pieds et les fossés comblés sans aulcune aultre exception qm « dudit donjon ».
Le séjour du commissaire à Loudun fut de courte durée. H avait hâte d'aller rendre compte au roi et au cardinal de sa mission ; mais avant son départ^ il promit formellement à Mesmin et à ses amis d'employer tout son crédit pour obtenir le démantèlement du donjon. Le 7 mars il était à Saint-Germain où se trouvait la cour. D'Ârmagnac, prévenu de cette arrivée, écrivit aussitôt à Grandier : « Nous avons ycy M. de Laubardemont qui est ff venu faire sa charge de conseiller destat au conseil. Il a randu « conte au roy de sa conmiyssion pour Loudun. Sa majesté a
* Lettre de d'Armagnac à Grandier, 13 janvier 1632.
URDAIN GRANDIER 165
• trouvé fort bon tout ce qu'il a fait*.. Ledit sieur m'a dit qu'il « n'y ayoit rien en son entier fors la grande tour carrée et que < tout le reste des aultres tours et meurailles avoint esté abessée « de plus de moytié*. »
Les conjurés toutefois avaient repris courage, les nouvelles qu'ils recevaient de Laubardemont éunt de nature à les entretenir dans l'idée que le donjon n'avait plus que peu de temps à rester debout. Le cardinal s'était, en présence du conseiller d'État, formellement prononcé sur cette question et, à Loudun, Mesmin n'avait pas hésité à^déclarer que Richelieu** éuit très mécontent du retard apporté par la lettre du roi* Cette déclaration de l'ami du cardinal avait été rapponée au château et Coradin s'était empressé d'en prévenir d'Ârmagn'ac, qui fit le 12 mars cette réponse à Grandier: « Coradin m'escrit que
• ces messieurs la sont tousiours dans les espérances, tout cela a leur fet grand bien mais je suis bien asseuré que leur pouvoir « est trop petit pour pouvoir faire choze qui me déplaize. Je « sais a cest heure a quoy ien doibs demeurer. Ne lesses pas « depier aux actions du monde pour m*en tenir s'il vous plaist « adverty a touttes les ocasions. »
D'Armagnac s'abusait sur l'influence qu'il pouvait encore avoir à la cour. H y avait auprès de Louis Xm un personnage qui lui Élisait une guerre acharnée : c'était Michel Lucas, le corres* pondant des cardinalistes à Paris. Grandier cependant l'avait prévenu de toutes les intrigues de cet homme et lui avait signalé les correspondances continuelles des gens de Loudun avec lui. Le gouverneur finit par ouvrir les yeux, car au mois de mai il écrivit au curé : « Cela est bien vray que M. Lucas sollicite tant qu'il
* Lettre du 7 mars 1632.
•• Lettre de la Guérinière û Laubardemont (collection Barbier).
i64 URBAIN GRANDIER
« peut le razement du donjon comme soy-disant ayant charge de « nos messieurs que bien connoissés. » Puis, pensant qu'une pétition des notables habitants pourrait entraver les menées de Michel Lucas, il engagea vivement Grandier à les réunir le plus tôt possible en assemblée générale :
c Cy messieurs de Loudun c'est-à-dire la multitude du monde qui peut « recomioistre a ceste heure que Fombre du château leur a beaucoup, servy « aultrefois comme elle le pouroit encor véritablement il faudroit qu'ils « s'écriasse contre cealx qui font de telles poursuittes et demander assamblée < de ville générale pour que tout le monde fut ouy pour scavoir â c'est le « bien du public que telles chozes soit ; car cela regarde un chacun en son c particullier comme abitant et la dessus ùlre un beau discours et que toutte c l'assemblée deputte pour faire très humbles supplications au roy de les « lesser en estât quils sont encor a présent atandu que cela regarde leur c conservation. »
Un autre motif d'inquiétude pour d'Armagnac était l'absence de Thibault, un des agents les plus actifs de la cabale. A peine Grandier avait-il appris l'arrivée de ce personnage à Loudun qu'il s'était empressé d'en aviser le gouverneur qui lui envoya, par retour du courrier, la note suivante : « Saches ce que bit et dit « Thibault. Je m'estonne quUl soit à Loudun car c'est icy * son « quartier où il debvroit estre auprès du roy s'il est encore exempt « des gardes du roy. »
L'occasion tant cherchée de réunir les notables habitants allait se présenter d'elle-même. En effet, la surveillance exercée par Grandier ne devait pas tarder à révéler les £ûts les plus graves sur les agissements des conjurés. U sut que chaque jour des réunions secrètes étaient tenues chez Mesmin de Silly et chez Trincant, à sa maison de campagne de Puydardane; que de Bourgneuf était reparti pour Paris** avec de nouvelles instructions^ et
* Saint-Germain-en-Laye.
** Bourgneuf était reparti pour Paris vers le commencement du mois de mai 1632.
qu'enfin, toutes les semaines un volumineux courrier était envoyé à Michel Lucas par l'intermédiaire du messager de Saumur. D'Armagnac, prévenu aussitôt, hâta son retour et. arriva secrètement vers la fin de mai à son château de Lamotte. Il était résolu à frapper un grand coup et à prendre en flagrant délit de trahison tous ces gens qui n'avaient qu'un but : ruiner leur ville natale.
La mesure arrêtée entre lui et Grandier était audacieuse : il s'agissait de saisir la correspondance des conjurés. Le gouverneur connaissait assez le curé de Saint-Pierre pour le charger d'une pareille entreprise. Il se confia donc entièrement à lui. Le 6 juin de l'année 1632, Grandier fut averti par un de ses agents les plus dévoués qu'un paquet de lettres avait été remis au messager de Saumur. Il apprit en même temps que cette correspondance était adressée à Michel Lucas.
Le soir même, un homme aux gages du curé et de d'Armagnac se trouvait sur le chemin que devait prendre le courrier et obtenait* sans peine la remise du précieux paquet qui fut immédiatement porté à la cure. Le lendemain, de grand matin, Grandier se rendit à Lamotte de Kouastre et remit au gouverneur les lettres des conjurés. Une surtout était compromettante. Elle avait été écrite par le lieutenant criminel Hervé et contenait les plus infâmes calomnies contre d'Armagnac. Les autres, oeuvres de Mesmin de Silly, de Trincant et de Thibault, ne parlaient que de la démolition du donjon resté debout malgré leurs intrigues. Tous suppliaient instamment le cardinal d'en finir avec Loudun et de mettre un terme à ce qu'ils appelaient les exigences des Réformés.
Grandier, en présence de faits semblables, conseilla au gouver-
* Cette affaire n'a jamsûs été bien édairde. Le messager était certainement complice et avait dû recevoir une forte récompense.
)66 URBAIN GRAKDIER
nevir d'assotnbler immédiatement les ooubles hibitants et de leur donnerconnalssance de cet lettres.
Le |our suivant, au son de la cloche*, les habitants et 1m officiers du corps de ville de Loudun ce trouvaient riunis dans U grande salle de l'auditoire au palais de justice. Les lettres furont lues en public et excitèrent l'indignation gènArale**. I4 p«uple surtout ne put pardonner aux conjurAs leur félonie. Htiiwé, l'homme le plus compromis dans cette a^ire, dut pendant quelques jours chercher un refuge en dehors de U ville.
Ce dernier triomphe devait coAter cher k Grandler, car H allait h&ter la chute du donjon et ramener Laubardtmont à Loudun.
' Manuscrit de la BiblîothiqBi Htleitlf 7tl8i
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n^t Ai Qrgn^ier : t Qtiel()u'au|trG a rajuné que \oJst^\^f U latfrc dU(Ut Hnv^ f lleutciiint iju'll avoit «Kripte contre monsieur le gouverneur /u/ Jtsabvnif* M «M fhiui ujtmiUt fammq i4dUleuit, ledit Hené qui diiofi partant qw le * cuN ivy avpit jou^ un tour iifi : Il va't, %\\wi lo^it je l'amaperi ; d'autres
i liiy OQt ouy dire que d;)vant quil fut six mois le curé leroit chassé. ■