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Cette lettre rassura Grandier qui se reprit à espérer, en pensant qu'à Loudun sa famille et ses amis disaient tous leurs efforts pour lui venir en aide.
Pendant ce temps, Laubardemont poursuivait le cours de ses exploits. CLuand Tenquête sur les actes antérieurs à 1630 fut terminée, il songea à s'occuper de la possession qui, jusqu'à ce jour avait été quelque peu délaissée. II se rendit donc au couvent des Ursulines et y reçut leurs dépositions. Dix-sept religieuses, la supérieure en tète, vinrent déclarer « que Grandier s'était introduit e dans leur maison à toute heure de jour et de nuit pendant quatre « moiSy sans qu'elles pussent s'expliquer comment il pouvait y « entrer; qu^il se présentait à elles lorsqu'elles étaient debout et a vaquaient à l'oraison ; qu'il les sollicluit au mal, qu'elles ont t été frappées par quelque chose qu'elles ne voyaient pas et que a tous ces accidents ont commencé par l'apparition du prieur « Moussant, et finalement par celle de Grandier » . Deux séculières, Elisabeth Blanchard et Suzanne Hammon sœur de la cordonnière de Marie de Médicis, également possédées du diable, vinrent coflfirmer ces étranges déclarations. René Grandier, avocat et conseiller au bailliage, résolut de s'opposer à une procédure aussi moostnieuse. Sur ses conseils^ sa mère présenta à Laubardemont une requête contenant les moti& les plus graves de récusation. Par cette lecture d'un haut intérêt % on pourra juger de la £içon de procéder de cet homme qui fut une des hontes de la magistrature.
c A Monseigneur, monseigneur de Laubardemont conseiller du roy en ses a conseils supplie hmnUemcnt Tefaanne Estîèvre tant en son nom qne pour
Imd e mout n'en tint aucun compte et se contenta de le mentionner dans son extndt des registres de la commission.
* Cette pièce importante n'a jamais été publiée, en la lisant on en comprendra fadkment b cause.
> messire Urbain Grandier presire curé de Lodun son fils à présent dcienu « prisonnier dans le chasteau d'Angers disant que depuis cinq ou six ans en « ça aucuns ennemis de sond. fîls luy auroient voulu ravir l'honneur et la vie « par £aulxes et calumnieuses accusations desquelles à leur confusion il auroit « esté envoyé absous. Que continuant leur pernicieux desseing aucuns d'eux « se seroient servy du pouvoir et direction qu'ils avoient sur certaines xeli-
< gieuses de Ste-Ursule, qu'ils disoient possédées par les démons pour accuser <i par leurs bouches sond. fils de magie £aulsement aussy sauf corrcaion dont
< led. Grandier auroit faict plainte et s'en seroit pourveû en justice et auroient « tant faict, monseigneur, que pendant que vous estiés en ceste ville de « Lodun pour la démolition du petit chasteau ils vous auroient engagé à (c rechercher et solliciter vous mesme la commission pour faire le procès à son a dit fils, comme de faict vous sériés party de ceste ville en ceste résolution^ « auriés séjourné un jour à Qiinon pour eii communiquer avec messire Pierre
< Barré l'un des principaux instruments de cette trame et conspiration. Auriés « ensuite esté à Paris rechercher et poursuyvre lad. commisàon aitisy que la « suppliante justifira en temps et lieu mesme par vos propres escrits. Qu'ayant c soubz faulx donné entendre e( par surprise obtenu lad. commission et contre c tous ordres de justice sériés venu en ceste ville pour faire prendre sond. fils « prisonnier. Qpe par vostre ordre le sieur de Sillé, ses enfants, maistre Pierre « Menuau, advocat du roy et autres ennemis capitaux de sond. fils avec les-
< quels aviés communiqué avant que partir et encore despuis vostre arrivée « en ceste ville, auroient assisté à sa capture, contre l'ordoimance que vous
< avés couché et esté troicté plusieurs jours tant avant que despuis lad. cap- <t ture chez le sieur de Bourgneuf gendre du sieur de Sillé et aussy pareila lement son enncmy. Que despuis vous vous estes logé dans cette d. ville en € une autre hostellerie que n'aviés accoutumé afin d'cstre au milieu de ses
< ennemis et pouvoir conférer plus aysément avec eux comme vous faictes « secrètement tous les soirs qu'ils demeurent le plus souvent avec vous bien « avant dans la nuict. Qpe vous avez comis un jeune advocat pour procureur a du Roy pour trav<iiller en ceste affaire, sur la nomination qui vous en a esté « £aicte par led. maistre P. Menuau ainsy que luy-mesme s'en est vanté en € divers endroicts. Qu'auparavant qu'eussies pris aucune cognoissanu de V affaire c de sond, fils vous avts timoi^ un sentiment contraire à son innocence mon- « trant que vous estiés prévenu et cette prévention qui est en vostre esprit de c l'inclination que vous avés pour ses d. ennemis a encore paru en ce qu'auriés « dit à plusieurs et voulu fsdre croire que le règlement de monseigneur l'arc dievesque de Bordeaux faict à Richelieu le 24 décembre 1632 sur la pré- « tendue possession des Ursulines estoit manqué et que vous l'auriés ainsy « faict recognoistre aud. seigneur archevesque, luy estant en vostre maison,
< et sur la veûe du rituel du curé de vostre paroisse qu'auriés faict apporter c devant lui pour cet efiect. Et néantmoins au contraire de cela led. seigneur c archevesque en vostre présence et de grand nombre de personnes estant € dernièrement aud. chastel de Richelieu auroit dit que sond. t^lemen't estoit
< canonique et du tout conCorme aux concilies et qu'il ne s'en pouvoit légic timement fidre ny praticquer un autre, qui est chose bien esloignée de ce c que vous raportiés estre des sentiments dud. seigneur archevesque par lequel fl procédé vous aidés et favorisés par tous moyens à vous possibles les mau* « vaizes intentions de sesd. ennemis* Joinct que vous estes parent à cause de
< madame vostre femme de monseigneur l'évesque de Poictiers lequel pour r de très-justes considérations s'est desia cy devant déporté de ce qui regarde c sond, fils et qu'elle a entendu dire qu'estes aussy parents d'aucunes desd. « religieuses Ursulines. A ces causes monseigneur, et pour autres encore à t déduire en temps et lieu, vous plaise vous de porter de la cognoissance du « procès et accusation que vous faictes mouvoir et que vous instruises contre
< sond, fib et vous feres bien.
€ Le 37* 'décembre 1683. « J. Estiêvre. »
Mais Laubardemont n^étaic pas d'humeur à se laisser arrêter dans sa procédure. Peu lui importaient les causes de récusation. N'était-il pas maître absolu avec sa commission ? Il répondit qu'il « passeroit outre nonobstant à la suppliante à se pourvoir par « devers sa Majesté ainsy qu'elle verra avoir à faire*».
Tant d'iniquités n'avaient point découragé Jeanne d'Estîèvre. Guidée par l'amour maternel, elle déclara au commissaire, qu'elle en appelait de son ordonnance et le pressa de se prononcer sur la vérité des faits contenus dans sa requête. Il n'en voulut rien faire et eut l'impudence de lui défendre d'intimider les témoins. L'évêque de Poitiers qui, au mépris des ordres de son métropolitain, était intervenu dans le débat et avait autorisé la publication du monitoire, reçut à son tour signification de l'ordonnance de l'archevêque de Bordeaux. Les 9 et 10 janvier, François Grandier**, premier vicaire de Saint-Pierre-du-Marché, présenta deux requêtes, l'une pour avoir copie du monitoire qui avait été publié au prône des églisels, l'autre afin que cette pièce importante fut apportée au greffe et qu'on en dressât procès-ver-
* Extrait des registres de la Commission.
** Extrait des registres de la Commission.
bal; elles curent le même sort que toutes les autres. Le 17, nouvelle requête de Jeanne d'Estièvre, contenant des causes si sérieuses et si graves de récusation, que nous nliésiions pas à la publier in extenso.
«c Supplie humblement Jehanne Esdëvre toisant tant pour elle que pour messire Urbain Grandier prestre curé de réglisc paroissiale Soint-I^eneHlu- Marché de cette ville de Lodun son fils disant qu'en Tinstruaion du procès criminel que vous ùictes à sond. fils elle a sceû et vérifira par devant juges compétans et non suspects, que vous aviis rettvoyi plusieurs des Usmoings qui parloietU à sa descJjargc sans vouîloir faire escrire ny rédiger leur déposition^ qu'en autres dépositions vous avis tronqué et retrancljé ce qui estoit à la déchargé de soitd. fils, ne foisant escrire que u que vous estimiés estre à sa charge^ pi>'avis dtct et voulu faire escrire d la charge des choses dont les tesmotngs n* avaient parlé et qui venaient de vostre seul mouvemetit, Q.ue vous avés voulu insinuer et persuader Tun des tesmoings de déposer d'un crime capital selon que tous luy suggeriés et pour IVmouvoir d cela voyant qu'il ne le vouloit faire luy auriés dit qu'il setoit donc caose de la mort de quatre personnes qui l'avoient désia déposé et pour induire plus facilement les prétendus tesmobgs à déposer ce que les ennemis de sond. fils vouloient inventer et supposer vous les attirés et mandés d'ordinaire au couvent de Sainte-Ursule où s'assemblent lesd. ennemis et qui ont conspiré sa ruine. Mais despuis prévojrant que tdks procédures oblicques faictes à l'endroia de divers tesmoings pouvoîent enfin décrier votre procédé et que l'on en murmuroit desia par toute la vilU vous auriés trouvé un autie expédiant pour ne paroistre plus en telles occurences. C'est que soubs votre adveu et connivence deux des principaux offidctt de ceste ville, de ceux qui vous obseddent continuellement, qui sont ennemis capitaux de sond. fils et ses vrayes parties secrètes font venir par devers enx les tesmoings par dons, promesses, intimidations et menaces, essayent de les praticquer jusques A avoir £ûct menacer une femme de renvo3rer en prison si elle ne déposoit ce qu'ils luy vouloient faire déposer ; puis lesd. officiers prennent le serment comme s'ils estoient juges en ceste partie, tt après cela s'ils recognoissent ne pouvoir induire le tesmoing à consentir à leur pernicieux desseing ils le renvoyent sans le faire ouïr. Qpe vous estes porté de telle passion en ceste affaire que vous avés faict nommer sond. fils publicquement en chaire lors de la publication d'un très infime et scandaleux monitoire duquel vous avés tout droia refusé A la suppliante copie à ses frais qu'elle demandoit pour se pourvoir, favorisant ainsy par tous moyens la persécution que ses ennemis font à sond. fils... « A ces causes monseigneur que vous avés deux de vos belies-sœm qui « sont religieuses de Saiiite-Uusule et ont quelque intérest en cette afiigdre et « en font leur propre cause. En faveur desquelles et autres vos proches parents
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t vous vous estes rendu agent et solliciteur dans le conseil du Roy desd. « Ursulines de ceste ville contre sond. fils ainsy que vos escrits en font foy. « Requiers derechef la suppliante en adhérant aux précédentes récusations, « appellations et prises A partie qu'il vous plaise vous déporter de la cognoisc sance de la cause de sond. fils, protestant de se pourvoir en temps et lieu et « par devant juges compétans ainsy et contre qui elle verra avoir à faire, pour t la soustraaion desd. papiers et autres torts et griefs qui lui ont esté rendus, « et TOUS fteres bien. »
K 17 janvier 1634 ». « J. Estièvre» »
Cette requête, dans laquelle îl était sî durement et si justement traité, mit Laubardemont dans une violente colère. Il ne pouvait admettre que la mère de l'accusé lui disputât ainsi la vie de son fils. Cette fois îl passa outre sans même daigner donner un motif plausible de son silence. Mais cette courageuse femme ne se laissa pas intimider; elle chargea son procureur de prendre en la chancellerie du parlement un relief d'appel. En présence de cette nouvelle attitude le commissaire n'eut pas la dignité de se con*tenir; il déchira les exploits et défendit aux huissiers Lamben et Bertrand de lui adresser de pareils actes sous peine de punition exemplaire. Le 27 janvier, Jeanne d'Estièvre tenta encore un dernier effon et fit signifier Pacte d'appel. Peine perdue! Laubardemont avait pris le parti de rester, désormais, sourd à toutes les requêtes.
Cette procédure inique et violente souleva les plus vifs mécontentements dans Loudun. Le bailli et les autres juges qui se trou- , vaient écartés et soupçonnés, ne se gênaient pas pour parler contre tant d'abus ; mais Laubardemont fort de l'appui du cardinal n'en continua pas moins ses illégalités et menaça de peines sévères ceux qui voudraient s'immiscer dans cette affaire.
Les Ursulines cependant étaient toujours possédées du diable. Mignon avait beau multiplier les exorcismes, les démons demeuraient récalcitrants à toutes les prières. De nouveau on fut obligé de faire appel aux lumières de Barré, curé de Chinon. Deux ou
trois jours après l'arrivée de ce fanatique, la supérieure des Ursu- Unes qui ne possédait plus que quatre démons en avait sept, et la sœur Claire de Sazilly, six; toutefois on remarqua peu ce phénomène parce que la plus grande partie de la population était attentive à la lutte entamée entre la famille de Grandier et Laubardemont.
Qpand le commissaire eut mis fin aux requêtes de Jeanne d'Estièvre et de ses fils, il jugea à propos de se rendre à Angers pour procéder à l'interrogatoire de sa victime et, afin de l'aider dans ce triste office, il emmena avec lui Demorans, doyen des chanoines de Thouars, parent et ami des conjurés, ainsi qu'un jeune avocat de la ville, Pierre Fournier, gendre du procureur Richard, que la mère de Grandier avait surpris la nuit embauchant des faux témoins contre son fils, fait pour lequel ledit Richard avait été sévèrement puni par le présidial de Loudun. Le. greffier de la commission s'appelait Jacques Nozay, personnage vulgaire et ambitieux, aux gages de Laubardemont qui lui avait promis un rapide avancement. Dès qu'elle connut ces préparatife de départ, Jeanne d'Estièvre fit parvenir par un ami sûr et dévoué le billet suivant à son fils : <f Ne respondés devant M, de Laubar- « demont il est récusé comme voyés pris à partie aussi bien que « Foumier advocat qu'il a nommé procureur du Roy de sa com- « mission, il y a eu relief d'apel de ses jugements et ont esté a intimés et assignés à la cour. Vos amis espèrent bientost oster ce « commissaire passionné, surtout ne respondés pas s'il va pour « vous ouïr, donnés-lui les causes de récusation portées par les « susdites requestes. Vostre chambre a tousiours esté scellée a depuis votre capture*. »
A ce billet étaient jointes les deux fameuses requêtes. Grandier, mis au courant des façons de procéder de ses ennemis, tint
' Collection Ch. Barbier.
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compte de l'avertissement et attendit de pied ferme Laubardemont qui arriva le 4 février à Angers. Le jour même il se rendit dans les prisons du château et voulut procéder à Tinterrogatoire de Grandier; mais il ne tarda pas à être décontenancé par l'attitude de l'accusé qui refusa absolument de répondre à certaines questions. Laubardemont a jugé prudent de ne pas publier cet interrogatoire ; il se contente seulement d'indrquer dans les registres de la commission que toutes les réponses du curé furent négatives. N'est-ce point avouer implicitement que celui-ci le subit avec dignité et sang-froid? Il revint le lendemain et les jours suivants, mais ne fut pas plus heureux. Grandier cependant déclara, lorsqu'on lui présenta le Traité du célibat des Prêtres, qu'il en était l'auteur. Laubardemont aurait voulu lui faire avouer qu'il avait été composé pour Madeleine de Brou. Malgré ses pressantes questions, le curé fut inébranlable. Le 1 1 février, voyant que tout était inutile et que Grandier était décidé à ne plus répondre, le commissaire lui fit signer les interrogatoires et partit furieux pour Paris. L'intervention du parlement, dont on le menaçait, était pour lui une cause sérieuse de préoccupation. Par tous les moyens, il fallait éviter cette immixtion, car si on venait à connaître ses façons violentes de procéder, il s'exposait à perdre la place qu'il avait eu tant de peine à conquérir au prix de son honneur.
Pendant deux mois, il ne donna pas signe de vie à ses amis de Loudun. Ceux*ci tremblants et inquiets d'être abandonnés lui députèrent l'hypocrite Rangier, curé de Véniers. Les conjurés se trompaient ; Laubardemont avait mis à profit le temps passé à Paris et pris toutes ses mesures pour agir en maître. Le cardinal, déjà trop engagé dans cette affaire et escomptant d'avance tout le bénéfice qu'il pouvait en tirer avec un pareil magistrat, obtint du conseil d'État un arrêt qui, à lui seul, prouve quel a été le but de ce procès. Cet arrêt portait : « Que sans avoir égard à l'apel
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« interjette au Parlement et aux procédures Êiictes en consé- « quence, que sa Majesté a cassées, il est ordonné que le sieur « de Laubardemont continûuera le procez par luy commencé « contre Grandier, nonobstant toutes opositions , appellations ou a récusations fkictes ou à faire et sans préjudice d*icelles : qu'à « cette fin le Roy en tant que besoing seroit luy en atribûe de a nouveau la cognoissance et icelle interdit au Parlement de « Paris et à tous autres juges avec défenses aux parties de sV « pourvoir, à peyne de cinq cents livres d'amende*. »
Maître absolu avec cette pièce, qui équivalait à une senteiKre, Laubardemont arrive à Loudun en compa^ie de Rangier dans la soirée du dimanche 9 avril, et envoie, dès le lendemain matin, à Guillaume Aubin Tordre de partir pour Angers avec une escouade d*archers et de ramener Grandier. Pendant ce temps, on préparait au malheureux curé une prison solide et à Tabri d'un coup de main dans une maison appartenant au chanoine Mignon. Ce choix convenait d'autant mieux que le locataire actuel était un sergent , nommé Bontemps, ancien clerc de Trincant, et l'un des principaux témoins à charge dans le dernier procès de Grandier.
Pour loger sa victime, Laubardemont désigna la chambre la plus incommode et la plus insalubre, située sous le toit même. Il en fit murer les fenêtres laissant un jour à peine suffisant. La cheminée fut traversée d'énormes barres de fer, les conjurés ayant fait courir le bruit que ces précautions étaient nécessaires pour empêcher les diables de venir délivrer le prisonnier. Ce fut dans ce triste réduit qu'on l'enferma, le livrant aux mains de Bontemps et de sa femme, mégère de la pire espèce. Dans la pièce du rezde-chaussée, on installa une compagnie d'archers chargés de veiller à ce que personne n'approchât de la maison.
* Extrait des registres de la commission.
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Bontemps et sa temme tiorent à honneur de montrer qu'ils itsient bons gediiers en refusant le nécessaire à leur prisonnier. Grandîer n'eût pis mime un lit pour se reposer. Une botte de paille fut jugée suffisante. Fort heureusement ta vaillante mère du curé veillait avec un soin tout maternel sur son iîls. En apprenant le dénuement dans lequel on le laissait, elle lui fit parvenir quelques provisions et un peu de linge. Laubardemont, cette fois, n'osa pas s'y opposer.
Grandier répondit à sa mère par une lettre des plus touchantes qui aurait dû apitoyer ses cruels ennemis.
« Ma mère, j'a! reçu la vostre et tout ce que vous ra'avîs envoyé, ctcepté ( les bu de serge. Je supporte mon affliction avec patience et pïa\m plus la
■ vottre qne la mieune. Je suis fort iaconiraodé n'ayant poînct de lit. Taschés ( de me iaiie aponer le mien, car si le corps ne repose, l'esprit succombe. 1 Enfin envoyés-mot un bréviaire, une bible, un saint Tlionias pour conso-
■ Udoo et au reste ne vous affligés poinct, j'espère que Dieu mettra mon
■ maocence au jour. Je me recommande h mon frère et i ma sixur et i toi» K nos boas amis.
c Cest, ma mère, vostre très-bon fils A vous servir* a.
t Grandier *.
Le malheureux se Siisait une terrible illusion ea pensant qu'il lui était encore possible de se justifier.
* L'original de cette lettre appanenah 1 la bîMiotUque de Poitian. Elle a
disparu co:iimc tant d'autres ptcei du proci.-».