‹ Urbain Grandier et les possédées de LoudunChapitre 7 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Retour de Gnuidier i Loudtm. — Il put poar Poitiers se justifier des accnsations ponées contre lui. — A son inivée, il est arrtté et conduit dans les prisons de I'év£ché. — Lettres de Grandier i son évSque. — L'enquËte se continue devant le promoteur de l'offidaliti . — Malgré ses protestations, Craodier est condamné.

HKÈDiATEUEtiT apris l'arrêt du Pïrlementj Gnodier se rendit à Saint-Gennam-cn-Laye où se trouvait Jean d'Armagnac*. Le gouverneur de Loudun avait à la cour de puissants protecteurs et, pouvait par conséquent, rendre à son ami les services lesplus signalés, n l'accueillit donc avec une fi'anche cordialité, s'indigna avec lui de l'incroyable acharnement de ses ennemis qui étaient ausù les àens* et lui pronût tout son concours pout le tirer de ce mauvais pas. D l'engagea, en outre, k partir sans délai pour Poitiers, afin de

* En sa qualité de premier valet de chambre du rcH, d'Armagnac était pins souvent! la Cour qu'à Loudun.

" Nous consacrons tout un chapitre aux intrigues ayant pour but la démolition du chiteau. D'Armagnac et Grandier luttèrent énergiquement contre ^ ce projet, et se firent des ennenùs des partisans du cardinal i Loudun.

se justifier devant Tévèquedes accusations portées contre lui; puis il lui donna des lettres de recommandation pour leîs nombreux amis qu'il avait dans cette ville, et se chargea d'écrire personnelle* ment à M. de la Rochepozay ainsi qu'au promoteur de l'officialité.

Grandier quitta Sâint-Genhain complètement rassuré ; mais que Ton juge de son désappointement quand,à peinearri,vé à Loudun, il eut connaissance des événements survenus depuis son départ. La présence de Thibault dans la ville (il l'avait précédé de vingtquatre heures)^ fut pour le curé un autre motif d'inquiétude. Devant le danger qui le menaçait, il prit le sage parti de se rendre à Poitiers afin d'en finir avec toutes ces accusations. Par malheur, son retour n'avait pas tardé à être connu et, le soir même, Trincant réunissait chez lui ses amis et prenait avec eux les mesures nécessaires pour faire exécuter le décret de prise de corps.

Le lendemain de grand matin, Grandier était à peine sorti de la ville que ses ennemis savaient par leurs agents qu'il se dirigeait vers Poitiers. Sans perdre de temps, Thibault monte à cheval et se met à sa poursuite. Dès son arrivée, il s'informe du nom de iliôtellerie où le curé est descendu ; puis, quand il a ce renseignement, il s'empresse de courir à l'évêché réclamer mainforte pour le faire arrêter.

Grandier de son côté, après quelques soins donnés à sa toilette, se disposait à se rendre au palais épiscopal, quand tout à coup, Chastiy, sergent royal de France, fit irruption dans son logis, situé rue du Marché- Vieil , sur la paroisse de Saint-Porchaire, et exhiba son mandat d'amener*. Le curé se laissa arrêter sans

* Procès-verbal de l'arrestation d'Urbain Grandier. (Bibliothèque de Poitiers. Procès d'Urbain Grandier, no 2.)

c Le quinziesme jour de novembre mil six cens vingt neuf. A la requeste t de M. le Promoteur de Monseigneur le réverand Èvesque de Poictiers, et par < vertu de certain décret de prise de corps décerné par Mondit seigneur, levin^c deuxiesme jour d'octobre dernier, signé : Henry-Loys, évesque de Poiaiers, et

opposer de résistance, mais en termes mesurés et dignes, il protesta contre la violence dont il était victime (15 novembre 1629). On lui donna dans la tour de Tévèché» une prison humide et à peine éclairée, et bien que Ton fut dans la saison la plus rigoureuse de Tannée, sa £imille ne put obtenir l'autorisation de lui Étire passer quelques vêtements ; sa vieille mère se vit également refuser le bonheur d'embrasser son fils et de lui apporter des consolations. Grandier fut tenu au secret avec une rigueur exceptionnelle. Le régime de la prison était si dur, que sa robuste constitution ne put résister aux mauvais traitements. Au bout de quinze jours^ l'infortuné curé en proie à une fièvre violente, malade à la fois de corps

et d'esprit, éperdu au milieu de cette effirayante solitude, écrivit à l'évèque de Poitiers, une lettre touchante dans laquelle il Êdsait

appel à sa miséricorde et à sa charité*.

c Monseigneur, j'avois bien toosiours creu et mesme enseigné qne TafiBicc tion estoit le vray chemin du ciel» mais je ne Tavois jamais expérimenté^ c que depuis que vostre bonté meûe par la crainte de ma perte et par le désir c de mon salut, m'a jette en un lieu, où quinze jours de misère, m'ont plus

c par Mondit seigneur Dupuy, secrétaire J'ay constitué prisonnier de par le roy c nostre sire, vénérable Messire Urbain Grandier prestre curé de Saint-Pienec du-Marché de Lodun desnommé audict décret y cellui trouvé en ceste dicte c ville de Poictiers, en la maison de la veufve Liuult hostellière demeurant c rue du Marché-Vieil paroisse de Saint-Porchaire et à ycellui faict comc mandement de par le roy de me suyvre, et à deffaut l'ay menné et condnia « sans scandale es prisons espiscopales dudia Poictiers, et ycellui baillé es « mains et garde de Lucas Gouiller, garde et consierge desdictes prisons avec «i defiense de non le laisser vaguer sous les peines que de droict duquel empric sonnement, ay faict escrou sur le pappier de ladite prison, et ensemble, jay tc audict Grandier délaissé coppie tant dudict décret que daultant du' présent c procès-verbal, à telle fin que de raison, et qu'il veut y pourvoir. — Faia c par moy sergent royal général de France, soubzsigné. — Donné à Pcûctiers f en présence de Rozier Toison^ Jehan Benesteau et autres dudia Poictiers c les jours et an que dessus. — Signé : Chastry. »

* Les lettres d'Urbain Grandier sont excessivement rares. Malgré nos recherches, nous n'avons pu en trouver une seule. La bibliothèque de Poitiers

aproché de Dieu que n'avoient cy devant faict quarante ans de prospérité. En quoy je recognois que Dieu qui se sert du bien et du mal pour sa gloire et nostre utilité, voulant acheminer l'œuvre de ma conversion, a heureur sèment acouplé la face d*homme avec celle du lyon, j'entends vostre modération avec la passion de mes ennemis, lesquels me voulant perdre comme un autre Joseph, ont occasionné mon advancement au royaume de Dieu. Aussy le profit que j'ay tiré de leur persécution a changé ma haine en amour, et mon appétit de vangeance, en des désirs de les servir, ce que je ferois mieux que jamais s'il vous plaisoit me les rendre, comme je me voudrois rendre à eux si j'estois hors d'ycy ou j'ay asses demeuré pour la guérison de mon âme, et trop pour la santé de mon corps, lequel ne peut plus seconder ma constance estant foible de luy mesme et affoibly par les incommodités qui sont ycy grandes et en si grand nombre, qu'elles ne m'ont rien laisse entier que l'esprit, lequel s'aiguisant à la durté de mes peynes, me rend d'autant plus malheureux, que mieux il pénètre dans mes malheurs estant du reste en tel estât, que je voudrois bien mourir, si je ne vivois en espérance d'entendre bien tost de vostre part, ceste parole du Sauveur encor assés puissante pour me resusdter (Lazare sors dehors), laquelle me seroit d'autant plus douce, que ma prison m'est plus cruelle qu'à celuy [la son tumbeau, ou il estoit en repos, assisté sans besoing de ses sœurs, et moy je suis ycy ensevely dans mes misères, sans qu'il soit permis à mes amis, non de me voir ny de me soulager, mais de regarder seulement ma prison. En quoy je me trouve aucunement plus abandonné que ce misérable de l'Évangile, qui du milieu des fiâmes étemelles eut bien la liberté de parler au Lazare, et mandier de luy une goutte d'eau pour se rafiraischir, et je n'ay pas eu congé de voir ma propre mère pour luy demander ou plustost luy donner une goutte de consolation, traict de rigueur digne de vostre pitié, et qui eust esté capable de m'achever, si Dieu ne m'eust fortifié, par sa grâce, et persuadé vifvement que tout cecy m'arrive pour m'humilier. Car encor que je sois innocent de ce dont on m'accuse, estant néantmoins d'ailleurs trop criminel devant Dieu, il veult pour mon mieux, se servir de ceste faulse accusation au dessein qu'il a de chastier mes véritables iniquités. Mais s*il est vray que Dieu et vous â son exemple, ne cherchés dans le chastiment du pécheur que l'amendement de sa vie, je vous proteste que j'ay donné bon commencement â l'un, et vous suppiie de mettre fin â l'autre, vous assurant

en possédait deux qui ont été volées. La Bibliothèque nationale si riche en documents sur l'afiaire de Loudun, puisque c'est là que se trouvent tous les procès-verbaux de Laubardemont et des exorcistes, n'a qu'un seul autographe de Grandier : c'est une requête adressée au lieutenant-criminel Hervé. Les lettres que nous publions, sont donc doublement importantes. Aussi n'avonsnous pas hésité â leur consacrer tout un chapitre. CoUection Barbier. Procès Urbain Grandier, n* 3.

c que comme ceux que Dieu prévient de sou amour deviemient bons et 2 justes, a3msy s'il vous plaist m'honorer de vostre dilection, elle aura la vertu « Dieu aydant de me rendre tel que désires et que je dois estre. »

L'évèque de Poitiers ne daigna même pas répondre à cette lettre dans laquelle le fier curé s'humiliait si profondément. Circonvenu par les ennemis de Grandier qui ne cessaient de venir llmportuner à Dissay, et de l'exciter encore contre ce malheureux* M. de la Rochepozay, loin d'adoucir les rigueurs de sa détention le fit surveiller plus étroitement. Une lettre que l'archevêque* de Bordeaux écrivit en sa £iveur vint mettre le comble à l'irritation de l'évèque qui trouvait extraordinaires les hautes protections dont on entourait l'accusé. Les démarches faites par les partisans du curé n'eurent pas plus de succès. D'Armagnac mit tout en œuvre pour sauver son ami ; mais M. de la Rochepozay fut intraitable. Cependant malgré la surveillance dont il était l'objet, Grandier put recevoir par l'intermédiaire des jésuites dont il était l'élève et l'ami, une lettre du gouverneur de Loudun qui lui donnait d'intéressants détails sur son afiaire avec Thibault.

c Monsieur, je suis estonné de ce que vous ne maves point fait scavoir de « vos nouvelles** depuis le tamps que vous estes party de Sain-Iermain. Lon c ma dit que le sieur Thibault envoya après vous tout aussitost que vous « fustes party pour vous faire arester prisonnyer comme il a fait conune vous « arrivyes à Poitiers pour vous aller justiffier. Geste action a esté trouvée très « mauvaize ycy que Thibault qui vous a outragé, il luy a esté permjrs de vous « faire arrester. Jen ay desia escrit cy davant à M. de Poitiers, et luy en esais

* D'Armagnac était allé trouver M. de Sourdis, alors A Paris, et lui avait demandé d*écrire une lettre en Êiveur de Grandier à l'évèque de Poitiers. L'archevêque de Bordeaux qui estimait le curé de Loudun, s'était empressé d'accéder aux désirs de d'Armagnac, et en même temps avait écrit au promoteur de l'officdalité de Poitiers et à l'archiprètre de cette ville.

•• Arrêté dès son arrivée à Poitiers, Grandier n'avait pu écrire à d'Armagnac. L'inquiétude de ce dernier est donc facile à comprendre.

encor par mon cousin de Tricon, et de plus, en cas de deny de iustice et qu'il

ne ce voullust particuUièrement intéresseren l'outrage qui vous a esté randu,

en ne vous donnant ou faisant donner la liberté de pouvoir poursuyvre ce

tort, ienvoye deux lettres que M. larchevesque de Bourdeaux escrit à

M. lofficyal de Poitiers, et à Monsieur larchyprestre qui réside audit

Poitiers, pour qu'en cas qu'on vous fist quelque grief, et que vous en fûssies

appellant, l'on vous face bonne iustice et donne la liberté |de voue iustiffier

et poursuyvre ledit Thibault. M. le procureur général ayant escrit à

M. le procureur du roy de Loudun, de tenir la main à ce que l'informatton

contre ledit Thibault soit promptement fette et à luy envo3rée, ien ay escrit

à de nos am3rs à Loudun ce qu'ils avoient à faire sur cela, mandés leur

encor, et cy vous pouves avoir vostre eslargissemeut, allés y vous mesme

pour faire faire laditte information et vous en retournés à Poitiers pour vous

iustiffier; et du reste lessés men faire. le ne vous abandonneray pas^ ie

vous assisteray iusques au bout. Thibault m'a fait faire des propositions en

vostre affaire comme s'il estoit vostre partie, mais ie ny ay vouUu antandre

à cauze que ce seroit faire tort à vostre ynosance et dailleurs de Messieurs

les esdezeasticques qui sont ycy, ne me l'ont pas conseillé, qui s'intéresse en

vostre affaire, comme ie le mande à M. de Poitiers. Aydes vous donc, au

reste, et Dieu qui est le protecteur des afHigés vous aydera et vous donnera

des amys. Me recommandant bien humblement à vos bonnes grâces^ ie

suis,

c Monsieur,

« Vostre très affectionné serviteur

c Aricaignac.

• à Paris, ce VJ désambre 1629* »

Cette lettre si affectueuse et si bonne apporta au prisonnier quelque consolation ; il vit que, malgré son isolement, il avait laissé de nombreux amis qui s'occupaient de ses affaires, et faisaient tous leurs efforts pour le délivrer. L'infortuné curé se reprit

* Cette lettre porte au dos : t A Monsieur, Monsieur Grandier, curé de c Loudun. » Elle se trouvait dans un paquet adressé à M*»* d'Armagnac qui se chargea de la faire remettre. Elle est en outre scellée de deux cachets en dre rouge avec soies, aux armes de la Compagnie de Jésus I-H-S. Ce qui prouve que les jésuites servirent d'intermédiaires à la femme du gouverneur. Les jésuites habitaient en dedans de l'enceinte du château de Loudun, et par conséquent, dévoient avoir de fréquents rapports avec d'Armagnac, sa famille et ses gens. Il est donc évident que ce cachet n'a été mis à Loudun que dans le but de £nre parvenir plus sûrement la lettre.

Collection Barbiir. Procès Urbain Grandier, no 100 •

à espérer ; les rigueurs du cachot lui semblèrent moins dures, et il supporta plus courageuf ement les angoisses de la solitude. Quelques jours après^ il apprit Tarrivée à Poitiers de M. de la Ropozay venant de son château de Dissay. La lettre de d'Armagnac lui laissait entrevoir que l'évèque pourrait se départir des sentiments hostiles qu'il lui avait toujours témoignés. Le cœur tout rempli d'espérance, il lui écrivit ces quelques mots :

c Monseigneur,

c Vostre amvée en ce lieu m'a donné de la joye, et ma joye, un présage de û ma prochaine délivrance, que j'attends partie de vostre justice, partie de vostre c bonté, vous suppliant que comme celle la par sa rigueur a préservé mon c ame pour le ciel, celle cy par sa douceur conserve mon honneur pour le « monde, auquel je ne veux plus vivre que pour faire admirer vostre prudence « en mon changement duquel je donneray des preuves par mes actions, qui c vous rendront à l'advenir plus coiitent, et moy plus hardy à me dire, vostre*... »

Le retour de Tévéque ne devait en rien changer la situation de Grandier ; cette lettre comme toutes les autres resta sans réponse.

Pendant que ces événements se passaient i Poitiers, d'Armagnac continuait vigoureusement les poursuites contre Thibault. Trincant en sa qualité de procureur du roi s'était vu, malgré lui, obligé d'informer contre son plus fidèle allié et cette information en dépit de tous les ménagements, avait été très dé£;ivorable à ce personnage. De son côté le procureur général près le Parlement de Paris, sur les vives instances du gouverneur de Loudun, prit cette aflfairc à cœur et écrivit à Trincant ainsi qu'au lieutenant criminel de ne rien négliger pour en hâter la solution. Thibault comprenant qu'il ne pourrait jamais se tirer de cette aventure et qu'une condamnation était imminente, fit proposer à Grandier un arrangement, mais le curé payé désormais pour être prudent, vit de suite le piège qu'on lui tendait. De sa prison, il répondit à Thibault qu'un accommodement serait une concession indigne d'un homme

* Collection Barbier. Procès Urbain Grandier, n» 3.

fort de son innocence, que dans cette affaire son honneur était en jeu et que par conséquent il voulait que justice lui fut rendue pleine et entière. Puis, croyant que cette démarche pouvait faire une certaine impression sur son évèque en démontrant toute Tinjustice qull y avait à le laisser prisonnier, tandis que ses adversaires profitaient de sa détention pour obtenir des conditions meilleures, Grandier lui écrivit une nouvelle lettre* dans laquelle il exposait la demande de Thibault et les propositions qu'il daignait lui £iire.

Monseigneur,

c La Passion de mes ennemis devroit estre assouvie des peynes qu'ils m'ont t £sda souÔrir sous vostre autborité, de laquelle je voudrois bien user à mon c tour, pour tirer rayson de celuy qui m'a offensé, lequel comme si votre jusc tice ne me tenoit captif que pour faire espace à sa vanité, et rendre son • crime impuny à bien eu le front de proposer aux amis que j'ay auprès du c Roy qu'il accommoderoit mon affaire auprès de vous, pourveu que la c sienne fiist mise en oubly ; ce qui fut rejette comme injurieux à vostre équité, c et préjudiciable à mon innocence : pour laquelle opprimer il va de son reste, « comme n'espérant son salut que de ma ruine, non plus que moy de répara* t tion que de vostre secours que j'implore à cest eftaict. Quelques prélats de ce « royaume ausquels je ne touche que par des respects fort éloignés s'y sont c bien intéressés, à plus forte rayson vous de qui je relève à titre plus spécial, y t deves prendre patt, et contribuer à ma juste défense. Ce qui sera aysé si c ayant recogneu la malice de mes accusateurs, et la fisiuseté ou impertinence t de leur accusation, vous faites jour à mon innocence en sorte que je la t puisse faire luire aux yeux de sa Majesté et de tous ceux ausqueb mon c ennemy peut avoir donné mauvaise impression de moy. Un trait de vostre t main luy a servi pour se parer, pour me désarmer, triompher de moy et t me rendre captif, vostre mesme main pourra s'il vous plaist, comme la c lance de Pellée guérir la blessure qu'elle a faite, et me restituant mon hout neuravec ma liberté, me fournir des armes pour abattre l'insolence de celuy c qui en ma persoime à offensé vostre dignité, à laquelle je referay tout l'honc neur de la satisfaction que j'en pourrois prétendre me contentant de celuy 1 que j'ay d'estre vostre... »

Pendant ce temps, les témoins contre Grandier arrivaient à Poitiers, mais on n'osa pas les confironter avec le curé; Trincant, Le Mousnier^ le lieutenant criminel, Gervais Meschin et le curé

^ Collection Barbier, procès Urbain Grandier, no 3.

Bouilliau, furent seuls mis en sa présence*. Grandier réfuta avec une grande énergie les accusations dont il était Tobjet; il démontra que cette affiiire n'était qu'une misérable intrigue ourdie contre lui pour le chasser d'un pays où son influence gênait par trop ses adversaires. Du reste on ne put rien prouver. On l'accusait « d'avoir débauché des femmes et des filles », mais aucune ne vint se plaindre. Le procureur du roi, malgré toute sa haine, avait reculé devant la honte d'invoquer le témoignage de sa fille^ cause première de tout ce scandale.

Sur ces entrefaites, l'évèque de Poitiers se décida enfin à répondre en promettant que le jugement serait prononcé avant la fin de l'année. Cette bonne parole tranquilisa Grandier, car on était alors à la moitié de décembre. Mais le 29 de ce même mois, cette promesse ne s'étant point encore réalisée, le pauvre curé s'adressa de nouveau au prélat pour lui rappeler ses engagements.

Monseigneur»

t Je sais fort estonné de me voir privé de l'efiet de vostre promesse, sans € en pouvoir deviner autrç cause que mon extrême malheur, et la venue des € derniers tesmoins, ausquels si je n'ay rendu telle submission qulls eussent c désiré, c'est pour ce que elle eust été incompatible avec les reproches qu^ c m'estoit permis en justice de leur objecter pour ma défense; et aussy qu'en « Testât où je suis, elle eust semblé plus feinte que véritable, et partir plus . c tost d'une lasche pusillanimité que d'une vertueuse huoûlité. Je me r^ouysf sois de leur venue 'au point que vous m'avies faict espérer le jugement dp c procès, m'estant résolu de leur offirir en vostre présence un cœur tout nonc veau et tout de dre pour recevoir sans répugnance telles affections qulb c eussent désiré , mais à présent la rigueur de ma prison, et de la saison c ne me disposent qu'au désespoir, qui £ûa ses aproches par l'appréhension f que j'ay, que quelque nouveau malheur à moy incognu aye attiré sur moy t vostre indignation, et retiré de moy vostre soing paternel pour m'abandooc ner aux misères qui vont peu à peu finissant ma vie, sans finir toutefois le « désir que j'ai d'estre vostre... »

* Les autres témoins, gens de la pire espèce, payés par Trîncant furent entendus en l'absence de l'accusé. On se contenta de lire à Grandier les dépositions de ces misérables.

Tous ces retards apportés au jugement, ne présageaient point une is9ue £ivorable pour Grandier. A Loudun ses adversaires déclaraient qu'il ne se tirerait jamais de là et d'avance se partageaient ses dépouilles, car il avait de nombreux bénéfices et une fortune personnelle qui lui permettaient de tenir le premier rang parmi les ecclésiastiques du Loudunais. Le ruiner et l'obliger à quitter le pays tel était le but que ses ennemis poursuivaient avec une ardeur vraiment incroyable. Le vieux Barot, président aux Élus de la ville, dans son impatience n'attendit même pas que le procès fut terminé et fit prendre un dévolu sur les bénéfices de Grandier au profit d'Ismaël Boulliau, vicaire de Saint-Pierre. Il est juste de dire que BouUiau, qui devint plus tard une des gloires de Loudun, ne voulut être mêlé en aucune Ëiçon à toutes ces misérables intrigues. D'après le témoignage de Ménage, qui a pu apprécier ses belles et nobles qualités, le vicaire de Saint-Pierre conserva toujours une grande estime et de la reconnaissance pour son curé.

Les informations ne furent définitivement closes qu'à la fin de décembre; mais avant de prononcer le jugement, Tévèque de Poiders, malgré les vives récriminations de Grandier et contre tous les droits canoniques, commit l'iniquité d'admettre au nombre des juges l'avocat Richard, parent de Trincant. De pareils procédés ne pouvaient rendre douteuse l'issue au procès; toutefois, le matin même du jour où la sentence devait être rendue^ Grandier crut devoir tenter une dernière démarche auprès du prélat en lui écrivant la lettre suivante :

« 3 janvier 1630.

« Monseigneur,

« Je ne présume point tant de la justice de ma cause, qu'en l'appréhension de c vos jugements je n'aye recours à vostre miséricorde pour la suplier d'opiner ■ la première en l'examen qui se faict auiourd'huv de ma doctrine et mœurs.

»° . URBAIN GRAHDIER

■ Sur quoy vous me permettres de vous dire qu'au fond de mon une j'^ les « sentiments de la foy aussi purs et inaoceni que quand je sorty du baptesnie ;

■ et si )'ay proféré quelque parole trop libre, vostte correctioii me tiendra « lieu de ceste pierre de feu qui puriâera mes lesvres i l'advenir pour ne parier

■ jamais (nui easii tt eauti) . Et quant aux mœun, je n'ay p<»Dt d'excuse i ( donner, mais mille pardons à demander, avec promesse efScace d'amende-

■ ment : en l'espérance duquel je vous supplie diSérer la rigueur de vostre « justice, i quand j'auroy abusé de mon chastiment, et de vostre grict, auquel f cas j'y renonceray d'aussy bon coeur, comme je l'implore i ce coup d'im- ( portance pour l'homiear. nécessaire 1 an bomme qui faict profesâon de

■ servir IKeu et destre vostre... >

Ce nouvel appela la justice deM.deURochepozay devait Être inutile. £a effet, le 3 janvier 1630, GrandieriutcoDdamni.par pénitence, à jeûner au pain et k l'eau tous les vendiedïs pendant trois mois et interdit a dtvims dans le diocèse de Poitiers pendant cinq ans et dans la ville deLoudun pour toujours.La dernière clause de ce jugement atteignait le curé dans ce qu'il avait de plus cher et le ruinait complètement. Cependant, ît ne se laissa pas abattre par cette sentence, car son procès terminé, il recouvrait aussitôt la liberté, et, une fois libre, il devenait un redoutable adversùre. La lutte allùt donc recommencer plus vive et plus ardente que januis.

Lejourmèmedesamiseenlibené,GrandierretouniaitàLoudiuii plein de confiance parce qu'il se rappelait ces paroles d'Armagnac: a Je ne vous abandonneray pas, je vous asùsteray jusques au bout... a

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