‹ Urbain Grandier et les possédées de LoudunChapitre 9 sur 39 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'Archevêque de Bordeaux, Escoubleau de Sourdis. — Absolution défîniiive doDDée à Grendier. — Son entrée triomphale i Loudun. — Lettre de ses enneroù à l'évéque dePoitiers. — Il reprend l'affaire Tfaîbaultet le fait condamner. — Peste de Loudun. — Dévouement de Grandier. — l'accusent d'être l'auteur du fléau.

E premier succès obtenu, Grandter pour* suivit vigoureusement sa réliabilitadon. Ses ennemis, du reste, semblaient découragés et leur attitude devant le prési<UaI de Poitiers, avait été telle que le résultat de Tappel de- — ' vant l'archevêque de Bordeaux, ne faisait aucun doute pour personne. A Loudun, tout le monde connaissait les relations du curé de Saint-Pierre avec l'arcbevêque et, de plus, on savait que d'Armagnac, très lié avec M. de Sourdis, avait chaudement recommandé son ami.

C'était un singulier prélat que cet Henri d'Escoubleau de Sourdis ! Appelé bien jeune encore a l'évèché de Maillezais *, il

* Mailleiais est une bourgade de France en Bai-Pcntou, située dam une Ue formée par la Sbvit et l'Autite, entre des mar^. Ce bourg était devenu désen, car les marais dont il était environné en avaient

avait dû sa rapide fortune aux intrigues de sa mère*, maltresse du chancelier de Cheverny. D'ailleurs, homme du monde, rempli d'esprit, de défiiuts et de qualités, le jeune évoque s'était acquis près de ses belles diocésaines, une réputation de galanterie justement méritée. A Maillezais où il resta cinq ans **, il sut se créer une existence mondaine dont la chronique scandaleuse est parvenue jusqu'à nous. L'impertinent Tallemant des Réaux***, avec sa verve habituelle, raconte les anecdotes les plus scabreuses sur laÊunille de Sourdis, et nous y renvoyons le lecteur.

En 1628, l'archevêché de Bordeaux étant devenu vacant par la mort du cardinal de Sourdis, Tévêque de Maillezais, son frère, fut appelé à lui succéder. Le nouvel archevêque était à cet époque plus préoccupé des affaires militaires que de celles de son diocèse ; le cardinal de Richelieu l'avait, en effet, chargé de réorganiser la marine française, ce dont (chose incroyable) il s'acquitta à merveille.

Qpand les affaires lui laissaient quelques loisirs, M. de Sourdis s'empressait de venir à sa belle abbaye de Saint-Jouin-de- Mames**** goûter un repos qu'il avait si dignement conquis.

Pendant l'année 163 1, l'archevêque de Bordeaux passa plu*

rendu Tair malsain et depuis longtemps les évêques n*y faisaient plus' leur résidence. Louis XIII consentit à ce qu'on poursuivit en cour de Rome la régularisation do chapitre de Maillezais et la translation du siège épiscopal à Fontenayle-G)mte. En conséquence les bulles furent expédiées au mois de janvier 163 1. Divers obstacles traversèrent le nouvel établissement. Louis XIV changea la destination du siège qu'on devait placer à Fontenay-le-Comtc et qui fut transféré i la Rochelle. La bulle d'Innocent X concernant cette translation est datée du 4 mai 1648.

DuTems. {Le Clergé de France, II, p. 520).

* Madame de Sourdis était la tante de Gabrielle d'Estrées.

•* De 1623 à 1628.

Historiettes. (Édition Montmerqué, I, 189, 196; II, 341).

Deux-Sèvres,

sieurs mois à Saint- Jouin. Grandier s'y rendit avec une lettre de recommandation de d'Armagnac et y reçut le plus sympathique accueil. Ses belles manières^ sa conversation pleine de charmes firent impression sur l'archevêque qui promit de prendre sa requête en sérieuse considération. Malheureusement M. de Sourdis fut rappelé à Saint-Germain où se trouvait la cour et l'affaire du curé de Loudun resta quelque temps en suspens. Mais d'Armagnac veillait. Il alla trouver l'archevêque et lui rappela sa promesse. M. de Sourdis donna inmiédiatement l'ordre à son ofEcial de recommencer l'enquête. Quelques jours après, le gouverneur de Loudun écrivait au curé pour lui annoncer les bonnes dispositions du prélat : * « Monsieur de Bourdeaux qui est icy est fort « porté pour vous jusques à vouloir faire prandre M. le pro- « cureur général ** à partye à cause de l'arest qui fust donné « contre vous et avons for parlé ensamble ledit sieur de Bour- « deaux et moy, de vous et ay remarqué qu'il vous affectionne « bien fart. »

L'affaire fut donc reprise et de nouveaux témoins appelés déclarèrent unanimement que l'instruction £dte par Trincant et par Gilles Robert, archiprêtre de Saint-MarçoUe, avait été notoirement scandaleuse. Le jugement du présidial de Poitiers ne laissait aucun doute à cet égard; mais en juge équitable, M. de Sourdis ne voulut rendre sa sentence qu'après une enquête qui dura plus de trois mois. Ce ne fut que le 22 novembre de l'année 163 1 qu'une absolution pleine et entière fut accordée au curé de Saint-Pierre. Pour donner une idée

* Lettre de d'Armagnac d Grandier, 7 mars 163 1.

*^ On se souvient que devant le Parlement le procureur général, malgré les promesses faites i d'Armagnac, s'éuit montré sévère pour Grandier, dans la suite il devint un des détenseurs du curé et contribua à le faire acquitter devant le présidial de Poitiers.

du soin avec lequel cette enquête fut conduite, nous la publions m extenso*.

c Henri d'Escoubleau de Sourdis par la grâce de Dieu, archevesque de Bourdeaux, primat d'Aquitaine i tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Scavoir faisons que procès s'estantmêu entre Urbain Grandier, prestie-curé etc., appellant de la sentence rendue par M. le Révérendissime évesque de Poictiers le 3 de janvier 1630 et de tout ce qui s'en est ensuivi d'une part, et Jaques Cherbonneau, partie civile, le promoteur de l'ofEdallté joint, intimé d*aultre part, sans que les quallités puissent préjudider ; veû par nostre sentence du 20 d'aoust dernier avec les pièces y mentionnées, les auditions rendues par Gilles Robert, archiprestre, Gervais Meschin et Boulieaa prestres, nostre sentence rendue sur la requeste i nous présentée par le dia Grandier le 10 d'octobre dernier au pié de laquelle est nostre ordonnance. Aultre requeste que le dict Grandier nous auroit présentée le 3 du présent mois; requeste à nous présentée par Jaques Caillé, portier du sieur de la Motte de Chandenier le 4 du dict mois, nostre ordonnance estant au pié d'icelle nostre procès-verbal du 7 du dict mois, contenant les interrogatoires par nous faites au dict Caillé et responses par luy rendues; nostre jugement dudict jour 4 de ce mois ; le monitoire par nous délivré à nostre promoteur avec le certificat de la publication qui en a esté faicte en la ville de Loudun ; aultre requeste a nous présentée par le dict Grandier, le 17 du dict mois et nostre ordonnance sur icelle avec les conclusions de nostre promotheur auquel le tout a esté communiqué. Le tout veû et considéré sur ce pris l'advis du Conseil, après l'invocation du Sainct-Esprit. Nous par nostre sentence et jugement définitif, avons mis et mettons la ditte sentence dont est apel au néant et à faute d*avoir fâict d'aultre preuve par nostre promoteur, envoie et envolons le dict apelant absous des cas et crimes i luy imposés et levé définitivement l'interdiction à divinis mentionnée en la dicte sentance, luy enjoignant de bien et modestement se comporter en sa charge suyvant les saincts décrets et constitutions canoniques, sauf à se poturvoir pour ses réparations, dommages et intérêts et restitution des fruicts de ses bénéfices- ainsy comme il verra bon estre. c Faia par nous, en nostre maison abbatiale de Saint-Jouin-les -Marnes, le 22 novembre 163 1 .

« Henri de Sourdis, archevesque de Bourdeaux, et prononcé par nous greffier soubzsigné audict Grandier, estant en la ditte abbaîe les jours et an que dessus. 9

Grandier, prévenu la veille, était arrivé de grand matin à l'abbaye

* L'original de cette sentence d'absolution était autrefois d la bibliothèque de Poitiers, mais elle a disparu avec d'autres pièces du procès Grandier.

de Saint-Jouïn pour entendre le jugement qui le rétablissait dans ses honneurs et digmtés. H eut ensuite un long entretien avec Tarchevèque qui ne lui dissimula pas la gravité de sa situation à Loudun. M. de Sourdis avait pu considérer les galanteries du curé comme des peccadilles sans importance ; mais en homme sage et éclairé, il pensa que la sentence qu'il venait de prononcer allait créer à Grandier des embarras sans nombre s'il persistait à demeurer à Loudun au milieu d'ennemis toujours, à l'affût de ses moindres actions; d'un autre côté, il n'ignorait pas quel'évèque de Poitiers, déjà mal disposé pour le curé, serait très froissé de cet acquittement et chercherait peut être, par de nouvelles tracasseries^ à lui faire expier Tindulgence de son métropolitain. H l'engagea donc vivement à quitter un pays où désormais il ne pouvait plus espérer vivre en paix. Ces sages conseils de M. de Sourdis ne pouvaient être écoutés : le curé, en effet, savait que s'éloigner de Loudun c'était aller au devant des désirs de ses adversaires et il jugeait sa présence trop nécessaire encore pour abandonner un instant le poste que lui avait confié d'Ârmagnac ; car, il £iut le dire, le véritable maître à Loudun c'était Grandier. Presque toujours absent, d'Armagnac ne pouvait s'occuper des affaires de son gouvernement et avait dû en laisser la direction à son ami, dont le caractère souple et énergique convenait merveilleusement à remplir cet emploi. Or, dans le courant de cette année 163 1, un événement grave allait se produire dans la ville. Le roi s'était déterminé, sur les vives instances du cardinal de Riche* lieu, à faire démanteler la vieille forteresse et il fallait à tout prix retarder l'exécution d'un projet qui était la ruine des habitants. Le curé, dans cette circonstance, eut la mauvaise fortune de jouer un rôle considérable qui, bien que passé sous silence par tous les historiens, devait avoir pour lui les conséquences les plus funestes.

n était encore retenu à Loudun par l'affection que lui inspirait Madeleine de Brou ; cet amour n'avait fait qu'augmenter à mesure que les dangers s'amoncelaient autour de lui. Le curé ne pouvait oublier l'admirable dévouement de cette jeune fille qui lui avait sacrifié son honneur et qui, pendant les jours où le prêtre interdit s'était vu fermer la porte même de son église, n'avait pas craint de l'accueillir chez elle. Â cause de lui, Madeleine avait subi toutes les humiliations et avait été en butte aux plus infâmes calomnies. Maintenant qu'il pouvait rentrer à Loudun le firont haut, Grandier trouvait juste qu'elle partageât avec lui les honneurs du triomphe et vit la honte de ses ennemis.

Dans Taprès midi du 22 novembre 163 1, il fit son entrée à cheval dans la ville tenant en main une branche de laurier comme marque de son succès. Ses amis prévenus lui firent une ovation et le peuple accourut en foule sur son passage applaudir à la sentence qui lui rendait un pasteur bien-aimé. Ce jour là^ Grandier attira tous les regards; mais ses ennemis confus d'un pareil triomphe n'en furent que plus irrités et s'apprêtèrent à lui faire payer chèrement sa victoirç.

n reprit donc possession de ses bénéfices, et désormais libre de poursuivre à son gré Thibault qui l'avait si brutalement bâtonné sur la place de Sainte-Croix, il écrivit à d'Ârmagnac de hâter les poursuites à Paris.

Pendant ce temps ses adversaires ourdissaient à Loudun de nouvelles machinations et, suivant les prévisions de M. de Sourdis, lui créaient des embarras sans nombre. Le lieutenant criminel, un des plus acharnés contre lui, était parvenu à surprendre la bonne foi de Louis Chauvet le lieutenant civil et de son frère Charles assesseur, en insinuant que leurs femmes étaient les mattrcsses du curé. Les deux Chauvet parents de Madeleine de Brou dont la liaison avec Grandier était de notoriété publique à Loudun eurent

la faiblesse de croire à cette nouvelle calomnie''^ et pour protester signèrent avec quelques notables habitants une demande de dis* pense de recevoir les sacrements dans l'église Saint-Pierre leur paroisse. Cette supplique adressée à Tévèque de Poitiers était conçue en ces termes** :

« A Monseigneur le Révérendissîme, évesque de Poictiers.

c Supplient et vous remonstrent humblement les manans et habitans de

« la paroisse de Saînct-Pierre-du-Marché de Loudun, soubzsignés qu*i cause

c des scandales qu*a donnés et apportés par sa vie trop libertine M« Urbain

« Grandier curé de la dicte paroisse et pour lesquels il y a eu information et

procès intenté par devant vous sur lequel avës donné vostre sentence contre

le dict Grandier, par laquelle il a esté interdict a divinis et pour ce que depuis

le dict Grandier a obtenu sentence de Monseigneur de Bourdeaux, dont copie

est cy-attachée par laquelle interdiction levée il lui est permis de desservir

sa cure auquel exercisse il s*est déjà immissé et faict cognoistre qu'il n*a rien

dû changer de sa vie passée.

c A ces causes, Monseigneur, les suppliants vous requièrent qu'il vous plaise de vostre grâce et authorité, les dispenser de plus ouyr la messe en laditte paroisse tant si longtemps que ledict Grandier en fera la charge de curé de leur permettre et i leur famille saines ou malades de prendre les sacrements es aultre églize et paroisse par aultres mains que celles dudict Grandier, soit que les aultres prestres soient religieux ou non et vous ferez justice.

« Hervé lieutenant criminel, Charles Chauvet assesseur, Louis Chauvet lieutenant civil, Moussault procureur du roy, Mignon^** président, Césnel conseiller, Moussault grefHer à Loudun, P. Robin, Proust avocat, Mannoury chirurgien, Delà garde procureur du roy au grenier et magasin à sel de Lodun, De la Ville advocat, Boulliau commis au greffe du baillage du siège royal de Lodun, Beliard, Normand huissier, Chesneau, Mesmin* Briande ».

Obligation de la messe de paroisse^ tel est le titre d'un sermon prêché à Poitiers, dans l'église de Saint-Porchère vers cette époque. Ce discours eut tant de succès, qu'i panir de ce moment on obligeait les fidèles i assister à la messe de paroisse.

* Dans la suite, ils revinrent de leur appréciation et se montrèrent les courageux défenseurs de Grandier.

^* L'original de cette pièce est à la Bibliothèque nationale, manuscrit Fonds français, 7618.

(Frère du chanoine Jean Mignon.)

URBAIN GRANDIER loi

M. de la Rochepozay s'empressa d'accorder la dispense qu'on lui demandait. C'était sa manière de protester contre la décision de l'archevêque de Bordeaux.

Cependant à la suite de tous ces événements, Louis Trincant s'était vu obligé de céder sa charge de procureur du roi. La façon honteuse dont il avait dirigé l'enquête et la preuve évidente des £iux témoignages dont il s'était rendu coupable avaient nécessité cette détermination attendue avec impatience, du reste, par la population Loudunaise. Ce fut Louis Moussant qui lui succéda, à condition toutefois qull épouserait Philippe, dont les relations avec Grandier avaient été si scandaleuses. La charge de procureur du roi achetée à ce prix ne parut point encore trop chère à Moussant. H accepta avec empressement l'offire qu'on lui Êdsait ; mais le curé de Saint-Pierre eut à compter avec un ennemi de plus, car le nouveau procureur du roi, pour faire oublier la honte du marché qu'il venait de passer avec son beau*père, devint en même temps un des plus violents persécuteurs de Grandier.

L'occasion d'humilier le curé ne tarda pas à se présenter. Au mois de juillet de Tannée 1632, Philippe Trincant mit au monde un fils et Ton décida que le baptême aurait lieu le 16 du même mois. Grandier eut la malheureuse idée de vouloir baptiser cet en£uit apporté dans l'église par ses pires ennemis. Il se présenta pour recevoir les déclarations d'usage et inscrire sur les registres de la paroisse les noms du père et de la mère; mais quand il voulut « passer outre au baptistère ledit Mousc saut luy dit qu'il désiroit que ce fut autre que luy qui fit « ledit baptistère, veu qu'il avoit dispense de Mf^ de Poitiers « pour luy et pour sa £miille de se faire administrer les sacre- « ments ailleurs qu'en sa paroisse; à quoy estoient présents « M. Mathurin Rousseau prestre chanoine de Sainte-Croix dudit

« Loudun, le prieur de Saint- Michel-de-Thouars, Louys Trin- « cant prestre*. »

Devant le refus formel du curé de céder la place à un autre le cortège se dirigea vers Téglise paroissiale de Saint-Pierre^u-Martrai, où le baptême fut célébré.

Grandier rentra chez lui plus irrité que jamais et prit le parti de pousser à bout ses adversaires. H les appela donc devant la cour pour « ses réparadons, dommages et intérêts et pour la restitution du fruict de ses bénéfices » suivant le droit qu'il en avait par la sentence de l'archevêque. Le procès leur coûta cher, car à Paris le curé eut gain de cause. Cependant il n'oubliait pas l'affaire Thibault ; il avait appris par d'Armagnac que son adversaire était très inquiet sur l'issue du procès et qu'il était tout disposé à un accommodement. Mais les injures sans cesse renais* santés de ses ennemis et surtout leur lettre à l'évêque de Poitiers avaient aigri le curé. H voulut se montrer aussi violent qu'eux et résolut de ne point Ëiire grâce à Thibault. Les amis de Grandier ne partageaient point cette manière de voir, et d'Armagnac, entr'autres, était du parti de la conciliation, car il savait par expérience jusqu'où pouvait aller la mauvaise foi de ces gens là; aussi lui écrivit-il afin de le détourner de poursuivre Thibault : « Et considérés bien cy en le poursujrvant vous pourés parvenir <c à vos fins de le faire châtier corporellement ce que je n'estyme « pas ains à quelques amandes et des despans. Ce que je vous a en dis n'est pas pour m'excuzer et que je ne veuille porter « vostre affaire jusques au bout mais voyés ce qui en peult réussir « et qui pourra vous faire satisffaire par doux moyens. Je croy « que ce sera bien le meilleur sans aygrir davantage les affidres « puisque vous avez eu ce que vous demandiés malgré tous nos

* Archives communales de Loudun (Sàrie G. G.).

« ennemys et que vous aves surmonté leur pouvoir. Pansés-y c bien et m'escrives auparavant que je face d'avantage car je t fcray tout ce que vous voudrés*. »

Grandier était trop excité pour écouter ces sages avis; il répondit à d'Armagnac de poursuivre et de bien se garder d'accepter aucun arrangement avec Thibault. René Grandier partit pour Paris, porteur d'une seconde lettre qui ne laissait aucun doute sur les intentions de son frère. De son 'côté, Thibault fit de pressantes démarches auprès de ses amis qui se trouvaient à la cour, et par Lucas, secrétaire du roi, obtint audience de M. des Noyers, substitut du procureur^ auquel il était instamment recommandé.

Ce que d'Armagnac avait prévu se réalisa à la lettre. Grandier n'obtint point la satisfaction qu'il demandait. Son adversaire, grâce aux nombreuses protections dont il avait su s'entourer, fut seulement condamné à « douze livres parisis envers les pauvres, et ena vers Grandier à vingt-quatre livres parisis tant pour tous despans « que dommages et intérest** ». En apprenant un pareil résultat le gouverneur de Loudun ne put s'empêcher d'écrire au curé : « Je ne say pas pourquoy vous avez vouUu qu'on poursuyvit le « jugement de ce procès, car je croy que nous eussions fait plus « par un accord; mais il n'y a plus de remède. Cela est jugé; j'ay veû vos juges devant et après l'arest donné qui dizent qu'ils « n'ont point remarqué en toute la procédure de M. Thibault qui c (iist mellé dans les aultres chicanneries qu^on vous a fettes et « n'en ont point eu de connoissance dans ce procès-cy. C'est « pourquoy ils ne l'ont pas condampné rudement, tant y a qu'en • un mot il y a eu de la faveur conune pourés juger, d

Grandier n'était pourtant pas au bout des procès . Thibault furieux

* Lettre du 20 décembre 163 1. (Collection Barbier.)'

** Il fut en outre mandé et blâmé tùte nue devant la chambre de la Tournelle.

du jugement obtenu contre lui avait engagé son ami, le marquis de la Motte-Chandenier^ à faire poursuivre le curé de Loudun et à l'attaquer comme diôamateur. Le noble marquis, trop prudentpour entrer directement en lutte avec Grandier, lui avait suscité un a homme de paille* » et s'était porté caution pour lui de la somme de dix mille écus. Cette affaire fut appelée également devant la chambre de la Toumelle. D'Ârmagnac chargé de représenter son ami s'acquitta de cette mission avec un dévouement admirable. « Reste à ceste heure^ écrivaic-il, un aultre procès con« « tre cette partie de néant que vous a opozé M. de Chandenier « contre lequel nous sonimes après de faire juger des fins de non « recepvoir. Vostre procureur et moy avec l'advis d'aultres sa^es « personnes tiennent les dittes fins de non recepvoir indubitables « ainsi que M. le procureur général a qui j'en ay for parlé. Mais « M. de Chandenier y pousse tant quHl peult, mais j'espère que a ce sera peine perdue pour luy **. »

En effet, Grandier triompha aisément de pareils adversaires. Le marquis de la Motte*Chandenier eut toute la honte de ce procès et sa haine contre le curé ne fit qu'augmenter.

Dans le courant de l'année 1632*** une épouvantable épidémie sévit sur la ville de Loudun. Le nombre des morts fut si grand qu'on ne trouvait personne pour les enterrer. Dans ces terribles circonstances^ le curé de Saint-Pierre montra un courage à toute épreuve en allant^ sans crainte du fléau, porter aux mourants les secours de la religion. Sa bourse fut ouverte à tous et souvent par ses bonnes paroles il contribua à ramener l'espérance dans le

* Cet homme s'appelait Jacques Caillé et était portier de M. de Chandenier.

^ Corre^xmdance de d*Armagnac. (Collection Bakbier.)

^* La peste commença ses ravages au mois d'avril et ne se termina qu'i la fin de septembre.

URBAIN GRANDIER lo}

cœur de ces malheureux. Taat de dévouemeot ne put £ûre lûre rinimidé de ses adversidres. Dès cette époque, ils répandirent le bruit qu'il était l'auteur du mal qui ravageait ta ville. Un événe' ment qui se passa au mois d'octobre au couvent des Ursulines allait malencontreusement donner quelque consistance à cette atroce calomnie.

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