I.OUS ESCLOrS
Oui, ce cantique allègre et mordant que tout fils du Languedoc et de la Gascogne balbutie en ses langes de bambin, et dont aucun palimpseste ni nul archéologue n'a su me révéler l'origine, perdue dans la nuit des temps, ce chant-là, mes oreilles le perçurent comme, environné de mes bêtes, aussi fâchées que moi d'avoir été chassées de leur niche de verdure, je déjeunais au cinquième étage, sous le toit de l'archaïque maison où, depuis la veille, j'étais domicilié. « Quoi, m'écriai-je, éberlué d'ouïr cette sorte d'hymne patriotique, encore plus populaire dans le Sud-Ouest que la Marseillaise ailleurs, à Paris cela? Non, non, je m'abuse, je me leurre!... » Une minute après, il ne fut plus permis d'en douter tant soit peu. car, sous mes fenêtres grandes ouvertes, un millier de bouches méridionales scandaient, en l'accentuant formidablement, chaque vers de ces antiques strophes romanes, au balancement rhythmique desquelles, enfanteau, j'avais été bercé :
Cinq sos de bato.
Cinq sous de bride,.
URBAINS t r RURAUX
Cinq sos de fer y o Cinq sous de clous
Pes esclots Pour les sabots.
Et puis l'éternel refrain allègre et morose en son uniformité :
Cinq sof cottslerotin Cinq sous coûtèrent Lous esclots Les sabots Quand érotm Lorsqu'ils étaient Nous! Neufs!
Indiciblement ému, toui vibrant, je me précipitai vers la croisée et plongeai mes regards avides dans la rue... Ah! les miens! Ils étaient au moins six ou sept cents, ces gars des pierrailles du Rouergue et de l'Albigeois, et marchaient tous ensemble, quinze ou vingt par rang, autour d'un drapeau formé d'un bâton épineux pour rampe, d'un mouchoir blanc, d'un pan de blouse bleue et d'une ceinture rouge pour étendard. En sabots la plupart, tous vêtus de toile écrue et coiffés de bourguignotes omnicolores, ils gesticulaient, ils vociféraient en