DO. M PEYRE
vocalisaient tout rayonnants et bien campesur leurs ergots au bord des fermes dont les habitants accourus sur notre passage s'entredisaient : « I nosîri gjlli d'halia salutano cosi loro fratelli di Francia, che sono anche galli, » l'étranger abaissa ses armes, aucun fusil, aucun canon ne partit et nous traversâmes sans encombre celte masse d'Allemands qui nous ayant décimés, au lieu de nous achever sur place, honorèrent le drapeau tricolore. Ils avaient senti, ces sujets des empereurs et des rois, que nous étions les fils libres d'une nation jalouse de briser les chaînes des peuples esclaves, et leurs cœurs battaient à l'unisson des nôtres en cette sainte minute-là. Dès lors ils nous résistèrent très mal. Alvinzi, Quasdanowich, Davidowich, Provera, tous plièrent sous nos coups, a Caldiero, sur l'Alphon, au pont d'Arcole, à la Favorite, et partout ailleurs; et la victoire, ses ailes epluyées et sa trompette à la bouche, volait sur nos fronts. En quelques jours moins de cinquante mille Français, amants de la liberté, triomphèrent de plus de deux cents mille Autrichiens, valets de despotes. Seule, Mantoue,
l'altière Mantoue tenait encore, oui ; mais après Rivoli, notre général, Serrurier le bien nommé, nous en apporta les clefs, en ouvrit les portes et nous y entrâmes tous pêle-mêle avec lui ! ...
Dom Peyrè s'interrompit extatique comme un visionnaire et frémissant tel qu'un inspiré. Contemplait-il le passé? Pénétrait-il l'avenir? En lui, je ne reconnaissais plus ce vieil et débonnaire enfant du Quercy, naguère tournant en laisse autour d'un tronc d'arbre. Au moment où non moins émus l'un que l'autre, mon père et moi, nous le quittâmes, ses bras gercés et couturés dessinèrent en l'air le « geste auguste des semeurs, » et telles furent ses dernières paroles, sensées assurément et peut-être prophétiques :
— Ainsi nous déracinâmes des Royaumes et plantâmes des Républiques ! Si ceux qui viennent ont la foi de ceux qui s'en sont allés ou s'en vont, ils en feront tout autant, eux aussi. Berceau des affranchisseurs, elle doit être la fosse des tyrans, la France; et c'est écrit, tôt ou tard, elle le sera ! Mère de poussins qui
DO. M PEVRE
travailleront toujours pour leur indépendance et sa majesté, cette grande poule n'a pas cessé de pondre, et nous n'avons pas fini de dresser la crête ni de claironner, nous autres, ses coqs!... Et voilà !
fr
...Lous Esclots...
Mademoiselle Èlisa Oliu
la meilleure de mes compatriotes
et
ma sincère amie
Ces lignes écrites auprès d'elle, en Belgique; cette page oit circule peut-être une bouffée d'air de notre beau ciel du Midi.