DEUXIEME CATEGORIE
RÉTRÉCISSEMENTS QUI LAISSENT PASSER L'URINE ET N'ADMETTENT NI SONDES NI BOUGIES.
Dans divers passages de ce livre, et notamment aux pages 130, 200 et 239, j'ai cherché à expliquer comment il se fait qu'un défilé tortueux puisse laisser filtrer un liquide et ne permette pas le passage d'une sonde ou même d'une bougie très-fine. Les moyens que l'art peut opposer à cette forme d'obstacle sont : 1° la fixation d'une bougie contre la résistance ; 2° l'introduction quotidienne d'une sonde que l'on tient appuyée pendant un temps plus ou moins long contre l'obstacle ; 3° le cathétérisme forcé ; 4° l'incision extérieure du rétrécissement; 5° la cautérisation directe.
Comme il n'y a point ici rétention d'urine, et pas d'urgence par conséquent, les méthodes aventureuses de l'incision et du cathétérisme forcé doivent être laissées de côté, ou du moins réservées pour quelques cas exceptionnels.
Pression continue de la bougie contre l'obstacle.
La plupart des chirurgiens ont eu l'occasion de voir sous le contact permanent d'une bougie des rétrécissements se ramollir et lui livrer passage, après un, deux ou trois jours. Si la bougie pouvait être maintenue d'une manière fixe et régulière , il est à croire que ce procédé serait plus efficace encore , mais c'est là le difficile ; lorsque la pointe de la bougie engagée dans l'angustie s'y trouve pincée, elle intercepte souvent le passage de l'urine qui la chasse. Lorsqu'elle ne fait qu'appuyer sur l'obstacle, on comprend qu'elle s'en éloigne et se déplace, parla contractilité expultrice des parois de l'urètre et par son élasticité, dès que la main du chirurgien ou celle
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du malade cesse de presser sur elle ; pour remplacer cette action, qui ne peut être durable ni même égale, j'ai imaginé de faire usage dvun léger ressort en spirale, ou d'adapter à l'extrémité de la bougie une petite boule de plomb pesant seulement quelques grammes. Voici comment je procède : une sonde légèrement courbe, ouverte à ses deux bouts, est introduite jusqu'à l'obstacle et fixée par des cordons, soit à des sous-cuisses, soit à un suspensoir. Dans sa cavité j'insinue la bougie ordinairement conique: lorsqu'elle a pénétré jusqu'à l'obstacle , une portion dépasse la partie externe du tube ; cette portion, assez résistante pour supporter un léger poids, est passée dans une petite boule de plomb que l'on fixe à 1 ou 2 centimètres au-dessus du tube, soit avec une vis qui la traverse, ou tout simplement avec un fil ou un cordon noué sur la bougie, pour former un bourrelet qui empêche la boule de glisser; lorsque, par le fait de l'engagement de la bougie dans le rétrécissement, la boule est descendue et appuie sur le tube, on la remonte d'un ou deux centimètres, pour que son action recommence : la bougie étant soutenue de tous côtés et dirigée par le tube ne peut ni se reployer ni dévier ; un cerceau empêche les couvertures du lit de venir poser sur l'appareil. Il me semble que ce moyen de pression est aussi simple que rationnel ; pourtant, il a été l'objet de critiques exagérées de la part de M. Civiale : « Il serait dangereux, est-il dit page 217, de suivre les préceptes tracés par quelques chirurgiens qui veulent qu'on exerce une pression soutenue en appliquant fortement (ce mot est ajouté par M. Civiale pour le besoin de sa cause) une bougie dure (autre addition) contre l'obstacle pendant des jours entiers; qui ont même proposé des appareils dans lesquels, tantôt des ressorts, tantôt des poids sont destinés à pousser la bougie d'une manière continue. L'auteur de cette dernière modification du procédé dit avoir réussi, par
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son secours, à frayer une route aux sondes dans des cas où la rétention était telle que la ponction de la vessie paraissait seule capable de sauver le malade. »
Ma pensée est, comme on peut le voir, malicieusement altérée dans cette dernière phrase ; mais cette malice est, comme l'on dit vulgairement, cousue de fil trop blanc pour que personne s'y laisse prendre. Il est évident que cette pression douce, exercée pendant plusieurs jours, n'est pas applicable aux cas de rétentions complètes d'urine, et que je n'ai pas, grâce à Dieu, la dose d'inadvertance et de bêtise dont il faudrait être affligé pour la proposer. Je n'aurais même jamais cru, avant de lire ce passage, que la supposition d'une telle méprise pût entrer dans la tête d'un médecin.
M. Civiale, au surplus , n'a jamais pu prendre sur lui d'exprimer un éloge pour l'un de ses émules, et s'il y était contraint, il le ferait de manière à rappeler ces vers :
On croirait voir le diable
Que Dieu force à louer ses saints.
Sans tenir compte, moi qui suis loin d'être un saint, du blâme exprimé par mon confrère , qui n'est pas le diable , je persiste à dire que j'ai retiré d'excellents effets de cette pression douce et soutenue, exercée, comme je viens de le dire, et je la recommande avec conviction. 11 est superflu d'ajouter que les bougies de cire ne sauraient convenir pour cet usage , et qu'il faut employer des bougies de gomme qui ne se ramollissent pas au point de perdre toute consistance comme les premières.
La confiance dans l'emploi de ce moyen ne doit cependant pas aller au delà dune semaine, et si dans ce laps de temps la bougie n'a pas franchi l'obstacle , il convient d'y renoncer pour avoir recours à un autre procédé.
La bougie ainsi appliquée contre un rétrécissement dur