PRESSION SOUTENUE
et tortueux, non-seulement l'entr'ouvre, le dilate et le redresse par une pression mécanique, mais encore elle excite dans le tissu induré un travail résolutoire qui se produit tout à la fois par ramollissement, exsudation de muco-pus et résorption interstitielle.
Pression contre l'obstacle exercée chaque jour avec une sonde.
Cette manœuvre n'entraînant pas le séjour au lit, ni même la suspension des occupations habituelles du malade, peut être continuée bien plus longtemps que la précédente. Chaque jour on l'exerce pendant un quart d'heure à une demi-heure, soit avec une bougie, soit avec une sonde; j'ai l'habitude, après chaque séance, lorsque je retire la sonde, de présenter une petite bougie et de faire quelques tentatives d'introduction , car c'est plus particulièrement dans cet instant que l'on parvient à la faire pénétrer. Pour réussir, il faut de la persévérance et de la patience de la part du chirurgien, de la confiance de la part du malade ; car venir chaque jour s'arrêter sur le même point pendant des semaines, sans aucun progrès apparent, est bien fait pour faire perdre patience et confiance ; mais le jour vient où l'on s'applaudit d'avoir conservé l'une et l'autre : c'est ce que prouve le fait suivant :
— M. V... fut débarrassé, il y a une quinzaine d'années, par la lithotritie d'une pierre que contenait sa vessie. M. Roux pratiqua cette opération ; des fragments assez volumineux s'engagèrent à plusieurs reprises dans l'urètre et y séjournèrent assez longtemps, particulièrement à la courbure, en arrière du bulbe. M. V... guérit de la pierre, et pendant sept ou huit ans, il urina assez librement ; mais ensuite le jet diminua, se supprima, un catarrhe de vessie très-abondant survint ; le malade,, homme très-optimiste à l'endroit de sa santé, ne s'en inquiéta que médiocrement; pourtant, sa famille fit prévenir M. Houx, au mois
CONTRE LES RETRECISSEMENTS. 369
d'avril 184-4; cet habile et justement célèbre chirurgien essaya vainement de passer une bougie, puis une sonde, et les choses en restèrent là. Cependant, la difficulté de l'expulsion de l'urine augmentait , la vessie ne se vidait plus; le catarrhe devint purulent, le renouvellement fréquent de la miction privait M. V... de sommeil et causait l'altération de la santé. Un écoulement avait lieu par l'urètre en telle abondance que, chaque jour, plusieurs mouchoirs en étaient baignés. Ce fut dans de telles circonstances que l'on m'appela , M. Roux étant probablement absent de Paris. J'explorai l'urètre en présence de M. le docteur Lehelloco ; la sonde pénétra sans difficulté jusqu'à six pouces , mais là elle rencontra une résistance qui lui ferma le passage; des bougies de plus en plus petites eurent un semblable sort , la bougie tortillée échoua également : il en fut de même les jours suivants. Je songeai à la cautérisation directe, avec laquelle j'ai obtenu des succès remarquables, comme je le dirai tout à l'heure ; j'en parlai même au médecin du malade. Cependant j'hésitais, à cause de l'abondance du suintement, qui aurait détruit l'effet du caustique ; je ne pouvais même pas songer à éponger et essuyer le fond du canal pour prévenir la diffusion du nitrate d'argent, car la pression exercée sur l'obstacle par une petite sonde d'argent donnait immédiatement lieu à l'écoulement abondant et continu d'un pus véritable, retenu probablement et accumulé en arrière du rétrécissement. Je pris le parti d'introduire chaque jour une petite sonde d'argent , et de la tenir appuyée contre l'obstacle pendant un quart d'heure à une demi-heure, après quoi je présentais une petite bougie conique : au bout de cinq applications, je sentis qu'elle s'engageait dans la stricture et que sa pointe y était pincée ; alors, je la laissai une heure ainsi, ou plutôt jusqu'à ce que la prochaine envie d'uriner vint la chasser. Cette manœuvre, qui ne fatiguait nulle-