PRESSION SOUTENUE
ment M. V..., ayant été renouvelée dix-sept jours de suite, la bougie pénétra sans difficulté jusqu'à la vessie le dixhuitième : je la fixai à demeure, et au bout de vingt-quatre heures, il me fut possible de lui substituer une petite sonde. À partir de ce moment, nous fûmes maîtres du terrain ; toutes les douze heures, nous gagnâmes 1 millim., et le quatrième jour, Turètre admettait 7 1t2 millim.
Au moment où j'avais pu faire franchir la première bougie, j'avais senti un grattement assez significatif pour me donner l'assurance qu'un gravier existait en arrière du rétrécissement, ou plutôt, comme il arrive d'ordinaire, entre deux rétrécissements ; en effet, il fut entraîné après la troisième sonde. Cette circonstance, jointe à la persistance du catarrhe après la dilatation, me fit supposer l'existence d'un calcul dans la vessie, et en effet, j'en rencontrai un petit dont je fis l'extraction, après l'avoir écrasé avec le brise-pierre à cuiller; l'écoulement urétral se supprima, malgré son abondance, dès que la dilatation fut complète. Pour la maintenir, des bougies de gros calibre furent introduites une demi-heure à une heure pendant quinze jours.
M. V... m'a offert une particularité peu rare et qu'il est important de noter, c'est une néphrite survenue à la suite de l'évacuation plus complète de la vessie , et par suite des cavités du rein dans lesquelles l'urine cesse de stagner ; cette soustraction d'une cause d'inflammation semblerait devoir toujours être favorable , et pourtant l'ébranlement qui résulte de cette nouvelle manière d'être fait passer quelquefois l'irritation de la muqueuse des calices et du bassinet à la substance corticale , ce qui est toujours grave. Les rétentions incomplètes d'urine produites par la déformation de la prostate et le développement du lobe pathologique donnent lieu plus souvent à ces phénomènes que celles dont les angusties sont la cause, parce que les
premières sont ordinairement plus graves et plus longtemps inconnues. Je reviendrai sur cet important sujet.
Cautérisation directe ou d'avant en arrière.
Nous ayons vu dans l'histoire du traitement, p. 149, qu'Ambroise Paré pratiquait parfois cette méthode avec ses bougies embouties d'une pâte escarotique ; que Loiseau se servait d'un tube ouvert à ses deux extrémités pour faire arriver le caustique sur l'obstacle; que Wiseman, François Roncali, puis plus tard Hunter, firent usage d'un porte-crayon, recouvert d'une gaine, auquel Evrard Home substitua la bougie armée qui succomba sous les attaques motivées de Ducamp et de ses continuateurs. Mais ce ne fut pas seulement sur le procédé de Home que frappa la réprobation, la méthode elle-même en fut atteinte, et aujourd'hui chacun se croit obligé de déverser un blâme sur la cautérisation directe. Le coup de pied de M. Giviale ne pouvait lui manquer, aussi s'est-il acharné contre elle en plusieurs endroits : « La cautérisation d'avant en arrière, « dit-il p. 278, n'en demeure pas moins chargée d'inconc< vénients propres à elle seule... » Et à la page 295 : « Ce « procédé (l'application d'avant en arrière) trop évidem- « ment mauvais pour qu'on puisse hésiter à le rejeter... »
Je conçois que dans le cas où la coarclation livre passage aux instruments, alors que l'on peut choisir, non-seulement entre les divers modes d'application des caustiques, mais entre les différentes méthodes de traitement, je conçois, dis-je, que la cautérisation directe ne se présente pas sous les couleurs les plus favorables, et que l'exemple de Hunter et de Home, qui l'employaient comme méthode générale, ne soit pas suivi. Mais il n'en est plus de même lorsque le rétrécissement, perméable encore à l'urine, est infranchissable pour les bougies, les sondes et les instruments, lorsque la pression soutenue, exercée par une bougie
372 CAUTERISATION DIRECTE
ou une sonde, cornue nous l'avons dit tout à lheure, est demeurée inefficace ; alors le choix n'existe plus qu'entre le calhétérisme forcé, l'incision extérieure, la ponction de la vessie et la cautérisation d'avant en arrière; or, entre ces quatre méthodes, je donne sans hésitation la préférence à la dernière, et je crois que beaucoup de médecins seront de mon avis.
Cependant la cautérisation directe doit être faite suivant certaines conditions pour être exempte des dangers qu'on lui attribue, et pour qu'elle ait chance de réussite. Il faut quelle attaque bien centralement et de front l'obstacle, laissant intactes les autres parties de l'urètre, double effet que ne produit ni la bougie armée qui cautérise toute la longueur du canal en avant des rétrécissements, ni le porte- crayon à gaine de Wiseman et Hunter, lequel, rigide et presque droit, agit plus particulièrement par sa direction naturelle sur le fond du bulbe et la paroi inférieure de l'urètre. Aucun instrument ne remplissant les conditions voulues, j'ai fait exécuter celui que l'on voit représenté dans les fig. 70-71-72. Il est courbe parce que la plupart des angusties sont, comme nous l'avons dit, situées à la courbure de l'urètre et au-dessus de l'excavation du bulbe ; il est flexible pour ne pas violenter le canal; il est aussi volumineux que l'urètre peut l'admettre, afin que le caustique agisse sur le centre de l'obstacle et ne puisse pas dévier : peu importe avec cette dernière condition, que la saillie des tissus par laquelle le canal est rétréci soit circulaire ou latérale; est-elle circulaire? l'ouverture se trouvera élargie uniformément ; est-elle latérale? le tissu exubérant se présente à l'action du caustique qui le détruit.
Le porte-caustique direct est formé d'un tube en gomme M, fig. 70, à courbure fixe, aux deux extrémités duquel sont des virolles, l'une externe en argent, l'autre urétrale en platine. Un obturateur K K, fig. 71, sert à boucher l'ouverture
du tube pendant qu'il chemine dans la partie de l'urètre antérieure au rétrécissement. Le tube étant arrivé à l'obstacle, on retire l'obturateur, et, à sa place, on introduit le caustique. Il est contenu dans une sorte de cupule en platine c, fig. 72, portée par une tige dont une portion formée des mailles d'une chaîne à la Vaucanson t., a toute la flexibilité
Fig. 70.
Fig. 71.
Fig. 72.
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désirable pour ne point changer la direction du tube conducteur. Cette cupule se charge en l'approchant d'une bougie, et laissant tomber dans sa cavité une, deux ou trois gouttes de nitrate d argent au moment où ce sel entre en fusion ; l'on s'assure, avant de l'introduire dans le tube, qu'il adhère fortement à la capsule. Je me sers autant que possible de portecaustiques volumineux, et je viens d'en dire la raison ; si pourtant l'étroitesse du méat urinaire, si un rétrécissement dans la portion spongieuse, s'opposent à son passage, je dilate l'un et je débride l'autre. Toutefois, il arrive que la dureté du tissu de ces premières angusties, ou bien que la sensibilité du malade ne permettent pas d'obtenir un élargissement suffisant pour faire arriver jusqu'à l'obstacle un gros portecaustique, et qu'il faille en employer d'une moindre dimension : il importe alors de bien se rappeler la position du rétrécissement relativement à la direction naturelle de l'urètre, et de diriger le caustique sur le centre de l'angustie. J'ai dans maint endroit montré ma répugnance pour la cautérisation dans la portion spongieuse et érectile de l'urètre, à cause de la dégénérescence fibreuse accompagnée de turgescence qu'elle y produit presque toujours ; toutefois, lorsque les choses en sont arrivées au point où nous les prenons en ce moment, lorsque l'urètre est fermé pour les bougies les plus déliées, lorsque le tissu fibreux existe déjà, et que par conséquent on n'a pas à craindre de le produire, il ne serait pas déraisonnable de chercher à rétablir le passage par la cautérisation directe même dans la région spongieuse ; toutefois le cas est rare, car dans cette région on voit rarement ces déviations brusques en zigzag, formées par des sallies alternes qui laissent filtrer l'urine et refusent le passage aux bougies; le resserrement s'y produit presque toujours uniformément et circulairement : aussi lorsque les bougies capillaires ne peuvent le franchir, il est rare qu'il n'y ait pas rétention d'urine.
La cautérisation directe peut se pratiquer dans la région spongieuse avec l'un des instruments courbes représentés plus haut, car leur élasticité permet que leur courbure s'efface. Lorsque l'urètre est le siège d'un écoulement, il faut, avant de présenter le caustique, introduire jusqu'à l'obstacle, à travers la canule conductrice, un petit morceau d'éponge fixé sur une tige en baleine ou une bougie comme je l'ai figuré p. 100 : seulement la boule terminale qui sert à retenir l'éponge doit être beaucoup plus petite, en sorte qu'elle puisse se cacher pour ainsi dire dans son épaisseur.
Joignons maintenant les exemples aux préceptes.
— M. K. . . , négociant à Marseille, vint me consulter en 1832 pour un rétrécissement dont l'origine remontait à une vingtaine d'années; plusieurs chirurgiens à Marseille, à Lyon, à Paris, avaient tenté de passer des sondes et desbougies sans y pouvoir parvenir; je ne fus pas plus heureux dans plusieurs essais : je pris alors le parti de fixer une bougie en contact avec l'obstacle, situé à 16 centimètres de profondeur; je me servis d'une petite boule de plomb pour exercer une pression soutenue comme je l'ai indiqué plus haut : au bout de quinze jours, n'ayant fait aucun progrès, je discontinuai l'emploi de ce moyen, et je pratiquai la cautérisation directe avec un porte-caustique anterograde , fig. 70 de 7 1/2 millimètres de diamètre. Trois applications furent faites à quatre jours de distance l'un de l'autre. Lorsque pour la quatrième fois je présentai l'instrument, je n'éprouvai qu'une résistance légère, puis je le sentis immédiatement franchir et parvenir jusqu'à la vessie ; des bougies de 7 millimètres furent ensuite introduites chaque jour pendant une demi-heure pour assurer la dilatation , qui s'est maintenue le reste de la vie. M. K... est mort d'une affection du cœur en 1837 ou 1838.
— M. X..., des environs de Sedan, vint à Paris en l83(J, pour réclamer mes soins au sujet d'un rétrécissement re-
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belle, contre lequel, pendant deux ans, avaient été pratiquées par d'habiles chirurgiens de nombreuses tentatives de cathétérisme. L'un d'eux même exprimait, dans une consultation qui me fut remise, la crainte d'avoir fait une fausse route, crainte heureusement sans fondement. Je présentai une petite bougie qui fut arrêtée entre 15 et 16 centimètres de profondeur, je cherchai à la diriger au moyen du conducteur d'Arnott et de Ducamp , je la tortillai sous différentes formes sans pouvoir l'insinuer dans l'angustie, je tins plusieurs jours de suite une petite sonde métallique, pendant une demi-heure, appuyée contre l'obstacle; j'y fixai une bougie la nuit ; le tout en vain. Sur la demande d'un membre de l'académie, qui mettait en doute la réalité des obstacles perméables pour l'urine, infranchissables pour les sondes et les bougies, je priai M. Pasquier fils, puis M. A. Bérard d'essayer le cathétérisme : tous deux apportèrent à cette tentative le temps , le soin et la variété de sondes et de bougies qu'ils jugèrent convenables pour réussir, mais ils ne purent parvenir à franchir l'obstacle ; la pointe même des bougies les plus fines ne s'y engageait pas. J'eus alors recours à la cautérisation d'avant en arrière, après toutefois que j'eus dilaté trois points angustiés, situés au-devant du principal obstacle, lesquels m'auraient empêché de l'aborder avec un porte-caustique de gros calibre. Dix cautérisations furent nécessaires pour désobstruer le passage. Après quoi une sonde en gomme de 7 millimètres et demi pénétra d'emblée dans la vessie ; j'envoyai M. X... chez M. A. Bérard , pour qu'il pût constater ce résultat. Au bout d'un mois l'urètre avait conservé toute l'ampleur que le traitement lui avait donnée. M. X... retourna dans son pays et je n'entendis plus parler de lui.
— M. P..., de Cambrai, officier de cavalerie en retraite, avait eu depuis deux ans plusieurs rétentions passagères d'urine, cnuséos par un rétrécissement situé à la courbure
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de l'urètre. Des essais infructueux avaient été faits pour le franchir. Le malade vint me consulter au mois de septembre 1838. Après avoir présenté diverses sondes et bougies à plusieurs reprises, sans pouvoir môme parvenirà engager leurs pointes dans la stricture ; après avoir tenu deux fois pendant une heure une grosse sonde d'étain fortement appuyée contre l'obstacle Je me décidai à me frayer une route au moyen de la cautérisation directe : déjà une application avait eu lieu, et j'allais faire la seconde, lorsque je reçus la visite de M. Mayor de Lausanne. Je demandai à M. P... de permettre que mon habile et ingénieux confrère jugeât par lui-môme du degré de résistance, ce à quoi il consentit volontiers; mais il n'en fut pas de même de la proposition que lui fit M. Mayor de vaincre l'obstacle avec une grosse sonde d'étain, comme j'avais tenté de le faire, mais en employant beaucoup plus de force et des sondes sans alliage de plomb, pour qu'elles eussent plus de fermeté. Nous continuâmes donc la cautérisation d'avant en arrière, et lorsque je présentai pour la cinquième fois le porte-caustique, garni de son conducteur ou obturateur, il fila d'emblée jusqu'à la vessie ; de grosses bougies introduites une heure chaque jour pendant une semaine complétèrent la dilatation. J'ai eu l'année dernière des nouvelles de M. P...; la miction continue de se faire d'une manière normale.
— M. A... Première gonorrhée à 20 ans, a duré un an, pas d'injections, point de diminution du jet; deuxième à 23 ans, dure 3 années, pas d'injections; jet assez fort. A 29 ans, s'il faut en croire le malade, survient subitement une rétention d'urine qui, après 2i heures, cède aux bains de siège; à partir de ce moment le jet diminue; à 31 ans, seconde rétention d'urine, bains de siège, lait d'amandes ; cessation après 24 heures; à 32 ans, troisième gonorrhée très-forte qui persiste 2 ans. suivie d'un suintement ; injections qui ne suppriment pas complètement la
gonorrhée; à 33 ans, rétention d'urine, tentative decathétérisme faite par un chirurgien avec des bougies de cire qui ne peuvent pénétrer; demi-bains, orgeat; rétablissement de la miction; état stationnaire jusqu'à l'âge de 56 ans; alors danslebutdesupprimercompïétementrécoulement,M.A... prend des capsules de copahu et il en pousse la dose jusqu'à 40 par jour; ellesproduisent une grande constipation; le malade tombe dans un état adynamique pour lequel M. le docteur Pillot donne des soins que couronne le succès. La convalescence est entravée par des accès de fièvre intermittente pour lesquels le sulfate de quinine est administré ; ils durent 18 mois.
Pendant ce temps, à la difficulté d'uriner toujours trèsgrande se joint une incontinence habituelle d'urine. C'est dans cet état que, pressé par M. Pillot, M. A... vient me consulter, au mois de juin 1844. La bougie rencontre à 15 millimètres un obstacle dur résistant qui obstrue transversalement l'urètre. Aucune bougie ne passe, même les bougies capillaires tortillées de diverses manières ; les tentatives dix fois répétées les jours suivants sont également infructueuses; la pression modérée d'une sonde métallique appuyée assez fortement contre l'obstacle pendant un quart d'heure ne parvient pas à le franchir ; un accès de fièvre intermittente force de suspendre pendant 15 jours.
Cautérisation directe avec le nitrate d'argent; dès la première, écoulement un peu plus facile, cessation de l'incontinence, dix applications sont faites à quatre jours d'intervalle l'une de l'autre. Les occupations de M. À... le forcent encore de suspendre pendant un mois ; après ce temps l'incontinence d'urine reparaître malade est pris de fièvre, le testicule se gonfle, un abcès se forme dans le scrotum, j'en fais l'ouverture, il est fermé au bout de quatre jours ; quinze jours plus tard un autre abcès se montre au périnée, il est plus étendu que le premier; je l'ouvre, et le pus
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s'échappe mêlé d'urine. La formation de ces deux abcès m'engage à hâter la désobstruction de l'urètre ; une onzième application de caustique a lieu : quatre jours après je présente une bougie très-fine qui passe sans difficulté; elle est suivie à l'instant d'une autre plus grosse, et en quelques minutes j'arrive à faire pénétrer 2 millim. 1/2. Le lendemain 2, 3, 3 1/2 ; l'urine coule par jet ce qui n'avait plus lieu depuis nombre d'années , il n'en passe plus une seule goutte par la plaie du périnée qui s'est fermée ; le troisième jour l'urètre admet 2, 3, k millim.; nous nous maintenons à ce degré : aujourd'hui la miction se fait librement, la figure pâle, altérée, se colore, et la santé se rétablit. Lorsque les occupations de M. A... le lui permettront, je me propose de consacrer une huitaine de jours à la dilatation permanente pour ramollir des callosités persistantes et compléter l'élargissement du canal.
J'ai relaté, page 71, un exemple remarquable de route frayée par la cautérisation directe à travers un tissu modulaire oblitérant l'urètre au point que la totalité de l'urine passait par une ouverture fistuleuse située en avant de la cuisse.
Certains rétrécissements fibreux acquièrent un tel degré de dureté, ils deviennent si calleux, si secs, si racornis, que le nitrate d'argent a de la peine à y mordre et ne produit que des effets superficiels et insuffisants. Quelques chirurgiens, Wathely d'abord, et tout récemment M. Courtenay, ont tenté de substituer à ce sel la potasse caustique, douée non-seulement d'une puissance escarotique, mais encore, suivant ces médecins, d'une action modificatrice de la sensibilité, supérieure à celle du nitrate d'argent. Je n'ai pas personnellement d'idée fixe sur les effets de la potasse caustique, et je n'ai point de raisons pour les mettre en doute, mais comme son éloge était resté sans
écho pendant un assez grand nombre d'années, je supposai son efficacitémoindre qu'on ne l'avait crue, et je songeai à une autre substance encore plus active, je veux parler du caustique de Vienne. L'on peut voir, dans l'observation suivante, le parti que j'en ai tiré; je laisse M. Piégu raconter la première partie des faits tels qu'il les a observés et recueillis à ma consultation du bureau central.
— «Thérard (Auguste), jardinier, demeurant à Vanvres, âgé de quarante-neuf ans, était militaire en 1809, lorsqu'il contracta une première urétrite qui fut intense et pour laquelle il entra au Val-de-Grâce. Le médecin lui ordonna le copahu à doses assez fortes et seconda en même temps son effet à l'intérieur par des injections astringentes avec une liqueur qui semble avoir été de l'eau de Goulard. Les phénomènes inflammatoires les plus gênants disparurent bien un peu, mais l'écoulement persista avec une douleur assez vive pendant l'émission de l'urine. Au bout de trois semaines, il existait encore un peu d'écoulement dont la matière, jaunâtre, tachait la chemise et précédait toujours les premières gouttes d'urine. Thérard sortit cependant de l'hôpital, et, retenu quelque temps par son écoulement, il ne vit point de femmes, mais en 1820 il contracta une nouvelle blennorrhagie pour laquelle cette fois, à cause de sa moindre intensité, il ne jugoa pas à propos de consulter le chirurgien du régiment. Il se soumit de lui-même au traitement qu'on lui avait fait subir au Val-de-Grâce, et au bout d'un mois il était revenu à n'avoir plus que quelques gouttes d'écoulement qui se manifestaient surtout le matin et sortaient avec les urines qu'elles précédaient. — La maladie avait rendu T... plus modéré dans ses désirs ; aussi ne s'cxposa-t-il plus do longtemps à en contracter d'autres ■ il se maria et remplit rcs devoirs matrimoniaux sans jamais remarquer le moindre retour d'écoulement jusqu'en 1837. A cette époque.
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à la suite d'excès, son attention fut attirée sur le jel de l'urine par une légère douleur qu'il commença à ressentir d'habitude au moment d'uriner; il ne pissait plus à plein canal comme autrefois et le jet était tortillé. Thérard considéra ces phénomènes comme un léger inconvénient qui se dissiperait à la longue, et il ne s'en occupa pas davantage. Mais loin de diminuer, les douleurs ne firent qu'augmenter encore, et les émissions étaient en môme temps et moins longues et plus fréquentes. — C'est alors qu'il alla consulter un médecin. Celui-ci ayant reconnu la présence d'un rétrécissement passa des sondes dans le canal (il y a de cela deux ans environ), monta successivement de numéros moins gros à des numéros plus volumineux etarriva enfin à donner à l'urètre son calibre normal. On laissait les sondes à demeure dans le canal. Une inflammation violente existait lorsque le rétrécissement eut cédé à la dilatation, l'on ne pensa point à y remédier, et le malade, abandonné à lui-même, resta ainsi sans soins, comptant, d'après l'assurance dont on l'avait bercé , que l'irritation du canal disparaîtrait d'elle-même et que sa guérison complète se ferait peu attendre. Mais il n'en fut point ainsi. L'irritation persista, le rétrécissement revint, et le malade se présenta à la consultation de M. Leroy-d'Étiolles dans l'état suivant :
« L'émission de l'urine se fait encore, mais elle se renouvelle fréquemment; elle est accompagnée parfois d'une douleur cuisante vers le col de la vessie. Le jet, tortillé, n'est pas plus gros qu'une épingle, et les dernières gouttes ne peuvent jamais être projetées. Un écoulement habituel de mucosités jaunâtres laisse sur la chemise des taches assez étendues et mêlées ordinairement de quelques gouttes d'urine qui ont échappé à l'effort de contraction de la vessie et de l'urètre.
« Une sonde de moyen calibre est introduite dans le canal
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et arrive sans difficulté jusqu'à la région membraneuse ; mais là elle rencontre un obstacle qui oppose une résistance permanente. Une bougie de petit calibre est introduite à sa place et arrêtée comme elle ; on lui substitue une bougie tout à fait capillaire. Celle-ci est également arrêtée par le rétrécissement; mais au bout de quelques minutes de tentatives, M. Leroy parvient cependant à enfiler le rétrécissement et à pénétrer sans autres obstacles jusque dans la vessie. Seulement la bougie signale son passage dans la portion prostatique par une légère douleur. Cette bougie est maintenue dans le canal pendant huit minutes environ, puis on le retire pour la remplacer par une autre un peu plus volumineuse ; mais toutes les tentatives à cet effet sont inutiles; on essaye de la remettre en place; même résultat. Le canal, irrité par sa présence, s'est contracté, il faut renoncer à toute autre tentative ce jour-là. On ne prescrit au malade que des tisanes émollientes et rafraîchissantes.
« Deuxième séance: — Le malade croit avoir uriné plus librement et avec moins de douleur, ce qui paraît un effet de son imagination , car la bougie la plus fine qui avait été introduite l'avant-veille ne peut plus être admise dans le rétrécissement quelque précaution qu'on prenne. Après de longues et inutiles tentatives, on se résout à employer la cautérisation directe. Le porte-caustique est introduit et maintenu appliqué pendant dix minutes. Le nitrate d'argent a été dissous en presque totalité, et on peut espérer quelque résultat avantageux.
« Troisième séance. — Une douleur légère a suivi l'application du nitrate d'argent et provoqué une émission plus fréquente des urines. Le malade la croit également plus facile. Même état du reste. Nouvelle cautérisation.
« Quatrième séance. — L'application du caustique n'a point procuré de douleurs ni de cuissons. Même sensation d'à-
inélioration de la part du malade. La bougie capillaire, qui avaitdéjàpénétré,estprésentéede nouveau; mais, aprèsplus d'un quart d'heure d'essais infructueux, il faut encore renoncer à l'espoir de l'introduire et d'agir par la dilatation. Du reste, le cas paraît devoir être favorable à la cautérisation, quoique jusqu'à présent il se soit montré réfractaire. Le rétrécissement semble formé par une bride forte et dure comme les rétrécissements calleux. Nouvelle cautérisation de dix minutes environ.
« Cinquième séance. — Aucun résultat avantageux. Impossibilité de passer la bougie ; même état des urines et du jet. Nouvelle cautérisation; même insuccès.
ce Pendant plus de six semaines que le malade vint régulièrement à la consultation, il fut impossible de dépasser l'obstacle. La cautérisation fut appliquée quinze à dixhuit fois sans que jamais il fût possible de faire pénétrer la bougie capillaire, qu'on était parvenu à introduire la première fois. On employait cependant concurremment la dilatation au-devant de l'obstacle ; les sondes de gros calibre circulaient librement dans la portion antérieure de l'urètre. Tout ce qu'on avait gagné, c'était la diminution de l'état inflammatoire chronique de la muqueuse; la miction se faisait depuis, sinon avec facilité, du moins sans la moindre douleur. Quelques parcelles de caustique en pénétrant à travers le rétrécissement et en se fixant sur la portion prostatique du canal auraient-elles produit ce résultat?
« D'un autre côté, pourquoi ce rétrécissement, qui sem* blait devoir céder à la cautérisation, se montra-t-il si rebelle ? Ne serait-ce point aux longues courses que le malade était obligé de faire à pied pour venir de chez lui à la consultation, et aux travaux du jardinage, etc., qu'il faudrait en attribuer la cause? La rigueur de la saison l'ayant empêché quelque temps de revenir au bureau central, je l'ai perdu de vue. »
M. Piégu ayant été nommé interne à la fin de 1840 discontinua de suivre ma consultation pour les maladies des voies urinaires, il ne fut donc pas témoin de la fin du traitement que je vais raconter.
Après quelques mois d'absence, Thérard se présenta de nouveau au bureau central ; l'obstacle était tout aussi infranchissable pour les bougies qu'auparavant. L'inutilité de la cautérisation avec la pierre infernale me donnait peu d'espoir de réussir par la persistance dans son emploi, je songeai au caustique de Vienne, et, après quelque hésitation causée par la crainte d'une action trop énergique et trop étendue, j'en portai sur l'obstacle une parcelle introduite dans la cupule du porte-caustique , ayant grand soin d'éponger les mucosités et de tenir le tube externe fortement appuyé contre le rétrécissement pour prévenir la diffusion latérale. La sensation produite par son contact sur le tissu exubérant fut moins vive que je ne m'y attendais : la réaction inflammatoire fut un peu plus forte qu'après les applications du nitrate d'argent; sans fièvre néanmoins. Le lendemain et le surlendemain l'écoulement de l'urine se faisait avec plus de difficulté ; mais il ne se supprima pas, et le sixième jour après l'application du caustique le jet se montra tout d'un coup plus plein et plus libre; je présentai une sonde en gomme de deux millimètres qui pénétra sans encombre jusqu'à la vessie. La dilatation fut portée dans les séances suivantes à six millimètres. Thérard cessa de venir au bureau central ; il devra passer tous les quinze jours une ou deux bougies pour maintenir le canal au degré d'élargissement obtenu.
Un tel résultat est sans doute un motif suffisant pour autoriser l'application du caustique de Vienne à la cure de certains rétrécissements réfractaircs à tous les autres moyens. Toutefois je recommande d'y apporter une grantie précaution, car son action corrosive est, comme l'on sait,
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profonde et rapide ; je ne voudrais pas que mon exemple inconsidérément suivi fît courir des dangers et causât des accidents.