‹ Utilisation des algues marinesChapitre 21 sur 93 · ART · texte numérisé non relu

ART

Le

La troisième question à résoudre fut l’objet d’un se- <ond Mémoire.

«On demandoit depuis long-temps s'il est plus avanta-

geux pour la reproduction du Varech, de couper cette

plante, ou s’il convient plutôt de l’arracher ; nous espérons que le Ministère pourra se décider d’après des expériences que nous avons répétées en différents endroits ; elles seules peuvent conduire avec süreté pour appuy er

la loi sur des fondements inébranlables ».

Les auteurs recherchèrent, parmi les nombreuses plantes de mer croissant sur les rochers, les « espèces de Fucus que l'on brüle en Normandie pour la fabrique de la

soude », et ils en citent huit espèces auxquelles ils con-

sacrent deux planches ?, mais leurs observations ou expériences portent sur les espèces auxquelles on réserve Maintenant le nom de Fucus.

« Nous avons vu vers le mois d'Août des rochers entièrement couverts de plantes, qui en naissant étoient aussi

! Sur le Varech, Hist. de l’Acad. des Sciences, année 1752, seconde partie, Paris, 1576, et Fouceroux DE Boxparoy et Ticcer, Second mémoire sur le Varech, Mémoires p. 55, Jbid.

? Ge sont : 1° le Quercus maritima ou Varech à feuille de Chéne (P. serratus) ; 2° le Varech à vessies (en majeure partie F. platycar-

pus) ; 8 le Varech à vésicules (F. vesiculosus) ; ces trois espèces s’ap-

pellent aussi Chéne de mer ; 4° le Roberl ou nodosus (Ascophyllum

* nodosum) ; 5° le Lacet (Himanthalia lorea) ; 6° le Varech à silique (Halidrys siliquosa) ; 7° le Varech à main (dont la tige est ronde,

Laminaria flexicaulis et peut-être L. Clouslonü, ou aplatie, Saccorhiza bulbosa) ; 8° le Baudrier (Laminaria saccharina). Outre « les espèces que l’on brülait pour les réduire en soude »,

ils mentionnent « un Fucus parasite qui souvent s’attache à d’autres facus et végète sur ceux-ci » de couleur rougeätre ou lie de vin ; «“ quelques personnes le mangent en salade » ; c’est le Porphyra.

A nes, SSSR PAR) ES TEE RS CARNET a 152 en de Ling En RS Re ENS oi PPS RE Pret OU AR VAT EN E à #0 Le 2 " ES Nr LUN TL ‘ : Lie SU

58 LE GOÉMON ET LA RÉCOLTE DU GOËMON | ae

proches les unes de autres, que Pb V épée sur ie couche, des laitues qui sortiroient de leurs graines: on conçoit que ces pieds s’éclaircissent, et que le nombre de. 5 ces plantes diminue, les plus fortes étouffant les plus petites » ; « la plante parvient à sa perfection, suivant les. Le. ouvriers, au bout d’un an, quoiqu'’elle puisse croître ou | A au moins subsister pendant trois ou quatre années». « Sur le même rocher et près d’un grand pied de varech, on en voit d’autres qui sont encore jeunes et pelits; les ouvriers ont grand soin de ménager ces derniers, en faisant la récolte des grands varechs ». « Les gelées gâtent les grandes plantes en les déracinant ; il est encôre cOns— tant que les /ucus poussent pendant l'hiver, et dans cette morte saison, les petites plantes se forment un empatement de racines, et ne font que de faibles productions en … comparaison du printemps ou de l'été, qui sont bien ue favorables à leur végétation ». | « Les ouvriers qui font en Normandie la soude avec levarech, arrachent les plantes, quoiqu'un article de lOrdonnante prescrive de les couper ; on a tenu la main à l'exécution de la loi, jusqu’à ce que les ouvriers de cette: province aient représenté, qu'ils ne coupoient le varech. qu'au détriment de la multiplication de la plante, et depuis on a fermé les yeux sur la façon dont ils faisoient la récolte » ; d'ailleurs, «1l leur coùtoit plus de temps et de peine pour arracher que pour couper ces plantes car elles. tiennent fortement à la pierre » ; « un grand avantage attaché à la façon d’arracher les plantes, c'est qu’au mois: d'Avril, on ménage, avec le plus grand soin, des pieds trop jeunes, pour être alors employés, et qui se trouvent le long et près des grands : ceux-là, donnent lieu à une seconde récolte vers le mois de Septembre de la même

4 année ». « Les ouvriers ajoutoient encore à cette pre- mière raison qu'ils s'étoient convaincus que les pieds coupés ne poussoient plus, qu'ils pourrissoient, et que si on les coupoit près de leurs extrémités supérieures, qu'ils

ne faisoient plus que de faibles productions, et nuisoient

à la pousse des ; jeunes plantes voisines, qui seroïent devenues beaucoup plus belles; ils nous faisoient voir

quelques extrémités de tiges, qui, s'étant cassées à la der-. mière récolte en voulant les arracher, n’avoient point poussé et commençoient à pourrir ».

Cependant, comme on était d'avis différent en Bre-

tagne et en Normandie, les enquêteurs choisirent, vers la.

fin d'avril, deux endroits éloignés l’un de l’autre de plusieurs lieues ; dans chacun, ils marquèrent une place « où: le varech fut arraché entièrement », et une autre place. où (On en coupa plusieurs rangées à deux pouces de: l'empatement de la racine, d’autres à quatre ; et les der-

nières rangées aux trois quarts desa hauteur ».

«À la fin de Septembre ,disent-ils, la partie dont nous

- avions arraché les plantes au mois d'Avril, étoit garnie de

nouvelles, qui avoient autour de 2 à 3 pouces de hauteur, et le 25 Novembre, le varech avoit environ 6 pouces, et quelques pieds étoient déjà crus de plus de 9 pouces. Celui qui avoit été coupé ayant été examiné à la fin de- Septembre, nous reconnümes qu'il étoit encore dans lemême état que le mois d'Avril où on l’avoit soumis à l'expérience... On voyoit seulement çà et là quelques pieds qui étoient venus de graines, et éloignés des tiges » coupées. Sur les plantes coupées à 3 et { pouces, et seu-

lement quand on n'avait pas coupé des feuilles latérales, on « voyoit une houppe de nouvelles feuilles qui ne pa-

raissoient pas devoir donner de belles productions. Le 25 de-

Co ET : à

"60%" LE GOÉMON ET LA en, :

Far" , ke Ft

on #n vu une nouvelle tige d'environ un pouce et demi : de hauteur attachée à son empatement », et qui provenait sans doute d'une germination. : ht DO

La conclusion de ce Mémoire est que Ron LT «moyen employé dans la Normandie pour récolter le varech, n’est point nuisible à la multiplication de ces 14 plantes ; et nos observations ne peuvent-elles pas encore

conduire à penser qu'il est même plus avantageux d’arra-

cher le varech que de le couper, et que les ouvriers demandoient, pour le bien, et pour concourir à une plus grande multiplication de cette plante utile, qu'on ne sui-

vit pas l’Ordonnance qui prescrit de le couper ? »

Des conclusions précises de ces deux rapports résulta la Déclaration Rogale de 1772, beaucoup plus libérale qe LT celle de 1 791. ÿ.

Tous les riverains en général, de toutes les côtes maritimes du royaume, € pourront librement, chacun dans l'étendue de leurs paroisses, cueillir et ramasser pour … l'engrais de leurs terres, les herbes connues sous lesnoms de Yet ou vraicq, sar où gonesmont, pendant les mois de janvier, février et mars de chaque année ». « Lesdites herbes pourront être arrachées avec la main ou autres instruments ». Les provisions de varech nécessaires à l’engrais étant faites en ces temps, « tous les dits riverains

1 Déclaration qui permet à lous riverains des côles maritimes de cueillir, ramasser et arracher le varech, Fontainebleau, 30 octobre 1772. Isimserr, Recueil général. etc, t. XXI,

- qui voudront fabriquer ds soudes, pourront cueillir les

br herbes et les arracher avec (a mains, râteaux el

autres instruments depuis le 1° juillet Jusqu'au 1° oc- tobre de chacune année seulement ». Dans le cas où les riverains ne voudraient pas les utiliser, le refus étant

constaté, 11 est loisible à tous particuliers, autres que ces habitants, « de les arracher, amasser, et leur donner toutes les préparations nécessaires pour les convertir en soude ». Sont maintenues les « très-expresses inhibitions et défenses d'allumer leurs fourneaux dans les temps où les vents venant de la mer porteraient les fumées sur les terres » ; ces réserves ne ‘visaient probablement plus les prétendus dommages nmiés par Triier, mais les fumées d’incinération pouvaient gêner les navires en leur dissi- mulant l'aspect de la côte, car elles sont lourdes, épaisses et se dissipent lentement.

Le 12 ventôse, an 1 (1794), le représentant du peuple Le CarpenrierR, en mission dans les départements de l'Ouest, estimait que le privilège accordé aux riverains . « était injurieux à l'égalité, préjudiciable à la fécondité de la terre et qu’il en résultait une déperdition sensible du

varech, dont le surplus n'était pas consommé par le propriétaire ». « Cet abus est échappé jusqu'à ce moment au creuset de la révolution, et je pense disait-il que sa destruction générale n’intéresse pas moins l’agriculture que l'égalité ». Il prit un arrêté qui appelait toutes les communes, soit des côtes, soit de l’intérieur, à recueillir le goémon.

Mais les populations lésées protestèrent énergiquement contre cette mesure. On fit valoir que l’arrêté dépouillait

« les communes d’un droit acquis par un usage immé-

Page 1