STE TERE
de la mer. Cet alkali marin vitrifiait mieux et donnait des verres plus solides, plus durables, mais ses savons restent mous et n'acquièrent point la même consistance
et la même fermeté que ceux d’alkali végétal".
C’est assez tardivement, semble-t-il, peut-être seulement au début du xvu siècle, que l'on s’adressa aux plantes marines (varech ou goémon), pour obtenir une soude de varech et pour concurrencer la soude des plantes maritimes?. Le carbonate de soude (vulgairement soude) n'existe tout formé ni chez les plantes marines ni chez les plantes maritimes ; le sodium s’y trouve combiné avec des acides minéraux fixes et avec des acides organiques qui, par incinération, donnent le carbonate de soude. Le goémon donne des cendres où les sels de potasse sont mélangés aux sels de soude en proportions relatives qui varient avec les espèces considérées ; le nom de soude, donné à ces cendres de goémon, vient de la ressemblance d'aspect avec le produit commercial, plus riche en
soude, et de la ressemblance du procédé de fabrication.
1 Macquer. — Dictionnaire de chimie, art. Alkali, Paris, 1778. * Bernard Pazrssy (1510-1590) ne connaissait probablement pas la
soude de varech : il utilisait celle des plantes maritimes (Les œuvres
de Bernard Palissy, édition Charavay, Paris, 1880). Il dit : « Le salhicor est une herbe qui croist communément és terre des marais de Narbonne et de Xaintonge. Or, ladite herbe, estant bruslée, se réduit en pierre de sel, lequel sel les Apoticaires et Philosophes Alchimistes appellent sal alcaly, ... » (loc. cil., p. 29), et encore : « Ausdites isles de la Saintonge et parmi les marez sallans, on y cueille de l’herbe salée, de laquelle on fait les plus beaux verres,
laquelle on appelle salicor ». (loc. cit., p. 3or).
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INDUSTRIELLE DES ai
L'industrie 5 la oo ER née tout Lle Joie de 7: la Méditerranée, où les Salsolacées croissent abondamment sur les terrains salés'. Cependant, tous les pays médilerranéens ne fournissaient pas un produit également estimé. Soit à cause des sortes de plantes utilisées, soità cause du soin apporté à leur incinération, la soude d' AÏE "S cante nommée Barille ou Barilla était, depuis « des temps très reculés, préférée à toutes les autres ?. Néanmoins, on
ignora longtemps quelle espèce de kali fournissait la Barille fine et ne Jussieu la décrivit pour la première lois en 1717. à la suite d’un voyage en Espagne*..
Il nous apprend aussi que la plante est cultivée et que
1 « Puixe dit que la découverte (de la soude) est due à des marchands qui, jetés par la tempête à l'embouchure du fleuve Bélus, en Syrie, firent cuire leurs aliments avec le kali, dont la cendre unie au sable sur lequel elle tomboit, forma du verre par la fusion de l’un et de l’autre » (Encyclopédie de Dinerot et D'ALEMBERT, nouvelle édition, t, XX XI, art. Soude, Genève, 1778).
2? ANTOINE DE Fe (Histoire " kali d'Alicante. Histoire de l’Académie royale des Sciences ; Mémoires de 1717, p. 73, Paris, 1719). dit : « Les Véniliens, les François et ceux qui se Ra de faire les Glaces les plus fines la préfèrent à toute autre. Le Savon dans lequel elle entre passe pour le plus pur et le plus beau. La Lessive qu’on en fait pour dégraisser et blanchir les Draps et les Étoffes est moins caustique que celle de toutes les autres soudes qu'on a coutume d'employer à cet usage ».
8 « Le genre des Kali est connu en François sous le nom de Soude ;
mais comme le sel fixe dans lequel ils se réduisent presque entière ment lorsqu’on les brûle, porte aussi le nom de Soude, et que nous
avons cinq genres de plantes desquels on tire également du sel de ce même nom, il semblerait que, pour éviter l’équivoque et discerner le produit de la Plante-d’avec la Plante même, on pourrait conserver à celle ci dans le François le nom Arabe de Kali, et celui de Soude
Ar
la récolte s’en fait avec le plus grand soin’; elle rappor- . tait de si grosses sommes d'argent aux Espagnols que
l'exportation de sa graine était formellement interdite?. On s'occupa beaucoup, au xvr° siècle, de la préparation de la soude et des plantes qui la fournissent ; on cherchait
à améliorer le produit fabriqué sur les côtes de France et
à augmenter son rendement. Le savant Du HAuez chercha même à acclimater un Kali dans l'intérieur des terres, la plante poussa et fructifia, mais le rendement ne fut pas
aux sels fixes seulement que donnent les unes et les autres de ces Plantes. | cu
« J’appelle celle dont il s’agit ici :
Kali Hispanicum supinum, annuum, Sedifoliis brevibus
Kali d’Espagne annuel, couché sur terre, à feuilles courtes et de Sedum. » i
C’est l’Halogeton sativus Moq. (Salsola saliva L.) des botanistes modernes. Je me suis demandé si les Arabes ne l’auraient pas importé en Espagne ; d’après M, Barraxnier (in lift.) auteur de la
- Flore d'Algérie en collaboration avec M, Trarur, c'est peu probable,
car l’Halogelon est relativement rare en Algérie, quoique spontané. Les ancicns Arabes brülaïent l’« Ouchnan » ou Salicornia (sens large) ;
les Salicornes poussent en Algérie en peuplements denses et sont d’une récolte facile.
1 « La récolte du Kali d’Alicante ne se fait pas tout à la fois et sans précaution, comme celle des autres plantes dont on tire de la Soude. On arrache successivement de celui-ci les Plantes les plus müres avant celles qui le sont moins. On les étend sur une aire pour Jes faire sécher au Soleil et en ramasser le fruit qui tombe de luimême. Lorsqu’elles sont sèches on les met à couvert de la pluye, et d’abord que l'on a amassé une suffisante quantité, on les brûle de la même manière que les autres plantes qui donnent de la Soude ».
2 D’après le Rapport au Comilé de salut public fait par Darcer, Leuèvre et Peccerier, chargés par arrêté du 23 messidor, an «, d'étudier la fabrication des savons, et que Fourcrox reproduit en entier à l’article Savon dans l'Encyclopédie méthodicue, Chimie et
Métallurgie, t. VI, Paris, 1815.
favorable ‘ : elle péoduisit de la potasse, comme les te 4
plantes de l'intérieur des terres, et non de la soude comme :
lorsqu'elle poussait sur le territoiré maritime.
Pendant le cours des expériences de pu Hamez, CADET
s'occupait aussi, en 1767”, d’une « soude d'une autre
espèce » faite avec le varech « plante de mer très connue sur toutes nos côtes de Flandre, de Picardie et de Nor-
mandie sous le nom de goémon ou sar ». Il écrit au sujet
de sa récolte : « M. Foxraxer, dans le Journal de l’Agri-
culture et du Commerce, dit que le goemon, que la mer
1pu Hamez. — Observations sur les sels qu’on retire des cendres des. végétaur, Histoire de l’Académie royale des Sciences, p 51 et Mémoires de 1767, p. 233, et Suile des expériences sur les sels qu’on peut retirer des lessives du Kali. Ibidem, Mémoires, p. 239, Paris, 177 | Si toutes les plantes contiennent du sel alkali, disait nu Hamez, elles ne contiennent pas toutes le même; celles de l’intérieur des terres fournissent un sel alkali déliquescent, tand's que celles des bords de la mer fournissent la soude. 11 eut l’idée de semer du kali en divers points du Gätinais, et les cendres, dit-1l, lui donnèrent un mélange des deux sortes d'alkali, d'où il concluait « que le terrain. d’une part, et de l’autre la nature des plantes, peuvent côncourir à
la formation des différents sels qu’on retire des végétaux ». L’année
suivante, il sema encore en Gälinais les graines des individus qu’il Y avait récoltés et crut que cette seconde génération lui donnait les. mêmes produits « si ce n'est que le sel de la nature de l’alcali du tartre a paru y être un peu plus abondant ». Mais d’après une analyse plus précise de Canet (Expérience sur une soude tirée d'un kali qui avait élé cultivé par M. du Hamel à sa terre de Denainvilliers.
lbidem, Histoire, p. 22 et Mémoires de 1774, p. 42, Paris, 1978)
elle ne cos ns plus du tout de cet alkali marin que ou Hamez croyait y trouver. On ne devait donc pas songer à cultiver dans. l’intérieur des terres les plantes qui produisent la soude.
2 Caver. — Analyse de la Soude de Varech. Histoire de l’Académie royale des sciences, p. 53 et Mémoires de 1767, p. 487, Paris, 1770.
arrache et jette sur ses bords, ne vaut rien pour faire de la soude, qu'il faut prendre en marée basse, le plus avant en mer qu'il est possibie, celui qui est attaché aux rochers ; et que c’est dans le mois de Mars et d'Avril qu'il convient de cueillir le goemon, attendu qu'il est garni de bourses ou boutons, remplis, à ce qu'il croit, d'une. matière plus capable de s’alkaliser par l'action du feu‘. » D’après Caper, la soude de varech servait alors à falsifier la bonne soude de Kali dont elle diffère par « uneforte odeur de foie de soufre » et diverses propriétés chimiques. « L'usage en doit être proscrit dans les savonneries et dans les blanchisseries », dit-il, « dans Îles. savonneries parce qu'elles exigent des cendres bien chargées d’alkali et que celles de varech n’en contiennent que fort peu; et dans les blanchisseries parce que ces cendres qui ne contiennent presque que du sel marin ne feraient jamais une lessive assez forte et que d'ailleurs le fer qu'elles contiennent... tacherait le linge? ». « Les. Verriers sont les seuls qui peuvent l'employer utilement »
(loc. cit., p. 492.)
… ! La différence à établir entre la partie végétative et la partie reproductrice des Fucus n’a pas toujours été aussi bien reconnue par les. chimistes modernes (voy. G. SauvacEau, Réflexions, etc ).
2 Marcoreice faisait la même remarque l’année suivante (Mémoire sur le salicor, Mémoires de Mathématiques et de Physique présentés à l’Académie royale des Sciences par divers savants, t. V, Paris, 1708) Après avoir cité la soude d’Alicante, puis celle de Carthagène, moins appréciée, il dit : « il y a encore une soude, appelée soude de Bourde qui est d’une très mauvaise qualité; elle ne sert qu'à mélanger la véritable... On fait en Normandie une soude, appelée. Varech, inférieure encore à la bourde ; elle tache le linge et cause de grands dommages aux blanchisseuses qui l'emploient dans leurs. lessives ».