‹ Utilisation des algues marinesChapitre 42 sur 93 · OURS · texte numérisé non relu

OURS

TE

« Ce serait Deal un très grand avantage, si la soude de varech pouvait devenir aussi bonne que la Mine 3 d’Alicante, on épargnereit des sommes considérables « qui à

passent à l'étranger pour l’achat de cette matière ». Selon ci à

Caper, le moyen le plus sûr serait de joindre au varech

d’autres plantes maritimes cultivées à terre et moins

chargées de sel marin.

Malzx6 ces inconvénients, la soude Se ie présen- K YF

tait de avantages et jouissait d'importants débouchés, dans l’industrie de ia verrerie, comme nous l'a montré

l'exposé des motifs de l'ordonnance de 1772, et l’on peut

croire que Couserr, en rédigeant le chapitre de l’ordon-

nance de 1687, qui concerne la récolte des plantes marines,

était préoccupé de ménager les intérêts des verriers normands. |

Il y avait alors en Normandie, à . de distance FR Cherbourg, des verreries prospères ‘. La plus ancienne remonte au xvi° siècle et fut établie à Couville, au lieu dit

Le Breuil, par une famille de gentilshommes verriers. les de Betreviice. Pierre de Bezrevize Y habitait en 15/8. En 1553, un autre établissement existait à Brix (à l'Est de Couville) que les trois frères de Beccevizee (Balthazar, Robert et Floxel) dirigeaient en 1598 ; à cette époque,

ils étaient les seuls, dans le pays, à fabriquer le verre « en plat » (verre à vitre); Louis XIIT renouvela leur privilège en 1616. Au témoignage du sire de GOUBERVILLE

(1553), leur fabrication utilisait les cendres de Fougères (évidemment Pteris aquilina). En 1750, la verrerie de Brix fut transférée à Tourlaville, près de Cherbourg.

{Je dois ces renseignements à mon savant collègue de Cherbourg, M. CorBière, professeur au Lycée.

UTILISATION INDUSTRIELLE DES ALGUES BRUNES 169 … Vers 1650, Jacques de Berrevirze avait établi une autre verrerie au Mesnil-en-Val a. de Cherbourg), mais elle eut une courte durée.

Enfin, il existait une autre verrerie de Tourlaville, sise à À à 5 kilomètres au sud, au bord de l'ancienne forêt de Brix, en un lieu nommé depuis la Glacerie de Tourlaville, et qu'il ne faut pas confondre avec la précédente. Elle fut fondée sans doute au début du xvrr° siècle, car Antoine de Caoueray, sieur des Friches, à qui elle appartenait, fut inhumé à Tourlaville le 21 août 1692. En 1653, en vertu d'un privilège de Louis XIV, Richard Lucas de Nenou, en prit la direction ; remarquablement intelligent et laborieux, 1l la rendit bientôt très prospère et 1l attira l'attention de Corserr. Il y fabriquait du verre blanc, tandis que le verre avait toujours eu jusqu'alors une teinte un peu verte!.

Les verreries ne manquaient donc pas aux environs de Cherbourg, et l’on conçoit que la soude de varech y trouvait son emploi. Toutefois, j'ignore à quelle époque celle-ci commença à remplacer les cendres des plantes terrestres ou des plantes maritimes, mais la soude de Kali, si elle y a été employée, ne devait pas être fabriquée sur place, car les Salicornia et Suæda sont relativement peu abondants sur ce littoral *.

Elphège Frey, Histoire de la Manufacture royale des glaces de France au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, 1909. Ce livre insiste surtout sur la vie administrative de la Manufacture ; on y trouve peu de renseignemen{s sur la nature des matériaux mis en œuvre pour la fabrication.

2La soude de ARE y était sans doute la seule employée su xvm® siècle; on lit en effet dans l'Encyclopédie, à propos du varech : « Son seul usage en quelques endroits est à fumer les terres, et en

TO

RU SORA AN Lee CO RE A SR Nes Re

Or, en 1665, Coinnt fondait la Mostetes ie

des Élico à Paris, au faubourg Saint-Antoine, et ache- nee tait plusieurs maisons pour loger des ouvriers venus des. h célèbres verreries de Murano, près de Venise, où sefaj briquaient les plus belles glaces d’après des procédés …

4 tenus secrets. E. Frey a conté combien les exigenceset Là les fantaisies de ces ouvriers italiens rendirent pénibles: | | les débuts de cette Manufacture. Corsertr mit alors la Compagnie royale en rapport avec Richard Lucas DE M Nénoc qui sauva « l'œuvre menacée de mourir en naissant » : ct dirigea la nouvelle verrerie de 1666 jusqu'à sa mort ll (1675). Il fut inhumé à Tourlaville. Richard Lucas ne | laissa que deux neveux : Guillaume Lucas, sieur de . Bonval, lui succéda comme directeur et administrateur

de la Glacerie de Tourlaville, jusqu’en 1720, tandis que.

Louis Lucas pe Nénou vint diriger l'établissement de:

Paris ; celui-ci inventa en 1691 la méthode de couler les. glaces et, en 1603, transféra la Manufacture de Paris au

Château de Saint-Gobain.

D'après E. Freux (loc. cif., p. 256), «en 1

Louis XIV accorda à la Compagnie le privilège de-

cueillir seule, pendant vingt ans, du 15 mars au 15 sep-

tembre, tout le varech le long de la côte de la Hogue

pour en obtenir des cendres et 16 faire ensuite transporter

à Paris. L'arrêt du 22 juin 1718 révoqua ce droit à la

ve demande des Normands » :

Normandie, à brüler, pour faire une sorte de soude, qu'on nomme soude de varech, qui se consume en quantité à Cherbourg pour fondre le verre, soit en table, soit en plat ».

1 C’est sans doute à la suite de cette révocation que les usines de Paris et de Saint-Gobain firent venir leur soude d’Alicante, où elle-

La construction des fours à soude ou fours à 1ode, comme on les appelle parfois maintenant, n’a guère fait de progrès depuis que l’on incinère les goémons. Voici comment P. Guérin (loc. cit.) décrivait en 1917 ceux

quil venait de voir aux environs de Brignogan : « Ce

sont de simples rigoles dont le fond et les parois sont constitués par des blocs de granit grossièrement assemblés. Leur longueur est de 9 à 10 mètres en moyenne (quelquefois 15 mètres) ‘ sur une largeur de 0°,55 à 0",60 et une profondeur de 0",40. Un four est souvent la propriété de plusieurs familles... Une fois allumé, au moyen de branches d’ajonc, le feu est alimenté par des Laminaires que

était si fréquemment falsifiée, que la Manufacture royale dut ÿ ins-

taller un de ses commis « chargé de veiller au brülement des soudes pour en avoir de plus nettes et de plus pures » (Fr£mx, loc. cit., P- 257)

‘ Ceux que j'ai vus au Conquet, à l'ile Callot (près de Roscoff) et à l’ile d'Yeu (en Vendée) sont notablement plus courts, ont 6 à 8 mètres ; les fourneaux longs sont plus difficiles à alimenter, ou exigent un personnel plus nombreux. GC. Varraux (loc. cit, p. 235) dit aussi que les fourneaux de Bretagne sont « longs de 4 à 5 mètres, larges de 40 centimètres et profonds d’autant ». Autrefois, cependant, les fourneaux étaient moins longs. On lit, en effet, dans l'Encyclopédie (loc cit.). « Voici la manière de brûler le varech, telle qu'elle se pratique dans le ressort de l’amirauté de Cherbourg. On construit une fosse longue de 7 à 8 piés, large de 3 à 4 et profonde au-dessus de l’âtre de 18 à 20 pouces ; on sépare cette fosse en trois ou quatre au moyen de deux pierres plates, qui en traversent la longueur ; au fond sont des pierres brutes et plates, comme des gros carreaux et que les riverains trouvent aisément le long de cette côte. Quand les fosses sont faites, on les remplit de varech sec ; on y met le feu, etc. ». La planche 101, fig. 2, intitulée Combustion du varech (Encyclopédie méthodique, Recueil de planches, Planches des pêches, Paris, 1793), montre que la combustion s'effectuait dans des fosses carrées ou à peu près.

l'on éparpille en minces cata tout le Fa ho la +

On obtient, dans ces conditions, une bouillie épaisse, de. Ë

couleur gris noirâtre qui, une fois refroidie et solidifiée, À

constitue la soude de Varech », que l'on appelle souvent :

aussi salin ou du nom anglais Rélpé de On ne parvient à obtenir cette bouillie épaisse qu ‘en

chauffant à une haute température, et en agitantet pétrissant fortement la masse en fusion avec de gros bâ- lons, ce qui est un travail fort pénible. Après refroïdissement, la masse vitreuse, bulleuse et scoriacée, ainsi ob-

tenue, est cassée en morceaux pour la vente ‘. Déjà au xvnr° siècle, alors q5'il n'était pas encore question d'ob-

tenir de l'iode, Macquer faisait observer que ce mode de

fabrication soumet la soude à une température trop élevée ?. PT du

1 D'après Sraxronp, même les meilleurs échantillons de salin renferment des fragments réconnaissables, bien que carbonisés, de stipes du £. Cloustonüu. | —

2 Mac@uer. — Diclionnaire de chimie, art. Soude, Paris, 1778.

« On en tireroit un bien meilleur parti, si l’on donnoit en la faisant une chaleur beaucoup moindre à ces cendres, et qu’on ne les

fit pas entrer en une demi-fusion, parce que cette espèce de fusion

ne se fait qu aulant que l’alkali fixe agit sur la partie terreuse ; et toute la portion de ce sel qui se combine en une vraie fritle, est en.

pure perte pour tous les usages dont je viens de parler, puisqu'elle ne peut plus être extraite par la lixiviation. Cet inconvénient est beaucoup moindre et même nul pour les verreries en verre. commun, dans lesquelles on emploie la soude toute entière, parce qu'alors la portion d’alkali fixe qui est déjà combinée avec Ja partie terreuse, n’en est pas moins en état d'agir comme fondant des

autres terres ou sables qu "on fait entrer ns la composition de ces.

verres, De là vient aussi que la soude de varech s'emploie avec grand succès et grand avantage dans ies verreries en verre commun, surtout dans celles de Normandie »,

D'après Grevisre (loc. cit., p. XXIT), qui emprunte une partie de ses renseignements à Neizz, la fabrication - de la soude de varech ou Kelp fut introduite en Ecosse, . un demi-siècle plus tard qu en France et en Angleterre, et . les îles Orcades, où elle prit bientôt un développement considérable, exportèrent leur première cargaison en 1722.

Tout d’abord, les habitants de ces îles protestèrent énergiquement contre cette fabrication, attribuant toutes sortes d'influences néfastes aux fumées dégagées par la combustion des Algues, puis leur mentalité changea quand ils constatèrent les bénéfices qu'elle procurait à ceux quis y ivraient. GREVILLE cite, d après divers auteurs, les sonimes immenses que les propriétaires des terrains bordés de rochers marins encaissérent aux Orcades et aux Hébrides. « La valeur des domaines s'étendant sur une côte bien pourvue d'Algues augmenta tellement que là où les Algues ne croissaient pas naturellement, on tenta, el avec succès, de les cultiver en couvrant le sable des baies avec de grandes pierres qui fournirent une récolte de Fu-

… cus trois ans plus tard, la mer y ayant apporté les germes

nécessaires ». Les bénéfices furent d'autant plus considérables que, pendant les guerres de la Révolution française. un énorme impôt de guerre empêchait l'importation de la Barille d'Espagne. Puis, l'impôt ayant été supprimé, les prix de lä soude de varech tombèrent rapidement : avant même que l'impôt qui grevait le sel marin eut subi le même sort (1823), on préparait en grande quantité, par le procédé Leblanc, une soude plus pure à laquelle les verreries donnèrent la préférence. Le Kelp, qui se vendait 20 à 22 livres sterling la tonne, tomba à 3 livres sterling ; 1l n'était plus rémunérateur pour ses fabricants.

On cherchait depuis longtemps en France un traite-

Ml. - >. Jets

TN

en LU mr

tr ge

1 ; ÿ ) F5 | ‘ AE a CDs 2 : k : 2 F 174 UTILISATION INDUSTRIELLE DES ALGUES BRUNES Ps “

Cons Cotthner te: 2-7 nr at Be ROC LETTRE ES

Page 1