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II. Alimentation des animaux

Iles du Finistère, Islande, Norvège. — Expériences d’'Apriax, de Larrcque, de Sauvageau et Moreau sur le cheval. — Digestibilité des Algues marines. — Les herbivores marins ; la Diatomée bleue et le verdissement des huîtres.

Edm. Perrier dit dans son article sur les Algues ma-

rines alimentaires (loc. cit.) : « Depuis longtemps, on mange, sous le nom de {angle, sur les côtes d'Angleterre

et de Norvège, les jeunes tiges de Laminaires; une espèce de Fucus, l'Alaria esculenta, est l'aliment ordinaire des populations littorales de l'Irlande, de l’Ecosse, du Danemark et des îles Feroë ». Geci semble écrit pour inviter le

Jecteur à suivre l'exemple des peuples septentrionaux.

D’autres auteurs font aussi allusion aux Algues marines

employées par l’homme pour sa nourriture dans le Nord

et en Orient, et regrettent que nous ne sachions pas les

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utiliser ; ] entente ici comme nourriture les Algues qui se mens crues ou plus ou moins cuisinées, et non celles qu'on emploie comme artifices culinaires, pour pré | parer des gelées ou pour épaissir des sauces ou des po tages : dans ce dernier cas, en effet, ce n’est pas à proprement parler l'Algue elle-même qui est utilisée, c'est la substance extraite, produit industriel ou qui peut être industrialisé. Toutefois, la plupart des auteurs semblent s'inspirer de ce que GREvILLE (loc. cit.), Hanvex' quieurs prédécesseurs ont écrit à ce sujet, et bien peu disentqu'’ils essayèrent d’en manger ; on ne cite cependant aucune espèce vénéneuse?; STANFORD lui-même manquait d'expérience personnelle et s'il expose en 1862 les diverses espèces comestibles, c'est, dit-il, d'après les Mémoires de P.-L. Srumowns et du D° Maccowax; en 1883, ilesti= : mait néanmoins que les Algues devraient être aussirecherchées que les Champignons, car elles sont aussi J riches en produits alimentaires, raisonnement qui est un peu trop chimique.

On remarquera aussi que les : auteurs citent toujours les mêmes pays comme consommateurs d'Algues ; ce sont : { W.-H. Harvey. — Nereis boreali americana, Smithsonian Institution, Washington, 1852-1858 — Phycologia Babe et À Manual. Je nomme Grevizce et HArvEY parce que leurs ouvrages sont très répandus. (GREvILLE, écossais et habitant d'Edimbourg, par conséquent en situation d’être bien et directement documenté, emprunte néanmoins à Liexrroot, GMELN, Gunner, elc., une partie de ses renseignements.

* En . points des côtes de Norvège et particulièrement du Finmark, dit Fosix (Ueber die Laminarien Norvegens, Christiania, 1884, p. 55), on utilise l’Alaria, les Laminaria flexicaulis et L. Clous-

tonii rejetés sur la grève, comme succédanés des fourrages pour nourrir les bestiaux pendant l'hiver, Or, à Berlevaag, on évite soi-

Et

th une part, les pays du nord de l’Europe, particulièrement les contrées où les ressources alimentaires n'abon- dent pas, et les auteurs sont d'autant moins précis à leur : sujet qu'ils sont plus récents ; d’autre part, les pays ha- bités par des Chinoïs, Japonais, Hawaïens, peuples dont les goûts diffèrent singulièrement des nôtres. La consom- + EE aation n'est donc pas en voie d'accroissement. Enfin, et ceci paraît très remarquable, ce sont toujours les mêmes. espèces qui sont consommées ; on pourrait l’expliquer, il me semble, par la ressemblance de ces Algues avec des . plantes cultivées (U/va Lactuca), ou bien parce que . l’homme a suivi l'exemple des animaux qui mangeaient celles-là et non les autres (Alaria esculenta, Rhodymenia - palmala), ou encore parce que, dans les temps anciens, - des essais ont abouti à un choix transmis par la tradition (Porphyra).

Pour éviter une désillusion au lecteur, je veux dire tout de suite que j ai demandé à M. Kolderup RôsexvixGe, di- - recteur du Jardin botanique de Copenhague, qui publie - actuellement une magnifique étude d'ensemble sur les

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gneusement de récolter en même temps une autre Laminaire digitée, mais noirâtre. qui, lui a-t-on affirmé, est très nuisible, produit des accidents comparables au météorisme, pouvant même entrainer la mort. FosLiE n’a pas réussi à la récolter ; cependant, la description qu'on lui en a faite rappelle le L, Gunneri, et, à défaut d’expériences, 1l incriminerait plutôt l'un des nombreux animaux parasites de la Laminaire que la Laminaire elle-même.

D'après Wesr (A Treatise on the British Freshwater Algæ, Cambridge, 1904), le Lyngbya majuscula, qui croit en abondance sur les grèves de corail du golfe de Mannar (Océan Indien), aurait souvent empoisonné des chevaux. Les conditions dans lesquelles cette Cya- nophycée vit sur les côtes européennes ne nous laissent guère comprendre comment le fait peut se produire.

utilisent les Algues uniquement comme engrais de leurs

| RE Algues du Dante si l’on mange eco d Aleu | en aie quelles sont les espèces préférées et ce qu'il sait à ce sujet des autres pays septentrionaux. Ma question l'a surpris, car les Danois, m'a- til répont lu.

champs. Au Groenland, que M. Roms a parcourt précisément pour en étudier les plantes marines, sur lesquelles il a publié deux Mémoires, dont l’un a paru dans nos Annales des Sciences natur elles. si les habitants mangent parfois l'Alaria Pylaü et le Rhodymenia hold > Re c'est à titre exceptionnel, et Jamais il ne les a vus en faire 4 4 de récolte *. [1 a bien voulu aussi interroger notre ami commun, M. F. BürGEsen, qui, après plusieurs séjours

d'étude aux Feroë, en a décrit la flore marine dans un

Mémoire rapidement devenu classique ; or, M. BünGesEs | 4 à n'a jamais vu non plus les habitants manger d’ Algues marines et s'ils en offrent à leurs bestiaux c’est exception. nellement et en temps de disette. L'algologue norvégien, M. Wire, professeur à l'Université de Christiania, lui à 2 dit ausSi que les habitants des côtes norvégiennes n ‘ont 4 guère mangé les Algues qu’accidentellement et en cas de diselte ; par contre, comme nous le verrons plus loin, ils 4 les utilisent comme fourrage. Enfin, M. RosenNvINGE a à obtenu du professeur Th. ee Ne savant islandais

résidant à Copenhague une précieuse documentation sur

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A. Croazr (Marine Algæ, in Manual of the Natural History, Geology, and Physics of Greenland, Londres, 1876, p. 276), men- 3 tionne cependant que les indigènes mangent l’Alaria Pylau. 5

1 M. Rosexvince m'informe que PéGycer de SCHÜBELER (Viridarium norvegicum, Christiania, 1886- 1880), écrit en norvégien. renferme des renseignements sur l’utilisation des Algues en Norvège dans les temps anciens. re

À Éd Les deux genres Re menia et Alaria fai- . saient jadis partie de l'alimentation normale des Islandais ; en temps de disette, ils mangeaient aussi d’autres espèces dédaignées en temps ordinaire, et les Annales du …. pays mentionnent que certaines personnes en mouraient. . IL faudrait savoir si ces morts étaient dues à un véritable empoisonnement, ce qui est douteux, ou à des espèces trop indigestes pour des organismes affaiblis par la fa- É. mine. Si les Algues marines ont pour ainsi dire disparu de la consommation humaine en Islande, on verra qu’elles ; y sont encore une précieuse ressource pour la nourriture des animaux. | E On ne nous reprochera donc plus, comme on l'a = maintes fois répété récemment dans des journaux, de ne pas savoir profiter, aussi bien que nos frères du Nord, de = la nourriture végétale que la mer met à notre disposition avec tant de prodigalité ! Dans les îles de l'Ouest du Fi- - nistère, où les Algues marines sont employées, ou ont < été employées, pour la nourriture des animaux, l'homme = neles consomme point : de vieux habitants, que j'ai in- terrogés à l'ile d'Ouessant, n’ont même jamais entendu leurs parents faire une allusion quelconque à la comestibilité des Algues; ils connaissent seulement l’usage du Lichen cuit dans le lait, et bien peu s’en servent. :

Restent cependant les pays britanniques, où quelques personnes encore mangent des Algues marines, mais bien plus comme condiment que comme nourriture ; d’ailleurs, il serait surprenant que dans un pays comme l’Angleterre, où les champignons comestibles obtiennent peu de faveur, on recherchät les Algues marines plus difficiles à

récolter.

Mérar’ exposait en la question aéaidé il dis: . « Dans les climats où la nature est avare de ses dons, 0 l’homme trouve à peine de quoi fournir à sa subsistanc celui-ci a dû chercher dans tout ce qui l'entourait de q à.

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US du moins rt ou moins propre à sa nourriture journalière On les mange mélés en diverses proportions 5 à de la farine ou à d’autres substances nutritives ou seuls, ou cuits dans du lait, etc. Je ne doute point que les Fu- 5 54 cus ainsi préparés ne fournissent une meilleure nourriture que l'écorce de ‘pin et de houleau, que les A à du nord, non voisines de la mer, mangent faute de * mieux ». | "28 En résumé, si les anciens habitants des régions sep-. : tentrionales se sont nourris habituellement d'Algues, leurs descendants actuels en ont à peine conservé le souvenir. de

Je passe néanmoins en revue, à peu près dans l’ordre botanique, les espèces indiquées comme mangées en Europe, réservant pour un paragraphe spécial les Algues à mangées au Japon et aux îles Sandwich. Je m'occuperai ensuite des Algues données aux animaux domestiques.

L'Ulva Lactuca (ou sa variété lalissima) forme de larges lames plus ou moins ondulées, d’un beau vert, répandues dans toutes les mers ; c’est le green laver ou oyster green des Britanniques qui, disent GREVILLE et SrANFORD, le à mangent à défaut de Porphyra. En France, on l'appelle e

{Mérar, article Fucus, in Dictionnaire des Sciences médicales, t. XVII, Pre 1810.

vulgairement /laitue de mer bien plus à cause de son as- pect que pour l'usage qu'on en fait. Après l'avoir lavé dans l'eau douce, j'en ai préparé une salade ; c'était coriace et cireux et, malgré un bon estomac, j’ai craint d’en éprouver une indigestion. P. Harior (Atlas, p. 5), dit aussi: « Le goût des Algues cuites n’est généralement pas très agréable; crues, elles sont, dit-on, préférables. Nous n'avons pas conservé un excellent souvenir d’une salade à la laitue de mer (Ulva Lactuca) dégustée au cours d'une exploration maritime ».

D'après Grevizre, on mange en Ecosse les jeunesstipes du Laminaria digilala ou Tangle et, de son temps, des marchands Îles criaient dans les rues d'Edimbourg ; il s'agit probablement du L. flexicaulis, car le Z,. Cloustonu est plus résistant et ses canaux mucifères en diminue- raient sans doute l'agrément. Un Anglais habitant la France, avec qui J'ai été en relations épistolaires au sujet de la comestibilité des Algues marines, m'a affirmé qu'un ami, habitant Belfast, lui avait envoyé, en 1918, un paquet de Tangle et de Dulse acheté chez une marchande de légumes. |

Une très jolie Laminaire de l’Europe septentrionale. l’A laria esculenta, est commune à l’île d'Ouessant, mais elle est rare et sporadique sur nos côtes de la Manche ; elle tend cependant à s’y répandre, et s’est récemment implantée à Cherbourg, où M. CoRBièRe a suivi son extension‘. La plante croit sur les rochers très battus ; sa longueur est souvent de 2 mètres sur 15 centimètres de largeur, Contrairement aux autres Laminaires de nos côtes,

1 C. SauvacEau. — Sur la dissémination et la naturalisation de

quelques Algues marines. Bulletin de l’Institut océanographique, N° 342, Monaco, 1918.

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sa bre est parcourue par une nervure (saillante

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parles latérales minces et délicates se déchirent tr

Fig. 22. — Alaria esculenta, Grev.

Individu récolté devant la digue de Cherbourg, par M. Conniire, en ai 1/4 gr. natur.

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