‹ Utilisation des forces motrices du Rhône: et régularisation du Lac LémanChapitre 20 sur 126 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Goneessîon des Forées motriees du Mène à la Ville de OeRèye

Les études

On était alors à la fin d*avril, et le renouvellement des autorités municipales devait avoir lieu à la fin de mai. La population s'était passionnée pour et contre l'exécution des travaux par la Ville ; la politique, comme toujours, s'était intimement mêlée à la question ; aussi les élections^ par le peuple^ du Conseil municipal le 14 mai 1882, et quinze jours plus tard, du Conseil administratif (pouvoir municipal exécutif) furent faites exclusivement sur cette question. Les partisans de l'exécution par la Ville l'emportèrent de haute lutte à une forte majorité.

Le nouveau Conseil administratif élu, composé de MM. Ed. Pictet, Rutishauser, Turrettini, Empeyta et Lecointe, était unanime sur la question.

M. l'ingénieur Turrettini, nommé par ses collègues délégué aux travaux, fut chargé de poursuivre immédiatement l'étude du projet.

Sur sa proposition, le Conseil administratif nomma une commission générale de dix-huit membres pour l'examen général du projet, en même temps qu'il chargeait plus spécialement M. l'ingénieur Legler, de Claris, de l'étude technique de la question.

M. l'ingénieur Legler, étant en même temps expert de l'Etat de Vaud dans le procès du niveau du Léman, présentait l'avantage de connaître entièrement le sujet, et son choix devait amener plus facilement à une entente amiable.

Le questionnaire suivant fut remis à M. Legler :

i^ Quel est le maximum de force régulière que la Ville de Genève pourrait créer sur le Rhône en utilisant la chute totale disponible, du débouché du lac à la Jonction, soit en conservant les conditions actuelles d'écoulement du lac, soit en régularisant simultanément le niveau du lac, de façon à satisfaire aux voeux des riverains et, en tous cas, en laissant en tout temps un écoulement suffisant pour ne pas porter préjudice aux usines créées, ou qui pourraient être créées en aval ?

2® Sous quelle forme et par quel projet rationnel pourrait-on créer cette force ?

3° Cette force pourrait-elle être créée par étapes successives sans nuire au résultat final?

4<> Dans le cas affirmatif, comment seraient établies ces étapes, et quelle serait la dépense approximative pour chacune?

5° Dans le cas d'utilisation du bras gauche du Rhône seul, comme canal industriel, le bras droit servant saulement à la régularisation, y a-^t-il avantage à établir un canal de fuite des turbines au moyen d'une digue séparant les eaux des deux bras, ce qui permettrait de réduire le

draguage de la partie droite du fleuve ; ou est-il préférable de draguer toute la largeur du fleuve, et d'éviter ainsi la digue longitudinale ?

6^ Pourrait-on réserver la restitution de la force aux usiniers de la rive droite, jusqu'au moment où le débit nécessaire aux turbines dépasserait 80 mètres cubes, conservant le débit du fleuve inutilisé pour faire mouvoir dans les conditions actuelles les moteurs existants de la rive droite à Souterre, ou est-il préférable de prévoir la restitution immédiate de la force aux usiniers ?

7° Quelle sera l'influence du projet d'utilisation que prévoira M. Legler sur les conditions actuelles d'écoulement des égouts de la Ville ?

8° Y a-t-il avantage à laisser subsister les pompes actuelles de la Ville de Genève dans les emplacements qu'elles occupent maintenant, en leur transmettant la force par câbles ou autrement, ou serait-il préférable de les transporter dans le voisinage immédiat des turbines à établir ?

Le travail de M. l'ingénieur Légler, dans l'alternative de la régularisation du niveau du lac, devait être basé sur les données suivantes : Le niveau minimum sera à 4™80 sous PN., soit 1°>20 au-dessus du du limnimètre normal.

Le niveau maximum devra être calculé sur un abaissement de 60 à 65 centimètres au-dessous du maximum de l'année 1874.

Subsidiairement :

9<* Quelle serait la force disponible en utilisant la chute du fleuve, de la Jonction aux moulins de Vernier, et quelle serait la dépense approximative aff'érente à ce projet ? Indiquer quelle serait la disposition la plus avantageuse d'utilisation de cette chute ?

En même temps que le Conseil administratif s'adressait à M. Legler, il demandait et obtenait du Conseil municipal nouvellement nommé, un premier crédit de fr. 7,000 pour les études préliminaires (Séance du 20 juin 1882).

Premiers rapports de MM. Legler et Aohard

(Voir texte planche D)

Dès les premiers jours de juillet, M. Legler envoya la réponse à la dernière question relative à l'utilisation de la force motrice du Rhône aux moulins de Vernier.

Le 2 août, M. Legler adressait son rapport principal.

M. l'ingénieur A. Achard, rapporteur de la sous-commission technique, avait traduit en toute hâte le volumineux travail de M. Legler, qui était distribué au Conseil niunicipal. Ce travail était accompagné d'une discussion du mémoire de M. Legler (voir fascicule I, pages 7 à 49) rédigée par M. Achard.

Dans son rapport, M. Legler rappelle sommairement les projets antérieurement présentés, à savoir le projet de MM. Pestalozzi et Legler de 1875 et le projet de M. Rilter de 1876.

Il indique qu'il a établi ses calculs sur un débit constant pendant 24 heures par jour pour ne pas tomber dans l'inconvénient du projet Rilter qui arrêtait le Rhône la nuit et les dimanches pour obtenir la réserve nécessaire.

Il rappelle ensuite que M. l'ingénieur Achard avait déjà, en 1878, fait d'une manière très scientiBque un travail analogue au sien sous le titre : Exposé d'une modification au projet de MM. Pestalozzi et Legler, et que ce travail pourra servir à contrôler les résultats de son propre rapport.

M. Legler en arrive ensuite à Taménagement nouveau des deux bras du Rhône en vue d'un plus grand débit. Il explique que le débit du bras gauche destiné à devenir canal industriel pourra atteindre 350 mètres cubes par seconde avec une cote de fond PN. — 4°*50, avec une pente de 1.3 7oo-

Le bras droit serait creusé à la même profondeur, et deviendrait le canal de régularisation.

Le canal de fuite au-dessous du futur bâtiment des turbines devrait avoir une largeur minimum de 60 mètres, une profondeur d'eau minimum de 4 mètres et une pente de 1 y^.

Le rapport de M. Legler examine ensuite le mode de régularisation du lac le plus approprié au but, et par le calcul, jour par jour, des entrées et des sorties pour Tannée 1874, établit le niveau qu'aurait eu le lac dans l'hypothèse que la correction prévue eût été un fait acccompli : il montre que les débits nouveaux auraient permis de maintenir le lac en 1874 entre les deux cotes PN. — 1.20 et PN. — 1.80, indiquées par le Conseil administratif comme limites entre lesquelles le lac devrait varier dans l'avenir.

Le chapitre suivant est consacré à l'étude des débits, pour chaque régime du Rhône, de la chute brute et des forces hydrauliques en résultant.

M. Legler démontre que Ton peut, par des approfondissements successifs, en aval, avoir successivement une force disponible de 1,333, 2,666 et 7,000 chevaux.

Cette question amène naturellement M. Legler à déterminer la quotité d'approfondissement nécessaire pour atteindre la chute correspondant à chacune des périodes sus-indiquéea, et il établit la profondeur d'eau nécessaire pour obtenir des débits variant jusqu'à 700 mètres cubes par seconde.

Le sixième chapitre est consacré à l'examen des conditions d'établissement du barrage principal du bras droit, que M. Legler propose de placer à la hauteur du pont de la Machine. Il propose, en outre, l'établissement de vannes de décharge, du bras gauche dans le bras droit, en aval de l'Ile. Il indique éventuellement la possibilité d'établir des vannages supplémentaires, soit en utilisant les coursiers des anciennes machines, soit en établissant un vannage entre le bâtiment de l'ancienne Machine hydraulique et la pointe amont de l'Ile.

M. Legler propose de placer le futur bâtiment des turbines en aval du pont de la CquIouvrenière et d'y placer successivement des turbines de 200 chevaux au fur et à mesure des besoins .

Le dernier chapitre est consacré à l'étude financière du projet.

Le coût du projet A — 1,333 chevaux — est devisé à fr. 1,400,000.

Le coût du projet B — 2,666 chevaux — — à fr. 2,500,000.

Le coût du projet C — 7,000 chevaux — — à fr. 4,500,000.

Dans ces prix, ne sont compris que les travaux nécessaires à la création de la force, mais non les pompes, les canalisations et les systèmes de transmission de la force.

Il ressortait donc de cette étude sommaire :

1<> Que la Ville de Genève se trouvait dans des conditions exceptionnellement favorables en vue de l'utilisation de forces motrices importantes, grâce au débit et à la pente du Rhône à sa sortie du lac.

2^ Que la création de cette force, qui s'élevait au total à 12,000 chevaux bruts, pouvait se faire par étapes successives en deux emplacements et en quatre périodes différentes, à savoir :

a) Création d'une force de 1333 chevaux bruts, avec une dépense totale de fr. 1,400,000.

b) Création d'une force supplémentaire de 1333 chevaux bruts, par une dépense supplémentaire de fr. 900,000.

c) Création d'une force supplémentaire de 4334 chevaux bruts par une dépense supplémentaire de fr. 2,000,000, ce qui porterait à 7,000 chevaux la force créée en cet endroit, avec une dépense totale de fr. 4,500,000, auxquels il convenait toutefois d ajouter la dépense afférente à la restitution de force aux usines déjà existantes et aux pompes élévatoires de la Ville de Genève, ainsi que les frais de transmission de forces aux nouvelles usines qui se créeraient; mais ces derniers frais ne devaient se faire qu'au fur et à mesure des besoins de l'industrie.

d) Création, à Vernier, d'une installation de 5,000 chevaux. L'ensemble des frais d'utilisation de cette dernière force ne devait se monter guère à plus d'un million.

La Ville de Genève pourrait donc créer dans son voisinage immédiat, pour une somme totale de fr. 5,500,000 à 6,000,000, une force de 12,000 chevaux bruts, et cela en quatre périodes successives, ce qui permettrait de proportionner toujours la dépense à exécuter, aux besoins des services publics et de l'industrie, et, par conséquent, aux ressources de la Ville.

M. l'ingénieur Achard accompagna le mémoire de M. Legler d'une crilique très serrée. M. Achard approuvait les lignes générales du projet, mais concluait à ce qu'il y avait lieu de modifier la proportion dans laquelle les deux bras contribueraient à l'écoulement total, en accroissant considérablement le débit du bras droit. (Fascicule I, p. 7).

Propositions du Conseil Administratif pour demander la concession des Forces motrices du Bhône en faveur de la Ville de Genève (août 1882)

A la suite de cette étude, le Conseil Administratif n'hésita pas à proposer au Conseil municipal de demander à l'Etat de Genève la concession des forces hydrauliques du Rhône, mais en réservant toutefois la possibilité de répartir d'une manière rationnelle la création de la force suivant les besoins existants, ainsi que le permettait l'étude préliminaire qui était présentée.

Le Conseil Administratif attirait en même temps l'attention du Conseil municipal sur le fait que la dépense de première installation était grevée, dans l'alternative de l'abaissement du niveau du lac, de frais considérables qui ne pouvaient incomber à la Ville de Genève, et il estiniait qu'il était juste que ceux qui en retireraient le bénéflce, fournissent dans ce but une subvention équitable.

On ne devait pas oublier, en effet, que les résultats obtenus par les travaux proposés par M. Legler auraient de grands avantages pour deux cantons voisins, et devaient intéresser par conséquent à un haut degré la Confédération Suisse, qui a toujours aidé dans une forte proportion (un tiers) les cantons confédérés lorsqu'il s'est agi de corrections de rivières.

L'évaluation de la subvention que devrait recevoir la Ville de Genève des riverains du lac et de la Confédération, devait, dans l'esprit du Conseil Administratif, être égale à la dépense que nécessiterait l'amélioration de l'écoulement du lac. Dans le cas où il ne serait pas fait emploi de la force motrice existante à la sortie du lac, cette dépense était évaluée par MM. Legler et Pestalozzi, experts de l'Etat de Vaud (page 84 de leur rapport au Conseil d'Etat du canton de Vaud sur les conditions d'écoulement du Rhône à Genève, 1870) à la somme de fr. 750,000.

Ce chiffre ne correspondait pas, en réalité, à la perte qa'aurait faite la Ville de Genève en améliorant l'écoulement du lac^ puisque, d'après le rapport de la sous-commission technique, la force obtenue dans la première période se serait trouvée égale à la force de la deuxième période, soit 2666 chevaux, si l'on avait pu conserver les conditions actuelles d'écoulement du lac ; la dépense causée par le travail d'abaissement du niveau aurait donc coûté à la Ville la somme de £r. 1,100,000.

C'était donc ce dernier chiffre qui devait servir de point de départ à la demande de subvention.

Une fois cette question préliminaire de la subvention résolue, le Conseil Âdmitiistratif, sur le préavis de la Commission consultative^ concluait à la demande de concession, confiant qu'il était que l'exécution par la Ville de Genève du projet d'utilisation des forces du Rhône, tout en amenant naturellement la solution du conflit pendant entre les Etats de Genève et de Vaud, contribuerait en même temps, dans une large mesure, à la prospérité commerciale et industrielle de Genève. Le Conseil administratif proposait donc de demander à l'Etat de Genève la concession de ces forces.

Dans le projet d'arrêté qui était soumis au Conseil municipal, le Conseil administi^atif avait résumé, autant que possible, les points principaux du projet de loi, tel qu'il espérait que ce projet sortirait des délibérations du Grand Conseil.

Il avait d'autant plus raison de l'espérer qu'il s'était inspiré autant que possible des clauses du projet de loi voté en deuxième débat, accordant le monopole des forces hydrauliques du Rhône à MM. Henneberg et C% et cela dans l'idée que la Ville de Genève ne saurait équitablement être placée dans une situation plus fâcheuse qu'une société privée.

La complète harmonie qui avait régné dans toute l'élaboration du projet entre le Conseil d'Etat et le Conseil administratif permettait de croire que la demande de concession serait promptement mise en discussion par le pouvoir législatif. Le Conseil administratif était certain en outre, que le Conseil d'Etat ferait tous ses efforts pour obtenir en faveur de la Ville, soit de la Confédération, soit des Etats riverains, une subvention proportionnelle aux sacrifices qu'elle devrait s'imposer pour obtenir la régularisation du lac, simultanément avec la création des forces hydrauliques du Rhône.

Le projet d'arrêté soumis à l'approbation du Conseil municipal était rédigé en ces termes :

Le Conseil municipal, Sur la proposition du Conseil administratif, Arrête :

ARTICLE PREMIER. — Le Couseil administratif est chargé de s'adresser au Conseil d'Etat aux fins d'obtenir pour la Ville de Genève, une concession ayant pour but l'utilisation de la force motrice hydraulique du Rhône, avec la garantie qu'il ne sera fait ni dans les 500 derniers mètres du cours de l'Arve, ni dans les 5,000 mètres du lit du Rhône en aval de la Jonction^ aucun travail qui pourrait être préjudiciable à Tentreprise projetée^ et cela dans les conditions suivantes :

A. La Ville de Genève s'engage à exécuter selon les plans et projets qu'elle soumettra à qui de droit et sous réserve de subventions équitables accordées à l'entreprise par les Etats riverains et intéressés :

a) Un barrage transversal sur le bras droit du Rhône, à la hauteur de la Machine hydraulique*)

b) Un barrage avec emplacement de turbines placé sur le bras gauche en aval de l'Ile ;

c) Les draguages nécessaires pour donner au lit du Rhône depuis le lac jusqu'au confluent de l'Arve, au fur et à mesure des besoins, la section qui aura été fixée ;

d) Des moteurs capables d'utiliser la force de la chute, ainsi que les moyens de transmission de cette force, au fur et à mesure qu'elle pourra être utilisée pour l'industrie ou les services publics ;

é) Les travaux ultérieurs nécessaires pour utiliser la chute du fleuve en dessous de la Jonction.

B. La Ville de Genève s'engage à soumettre à l'approbation du Conseil d'Etat tous les règlements et tarifs concernant cette entreprise.

C. Elle s engage à indemniser dans une juste mesure les propriétaires d'immeubles qui pourraient être atteints par l'exécution de l'entreprise, sous réserve de l'expropriation forcée en cas de désaccord.

Elle s'engage également à restituer au prix de revient aux usiniers, au fur et à mesure des besoins, la force hydraulique moyenne dont ils disposent actuellement.

D. Elle s'engage en outre à faire participer les communes avoisinantes, dans une juste mesuré, aux charges et aux bénéfices de l'Entreprise.

E. La Ville pourra se dégager de ses engagements, si, dans le délai de trois ans, il n'intervient pas de convention entre l'Etat de Genève et les Etats riverains lui assurant une subvention équitable.

Article 2. — Le Conseil administratif est chargé de l'étude définitive du projet d'utilisation des forces hydrauliques du Rhône.

Ce projet fut renvoyé à une commission qui rapporta favorablement par Torgane de M. A. Annevelle, le 5 septembre, et le projet d'arrêté fut voté le jour même. Dans la même séance, au nom du Conseil administratif, M. Turrettini informa la Commission qu'une entente était intervenue entre l'autorité municipale et la société en formation qui avait demandé la concession des Forces motrices du Rhône.

Les initiateurs de ce projet étaient prêts à retirer leur demande de concession, moyennant une indemnité de 35,000 fr. pour leurs frais d'études. Le crédit fut voté par le Conseil municipal le 24 octobre 1882.

La Loi du 30 septembre 1882

A la suite de la demande de concession de la Ville de Genève, le Conseil d'Etat, dans la séance du Grand Conseil du 30 septembre 4882, présenta, par l'organe de M. le conseiller d'Etat Gavard, un rapport à l'appui du projet de loi accordant la concession à la Ville..

Le rapport rappelait que dans sa séance du 49 avril dernier, le Grand Conseil avait déciflé d'ajourner la discussion en troisième débat du projet de loi accordant à la Société pour l'utilisation des eaux du Rhône la concession des forces motrices de ce fleuve et de fixer à la Ville de Genève le 4®'' septembre comme dernier délai pour présenter une demande de concession dans le cas où elle voudrait assumer la responsabilité de l'entreprise. Une commission consultative avait été immédiatement désignée par le Conseil administratif dans le but de procéder à l'étude de la question et M. Legler, ingénieur du canal de la Linth, avait été chargé de préparer un projet sommaire d'utilisation.

Il était résulté de ces travaux préliminaires la double conviction que la Ville de Genève était bien placée pour tirer un parti avantageux des ressources existantes et qu'elle pouvait créer une force brute de 42,000 chevaux sur trois emplacements et en cinq périodes successives.

Le rapport rappelait "qu'aussitôt après, le Conseil municipal, sur les propositions d'une commission choisie dans son sein, avait pris, dans sa séance du 5 septembre, un arrêté par lequel il confiait au Conseil administratif le mandat de solliciter des autorités cantonales la concession de l'entreprise dans des conditions déterminées.

Le Conseil d'Etat, nanti de cette detnandé dès lé 6 septembre, remit à une commission de trois de ses membres le soin d'examiner le susdit arrêté et la meilleure procédure à suivre pour donner prompte satisfaction aux vœux de la Ville de Genève.

Cette commission entendit les explications de deux délégués du Conseil administratif et fut bientôt d'accord avec eux sur la manière d'introduire la requête auprès du Grand Conseil. Le moyen le plus simple consistait à substituer la Ville de Genève à la Sociélé qui avait obtenu la concession en deuxième débat, et d'acheminer à la conclusion d'une convention entre le Conseil administratif et la Société.

' Une entrevue spéciale avec les représentants de la Société avait permis de poser les bases d'un traité aux termes duquel celle-ci renunoerait à sa demande de concession en faveur de la Ville, moyennant la somme de 35,000 fr., constituant l'équivalent de ses frai.s, somme qui lui serait payée, dès que la Ville aurait obtenu la concession c'esl-à-dire dès la promulgation de la loi.

Le Conseil d'Etat avait reçu, le 22 septembre, de MM. Henneberg, Karcher et Piachaud, l'annonce officielle de cet arrangement. Leur lettre ajoutait que, clans le cas peu probable où la concession ne serait pas accordée à la Ville de Genève, ils se réservaient le droit de priorité pour formuler une nouvelle demande.

Le même jour, le Conseil d'Etat avait soumis à Tadhésion du Conseil administratif la procédure suivante :

« Dès qu'il aurait reçu communication du consentement de la Ville, le Conseil d'Etat le soumettrait, en même temps que l'arrêté municipal, à M. le président du Grand Conseil, avec prière d'en nantir la commission du Grand Conseil. Celle-ci pourrait proposer en troisième débat et sous forme d'amendement la substitution de la Ville de Genève à la Société Lan, Henneberg et 0«. Toutefois il convenait que la demande de la Ville, afin de rester fidèle aux dispositions de l'article premier de la loi du 5 octobre 1872, sur les concessions à bien plaire, fût scindée en deux parties, Tune qui ferait l'objet du troisième débat et pour laquelle les formalités légales ont été remplies par la Société; l'autre, plus particulièrement relative à la section du Rhône qui s'étend de 4000 à 5000 mètres en aval de la Jonction. Le Conseil administratif devrait donc adresser à l'Etat, ainsi qu'il avait été convenu entre les délégués des deux corps, une requête spéciale pour ce supplément de concession, la Ville prenant d'ailleurs l'engagement d'exécuter les travaux ultérieurs nécessaires pour utiliser la chute du fleuve en-dessous de la Jonction. Une fois les délais de publicité et d'affichage expirés, le Conseil d'Etat soumeltrait cette requête, avec son préavis, à l'approbation du Grand Conseil, dans la session la plus rapprochée f.

Le Conseil administratif ayant immédiatement répondu qu'il était complètement d'accord sur ce mode de faire avec le Conseil d'Etat, celui-ci s'était empressé de communiquer les pièces nécessaires à la commission du Grand Conseil.

Après en avoir pris connaissance, celle-ci s'était déclarée unanime à sanctionner la marche à suivre dans cette affaire et à recommander l'adoption en troisième débat du projet amendé qui avait été distribué par les soins de la Chancellerie et dont la teneur était absolument conforme aux désirs de la Ville de Genève, comme aux intérêts de l'Etat.

La Commission avait formulé un vœu : c'était que si, par impossible et à la suite de circonstances que l'on ne pouvait indiquer, mais qu'il convenait de prévoir, la Ville de Genève venait à

renoncer à son entreprise, VEtat devrait, avant tonte société privée, recueillir les charges et les bénéfices d'une œuvre aussi utile et féconde pour l'ensemble du pays.

Les considérants étaient empruntés à l'arrêté municipal dont ils reproduisaient fidèlement les termes. Le projet de loi accordant à la Ville de Genève la concession des forces motrices du Rhône (voir Annexe N° I) fut adopté à l'unanimité dans la même séance (30 septembre 4882).

La suite des études

A la suite du vote de U loi, des études plus complètes furent entreprises (voir Fascicules

11 et III).

M. l'ingénieur Legler avait, entre temps, complété ses études et présenté en date du

12 septembre 1882 un rapport supplémentaire^ tenant compte des critiques faites à son premier projet (Fascicule II, page 63).

Il avait envisagé essentiellement trois modifications à apporter à son projet d'août:

1° Augmentation de i*" assignée à la profondeur du bras droit du Rhône.

2^ Relèvement de 1°^ du fond du canal de fuite du bâtiment des turbines à la Jonction.

3^ Prolongement du canal industriel (bras gauche) et transfert du bâtiment des turbines jusqu'au devant de la place des Volontaires, â la Coulouvrenière.

M. Legler, dans son rapport, démontrait par ses calculs :

1° Qu'avec Taugmentation de profondeur assignée au bras droit, l'on pourrait, en utilisant vers l'extrémité amont de l'Ile toutes les ouvertures possibles à l'intérieur et à côté de l'ancienne Machine, porter à 500"°' par seconde, le débit du canal de régularisation, ce qui permettrait de réduire à 200°"' le débit du canal industriel pour atteindre les 700°»' nécessaires.

2** Qu'avec une largeur de plafond de 60°* en moyenne et en réduisant à 5™ la profondeur d*eau en hautes eaux, on obtiendrait un débit de 700°* dans le canal de fuite, avec une pente uniforme de 1,08 V.o-

3° Que le canal industriel disposé avec une cote de fond, initiale de PN. — 4°*50, pourrait être prolongé de 200"* environ, jusqu'à la place des Volontaires. Le canal aurait jusqu'à la pointe aval de Tlle une pente de 1,3 Vooî 1^ l'^" placerait quelques vannes de décharge pour pouvoir déverser dans le bras droit le superflu d'eau, principalement aux époques où le barrage du bras droit serait fermé. Des vannes de décharge aux turbines, la pente serait réduite à 1 7oo» ce qui permettrait un débit de 200™' avec 1°* de vitesse.

M. Legler terminait ce rapport supplémentaire, en indiquant les cotes principales du proiet :

Le plus haut niveau de Teau dans le canal d'amenée serait à PN. — 1™37, le plus bas dans le canal de fuite après Tachèvement complet des draguages PN. — 5°^o9, par une cote de fond du canal de fuite de PN. — 8«67.

Ce rapport fut soumis à l'étude de M. l'ingénieur A. Acbard, qui y fît les observations qui peuvent se résumer comme suit (Fascicule II, p. 71) :

M. Achard se déclarait d'accord avec M. Legler pour l'approfondissement du canal du bras droit à la cote PN. — 5°>50.

Quant â la cote de fond et à la pente du bras gauche, M. Achard réclamait une cote initiale de PN. — 4°»90; il insistait en outre pour un draguage plus considérable entre le pont du Mont- Blanc et le pont de la Machine, de façon à devancer autant que possible la pente superficielle.

M. Acbard doatuât ensuite tous les calculs, prouvant la valeur des modifications qu'il réclamait.

M. Legler accepta les modifications de cotes de fond, proposées par M. Achard, et )a pente du bras gauche fut fixée d'un commun accord à 1 V^^.

Après l'entrevue qui eut lieu à Genève, le œ octobre, entre la Commission technique et M. l'ingénieur Legler, pour la discussion du projet général d'utilisation des forces motrices du Ahône, il avait été reconnu, d'un commun accord, qu'il pouvait être apporté certaines modifications à l'économie du projet, permettant nae première mise de fonds moins considérable, et laissant complètement dans l'état la question de la régularisation du niveau du lac.

En conséquence, M. Legler fut prié de reprendre l'étude du projet d'utilisation des forces motrices du Rhône sur les bases suivantes :

1^ La force brute à créer, dans la première période, serait réduite à 800 chevaux, avec emplacement de turbines pour 1200.

^ La digue longitudinale serait créée immédiatement, ainsi que les vannes de décharge^

3° Les draguages seraient opérés d'emblée dans le canal industrie^ du pont de la Machine aux turbines, et en aval de celles-ci, jusqu'en dessous des moulins de Souterre.

La cote adoptée pour les draguages du bras gauche serait fixée à 4°^ sous PN. à la hauteur du pont de la Machine; les draguages en aval se feraient à la profondeur prévue pour la troisième période.

Il ne serait fait aucun draguage dans le bras droite et le barrage de la rive droite resterait dans l'état actuel.

On demandait à M. Legler d'indiquer quel serait, dans ces nouvelles conditions, le prix approximatif de ce3 travaux, et si ce projet, tel qu'il était esquissé, laisserait intacte la possibilité d'utiliser plus tard toute la force du fleuve^ suivant le projet général, en apportant simultanément une amélioration à l'écoulement du lac?

M. Legler répondit à ce nouveau questionnaire par un rapport daté du 11 décembre 1882 (Fascicule II, p. 81).

Il avait admis les cotes de fond et les pentes adoptées en dernier lieu, il traçait sur cette base les lignes principales du projet modifié et donnait une évaluation provisoire du cube des draguages et du coût des travaux.

Sur ces nouvelles bases, le Conseil administratif, aidé de la sous-commission technique, reprit avec M. l'ingénieur Legler l'étude détaillée du projet qui avait été esquissé dans le premier rapport. Des modifications importantes furent apportées au projet primitif.

Celui-ci prévoyait l'exécution du projet en trois périodes distinctes, à savoir :

La période A corresponJant à 1333 chevaux bruts et à 1,400,000 fr. de dépense.

La période B^ correspondant à 1333 chevaux bruts de force supplémentaire et à une dépense supplémentaire de 900,000 fr.

La période C, correspondant à l'achèvement des travaux avec 4334 chevaux de force supplémentaire et à 2,203,000 fr. de dépdnses supplémentaires, portant ainsi à 7000 chevaux et à 4,500,000 fr. la force et la dépense totale pour l'ensemble du projet.

Mais, en réalité, il fallait ajouter aux prix prévus pour la période A, certaines dépenses accessoires nécessitées par la création de ces forces, savoir :

a) Les frais de restitution de force aux usiniers de St-Jean, Souterre et à la Coulouvrenière, que l'on pouvait estimer à fr. 300,000;

b) Les trais de construction et d'établissement des nouvelles pompes hydrauliques pour remplacer les pompes existantes, placées en tète de l'Ile, ainsi que les pompes à vapeur qui ne devraient plus servir que comme réserve, dépense que Ton pouvait estimer à fr. 200,000 avec les bâtiments afTérents;

cj Les frais de reconstruction du pont de la Machine dans son entier, dépense devisée à 400,000 francs.

Dans ces conditions, les frais de la période A auraient été portés de fr. 1,400,000 à fr. 2,000,000, chiffre relativement élevé> pour créer une force de 1300 chevaux et qui n'aurait pu s'expliquer que si, par la réalisation de l'abaissement de 0*^0 du niveau des hautes eaux du lac* la Ville de Genève avait obtenu des riverains une subvention équivalente aux sacrifices qu'elle devait s'imposer, sans avantage pour elle.

Malheureusement, il était à prévoir que, quel que fût le désir réciproque de s'entendre pour une subvention équitable, les pourparlers intercantonaux ne Tussent fort longs, et que l'entreprise des travaux de la première période ne dût être différée de plusieurs années, si la Ville voulait attendre une conclusion définitive avant de mettre la main à l'œuvre.

Dans ces conditions, il * fallait réaliser une combinaison qui permît d'accomplir la première partie du projet d'ensemble, tout en réservant à un avenir qu'on espérait prochain, la satisfaction complète donnée aux riverains dans la question des hautes eaux du lac, aussitôt qu'une entente serait intervenue.

Il fallait, en outre, que la réalisation de cette première partie des travaux, tout en ne changeant pas sensiblement les conditions d'écoulement du lac, ne pût, en aucun cas, les rendre plus défavorables, et que môme elle les améliorât.

La sous-commission technique attachait une importance toute spéciale à cette question. Les rapports de M. Legler, expert à la fois de l'Etat de Vaud et de la Ville de Genève, étaient concluants sur ce point-là. Son nom était une assurance suffisante donnée aux riverains qu'il ne serait étudié aucun projet pouvant aggraver l'état existant. M. l'ingénieur Achard traita, de son côté, cette même question dans un rapport spécial.

Le retard apporté à l'exécution de tous les travaux destinés spécialement à l'amélioration de l'écoulement du lac, permettait d'approprier le bras gauche seul à sa nouvelle destination et de laisser en l'état le bras droit, dit bras de régularisation. Il suffisait, pour cela, que le bras gauche fût disposé de façon à pouvoir en tout temps débiter un volume d'eau au moins égal à celui qui y coulait précédemment. On économisait ainsi provisoirement tous les travaux prévus sur le bras droit.

En outré, la non-exécution des travaux du bras droit avait pour première conséquence de laisser subsister dans l'état actuel toutes les usines placées sur la rive droite à St-Jean, et cela aussi longtemps que la Ville n'utiliseraiL en basses eaux, pour ses turbines que la moitié du volume d'eau du fleuve.

En effet, des jaugeages récents avaient prouvé que le volume d'eau qui s'écoulait par chacun des bras du Rhône était sensiblement le même. Par conséquent, la Ville, aussi longtemps qu'elle n'utilisait que la quantité d'eau qui servait à alimenter les usines de la rive gauche, pouvait laisser sans modification aucune les conditions d'écoulement du bras droit.

Or, sur la base d'un minimum de 100 mètres cubes s'écoulant par seconde, la Ville pouvait encore dans la première période, obtenir 1,666 chevaux bruts, tout en laissant subsister un écoulement de 50 mètres cubes par le bras droit.

La seconde conséquence de la non-exécution immédiate des travaux du bras droit était de

permettre d'utiliser encore, dans les conditions existantes, les machines hydrauliques placées en tête de nie.

Dans un autre ordre d'idées, la sous-commission technique, après avoir entendu M. l'ingénieur Juliçn Chappuis, fort expert en matière de draguage, était arrivé à la conviction qu'il y avait économie à modifier la répartition des draguages tels qu'ils étaient prévus dans Tavant-projet, de façon à obtenir, dès la première période, une chute peu différente de celle qui serait obtenue lors de l'achèvement des travaux. Il résultait d'une étude comparative des prix, que l'augmentation de dépense provenant de draguages plus considérables, serait plus que compensée, pour une force donnée, par la diminution du nombre des turbines et de leurs bâtiments, grâce à l'augmentation de chute réalisée.

Ces diverses considérations amenèrent la sous-commission teclmique au projet qu'elle présenta et qui consistait:

1<» A draguer jusqu'au plafond définitif, dès la première période, tout le bras gauche et la partie du lit du fleuve s'étendant entre le débouché du canal de fuite et le profil 21, situé un peu au-dessous des moulins de Souterre;

2° A reconstruire provisoirement le pont de la Machine sur le bras gauche;

3° A étabUr la digue longitudinale telle qu'elle était prévue dans l'avant-projet, avec vannes de décharge ;

¥ A créer d'emblée une force brute de 800 chevaux avec emplacement de turbines pour 1,200, ainsi que les amorces des chambres de turbines ultérieures, en tant que la disposition générale des bâtiments le nécessiterait;

5^ A restituer la force aux usines de la Coulouvrenière et de Souterre.

Il restait à estimer approximativement quel serait le prix de la première période exécutée dans ces conditions, comparée au prix de la période A du premier projet qui devait s'élever à fr. 2,000,000.

La sous-commission put établir ce devis comparatif, soit en admettant comme exacts les chiffres prévus par M. Legler pour ceux des travaux qui restaient les mêmes que dans le projet primitif, soit en utilisant certains documents qu'elle avait reçus récemment sur le prix des draguages et des turbines.

• En ce qui concerne les draguages, un rapport de M. l'ingénieur Chappuis estimait à fr. 2.20 le mètre cube, le dragage total du fleuve. Ce prix eût été passablement plus élevé si Ton ne devait draguer que le cube de déblais correspondant à la première période du projet. Ce cube était évalué à 100,000 mètres cubes. Par contre, il se serait réduit sensiblement au même prix de fr. 2.20 si Ton pouvait faire simultanément le draguage du port qui s'imposait à l'Etat.

Sur le conseil de la sous-commission, le Conseil administratif s'adressa au Conseil d'Etat pour arriver à une entente sur l'exécution simultanée des draguages du Rhône et du port, en faisant ressortir l'économie considérable que l'Etat pouvait réaliser de son côté en ayant, pour ces travaux, le même adjudicataire que la Ville.

En ce qui concerne les turbines, la sous-commission put obtenir les prix auxquels la Ville de Zurich faisait construire à cette époque, chez MM. Escher, Wyss et C% des turbines de 200 chevaux fonctionnant entre 2 et 3 mètres de chute, c'est-à-dire dans des conditions absolument identiques à celles qui seraient obtenues à la Coulouvrenière.

Enfin, la réfection du pont de la Machine, qui, provisoirement, n'était nécessaire que sur la moitié de sa longueur, fut évaluée à la moitié du devis du pont entier.

Il restait un article dont le devis ne pouvait être aprécié que très sommairement; c'était

celui des amorces nécessaires, pour les chambres des turbines qui devaient être exécutées ulté» rieurement. Le nombre devait en être essentiellement variable suivant le dispositif des installations des turbines, tel qu*il serait adopté après le concours entre divers constructeurs.

En effet, on pouvait déjà prévoir: ou un dispositif d'installation en fer à cheval, comme l'avait dessiné M. Legler dans son avant-projet ; ou un dispositif^ proposé par M. Turrettini, dans lequel le canal industriel serait feriïié par une première rangée de turbines, les autres, destinées à être exécutées dans la deuxième période, étant placées à cheval sur la digue longitudinale et déversant dans le bras droit; ou encore un dispositif dans lequel toutes les turbines seraient placées le long de la rive parallèlement au canal industriel suivant le système adopté à Zurich.

Comme il fallait toutefois mettre un chiffre dans son devis, la sous-commission prévit une amorce pour chacune des douze chambres supplémentaires de deux turbines de 200 chevaux chacune, chaque amorce étant devisée à fr. 10,000.

Quant aux frais de restitution de force aux usines de la Coulouvrenière et aux moulins de Souterre, ils étaient relativement peu onéreux^ et consistaient, pour les usines de la Coulou* vrenière, en deux petites turbines marchant sous la pression des machines hydrauliques, d'une valeur de 10.000 francs, et, pour les moulins de Souterre, en un pilier de transmission avec câble évalué à fr. 40,000.

Le nouveau devis comparatif s'établissait donc comme suit:

Réfection de la moitié du pont de la Machine Fr. 50,000

Draguage de 100,000 mètres cubes à fr. 2,20 i . • 220,000

Digue longitudinale avec vannes de décharge » 180,000

Etablissement de 4 turbines de 200 chevaux, avec leurs bâtiments et fondations à

Fr. 80,000 » 320,000

Etablissement de deux emplacements de turbines > 50,000

Amorces de 12 chambres à deux turbines » 120,000

Etablisssement de nouvelles pompes élévatoires pour remplacer les pompes à vapeur » 100,000

Restitution de force à la Coulouvrenière et à Souterre » 50,000

Fr. 1,090,000

Imprévu, surveillance des travaux 10 7o » 110,000

Total Fr. 1,200,000

L'économie réalisée en retardant les travaux du bras droit, s'élevait donc à fr. 800,000.

Programme de eonoours pour Pinstallation des machines

Un concours fut ouvert le 19 janvier 1883 entre divers constructeurs sur les bases du programme .suivant :

Objet da concours. ARTICLE PREMIER. — Le présent programme et cahier des charges a pour

objet la construction et l'installation :

a) De turbines mues par la chute du Rhône à la Coulouvrenière ; h) De transmissions par arbres de couche, dans le bâtiment des turbines ou par câbles, entre le bâtiment des turbines et les usines où la force sera utilisée ;

c) De vannages de décharge.

L'Administration se réserve de scinder Tadjudication en ce qui concerne les transmissions et les vannages, ou même de les donner à tels constructeurs qu'il lui plaira, sans concours.

Art. 2. — L'utilisation de la force motrice du Rhône se fera en em- Dispositions sénénim ployant le bras gauche du Rhône comme canal d'amenée. Ce canal sera pro- tkm de"u chû^^ longé à partir de la pointe de l'Ile jusqu'au bâtiment des turbines, au moyen d'une jetée en terre ou d'une diguo en maçonnerie. Dans tous les cas, la partie de cette digue, entre l'extrémité de la Halle et le pont de la Coulouvrenière, sera construite en maçonnerie et pierre de taille.

On pourra installer en un point quelconque de cette digue une petite turbine pour la manœuvre de ces vannes de décharge.

Art. 3. — Le bâtiment des turbines devra se trouver à peu près à la Emplacement de hauteur de la place des Volontaires, par laquelle on y aura accès.

L'Administration désire l'étude d'un projet basé sur la possibilité de placer le bâtiment des turbines sur terre ferme, dans le prolongement du quai de la Poste : toutefois comme la place des Volontaires serait insuffisante, et que l'expropriation des bâtiments situés entre cette place et l'usine hydraulique à vapeur serait nécessaire, l'Administration demande aux constructeurs, pour le cas où les prétentions des propriétaires seraient exagérées, l'étude d'une autre disposition placée dans le canal industriel et qui ne nécessiterait pas de coûteuses acquisitions.

Sous ces réserves, toute liberté est laissée aux constructeurs quant à la disposition du bâtiment.

Ils auront cependant à tenir compte des points suivants :

4^ Les turbines devront être installées de façon à pouvoir ultérieurement transmettre la force de la manière la plus simple :

a) Aux usines de la rive gauche <*xistantes à ce jour ;

b) Aux usines de la rive droite existant^is an Creux de Saint-Jean ;

c) A l'Usine de Souterre ;

d) Aux usines qui pourront s'établir plus tard dans le quartier industriel à créer sur la presqu'île de la Jonction.

2^ Le projet du bâtiment des moteurs doit être étudié en vue du développement futur de la force motrice, de façon à ce qu'il soit toujours facile de rallonger les bâtiments et d'y installer de nouvelles turbines, sans préjudice pour l'exploitation de la partie en activité.

3*^ Le projet doit prévoir l'installation de vannes KÎe décharge destinées à durer pendant toute la première période, et disposées de façon à pouvoir donner issue à l'excédent de débit du bras gauche, qui ne s'écoulerait pas par les turbines. Le débit total du bras gauche peut atteindre 350 mètres cubes.

4P Le projet de M. l'ingénieur Legler prévoit qu'il sera aménagé dans la partie de la digue longitudinale située entre l'extrémité de la Halle et le pont de la Coulouvrenière, la place pour un certain nombre de vannes de décharge (au moins dix, ayant 3 mètres de largeur); ces vannes auront leur seuil au niveau du fond du canal d'amenée.

Conditions de transmission

Développement du projet.

Force motrice brute.

Les vannes de décharge devront avoir une section de 30x3,9 = 117™*; il y aura donc lieu, pour les constructeurs, d'examiner s'il vaut mieux augmenter le nombre des vannes et limiter leur levée à 2*" à partir du radier.

.V L'Administration se réserve la faculté de renoncer à cette disposition ou de n'en décider la constructirm qu'à une époque ultérieure, et les concurrents auront en outre à produire le pinn et le devis d'une disposition moins coûteuse qui puisse provisoirement en tenir lieu.

Art. 4. — Le système des turbines est laissé au choix des constructeurs, mais ceux-ci devront, dans un mémoire explicatif, en donner la description, en faire ressortir les avantages et les inconvénients, et indiquer les installations de ce système qu'ils ont déjà faites.

Les turbines devront être munies chacune d'un régulateur et d'un vannage, qui auront pour but de contrpbalancer les variations de niveau qui auront lieu par suite des manœuvres du barrage mobile et des vannes de décharge.

Art. 5. — Les projets de moteurs devront être établis en vue du meilleur rendement lors de l'achèvement complet des travaux, tels qu'ils ont été projetés et se trouvent expliqués dans les rapports de M. l'ingénieur Legler, et spécialement dans le document intitulé : Plan général d'exécution des travaux, adopté par la Sous-Commission technique. (Fascicule II, page 89).

La transmission de la force devra être étudiée pour les quatre cas suivants :

a) Transmission directe par un plateau-manivelle à des pompes élévatoires;

b) Transmission par un arbre de couche à petite vitesse commandant des pompes élévatoires ;

c) Transmission par un arbre de couche à grande vitesse commandant des machines électriques ;

d) Transmissions télédynamiques pour envoyer la force aux usines existantes et dans le quartier industriel.

Art. 6. — Il est prévu, pour commencer, une installation de 1200 chevaux bruts, et les moteurs nécessaires pour fournir les deux tiers de ce chiffre.

Les constructeurs auront la liberté la plus complète dans l'étude des projets qu'ils soumettront à l'Administration. Ils pourront donc proposer, tant pour les moteurs que pour les transmis-ions, l'adoption du type, du nombre et des dispositions qui leur paraîtront les plus convenables.

Il est bien entendu, d'ailleurs, qu'ils auront la faculté de présenter plusieurs combinaisons.

Art. 7. — Le volume d'eau, les chutes et la force motrice brute dont on disposera pour actionner les moteurs hydrauliques sont consignés dans les tableaux ci-après :

Porrc motrice brute Kgm. ^ Chev.

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