CHAPITRE X
L'exéention des trayanx
Convention pour Pezécation en régie oo-intéressée des travaux projetés
dans le lit du Rhône
Dès le l®'* novembre 1883, le Conseil Administratif confia à M. l'ingénieur Julien Chappuis, chef de la maison J. Chappuis et C'% l'exécution en régie co-intéressée des travaux d'utilisation des forces motrices du Rhône, et conclut avec lui la convention dont la teneur suit plus loin :
Le principe à la base de cette convention était une association entre l'Administration municipale et l'entrepreneur. Une série de prix par unité de chaque nature de travaux était annexée à la convention. La différence entre le prix de revient des ouvrages et leur valeur établie sur la base des séries de prix devait constituer le bénéfice à répartir par parts égales entre les deux associés. En cas de perte, l'Administration municipale assumait la perte totale, et l'entrepreneur en était pour la perte de son temps. On verra plus loin les résultats obtenus par ce mode d'entreprise encore peu connu.
Convention
Entre les soussignés:
La Ville de Genève, représentée par M. Turrettini, conseiller administratif, d'une part,
et MM. Chappuis et C% entrepreneurs à Nidau (canton de Berne), d'autre part;
Il a été convenu de qui suit:
Article premier. — La Ville de Genève remet à MM. J. Chappuis et C° l'exécution des travaux projetés dans le lit du Rhône pour Içt création des forces motrices de ce fleuve à Genève, à l'exception de la partie mécanique, en Régie co-intéressée
Art. 2. — Les travaux exécutés seront payés d'après leurs quantités réelles, en appliquant la série de prix annexée à la présente convention (voir Annexe V). Les prix de la série comprennent tous les frais de matériel.
Art. 3. — Pour les prix non prévus dans la série de prix ci-annexée, ainsi que pour les prix des heures d'ouvriers employés en régie pour des travaux ne rentrant pas dans ceux prévus à la présente convention, ceux portés au Moniteur de la construction pour Genève et la Suisse romande feront règle, à moins d'entente amiable entre les parties.
Art. 4. — Il sera tenu une comptabilité exacte des dépenses réellement effectuées ; la Ville de Genève fera sans intérêts les avances de fonds nécessaires. A la fin de chaque mois il sera
ôtabii une situation des travaux exécutés, et le montant en sera porté par la Ville au crédit du compte de ia Régie oo^intéressée.
ART. 5 — Comme chefs dô la Régie co-intéressée^ MM. J. Chappuis et C^ auront droit à QBe indemnité de déplacement fixe de 500 francs par mois.
Les appointements et salaires des employés et ouvriers seront fixés par le chef de la Régie co*întéressée.
Art. 6. — MM. J. Chappuis et C^ sont vis-à-vis de la Ville de Genève dans la môme situation qu'un entrepreneur ordinaire ; en conséquence leur représentant sur le chantier devra se soumettre à tous les ordres et indications qui lui seront donnés par le Conseil administratif ou ses délégués. La Régie co-intéressée a toute latitude pour l'emploi des moyens d'exécution qui lui paraîtront tes mieux appropriés à la bonne exécution des travaux qui lui sont confiés.
Art. 7. — Le matériel nécessaire à l'exécution des travaux sera acquis par la Régie cc^-intéreaaée^ et après l'achèvement des travaux, ce matériel sera vendu au profit de la dite Régie ; ceci à l'exception du matériel nécessaire aux drainages, qui sera traité conformément ik Tarticle 8 ci-après.
Art. 8. — Le matériel nécessaire aux draguages sera fourni, monté sur place, par MM. J. Chappuis et C° à la Régie co-intéressée pour la somme à. forfait de fr. 250,000 (deux cent cinquante mille francs). Il sera composé comme suit :
a) Une drague à vapeur pouvant faire dans la marne ou la glaise 50 à 60 mètres cubes à l'heure, en moyenne.
b) Un toueur ou tout autre appareil de traction des bateaux qui paraîtra le plus avantageux.
c) Les bateaux de transport nécessaires.
d) Un appareil de débarquement.
e) Les voies, wagons et locomotives nécessaires au transport des produits des draguages.
f) Les ateliers de réparations et le petit outillage nécessaire aux draguages.
Art. 9. — MM. J. Chappuis et C° s'engagent à reprendre ce matériel pour le prix de 150,000 francs, si le draguage effectué ne dépasse pas 120,000 mètres cubes mesurés sur profils dans le lit du Rhône.
Dans le cas où le métrage se ferait après draguage, il sera admis un foisonnement de 10 7o*
Dans le cas où le draguage effectué dépasserait 12,000 mètres cubes, ils s'engagent à reprendre le matériel nécessaire aux draguages pour le prix de fr. 150,000 diminué d'autant de fois quarante centimes qu'il aura été dragué de mètres cubes en sus de 120,000. Toutefois la Ville de Genève se réserve le droit de racheter le matériel à dire d'experts.
Art. îb. — A la fin de chaque année et en premier lieu à la fin de l'année 1884, il sera établi un bilan des dépenses et receltes de la Régie co-intéressée. En cas d'excédent des recettes sur les dépenses, cet excédent sera partagé par parties égales entre la Ville de Genève et MM. J. Chappuis et C°; en cas d'excédent des dépenses sur les recettes, cet excédent sera reporté sur l'exercice suivant, de sorte que le décompte final de l'entreprise représente le profit ou la perte nette totale. Si ce décompte final accusait un bénéfice, il sera partagé par parts égales entre la Ville et MM. J. Chappuis et C° ; en cas de perte, cette dernière serait en entier à la charge de la Ville.
Art. 11. — Comme garantie de la loyale exécution de. leurs engagements, il sera retenu à MM. J. Chappuis et C^ par la Ville de Genève une somme de 100,000 francs sur le prix du matériel fourni par eux. Cette somme leur sera rendue à la fin des travaux et il leur en sera bonifié l'intérêt au taux de 4 7o par an.
Art. 42. — La Ville de Genève se réserve expre^ëaient la propriété de tous objets d'art, monnaieSy antiquités quelconques qui pourraient être trouvés pendant la durée des travaux.
Art. 43. — Tous les différends qui pourront surgir entre la Ville de Genève et MM. J. Ghappuis
et C° en qualité de chefs de la Régie co-intéressée seront réglés définitivement et sans âppet,
cassation, ni relief par un arbitre unique désigné d'ores et déjà en la personne de M. l'ingénieur
Bridel S membre de la direction du chemin de fer du Jura-Berne-Lucerne, à Berne. En cas de
mort de M. Bridel, son remplaçant sera désigné de commun accord entre les parties, ou, dans
le cas où elles ne pourraient pas s'entendre sur son choix, par le président du Tribunal de
commerce de Genève.
Genève, le 4«' novembre 4883.
Th. Turrettini.
J. Ghappuis et C^.
Programme des travaux
Dans sa séance du 27 novembre 4883, sur la proposition de M. Turrettini, le Conseil administratif approuva le programme suivant pour l'exécution du projet :
4° Consistance du projet sous sa forme d'exécution complète.
4<> Le barrage mobile en tète du bras droit sera formé de trois parties :
La première, située entre la machine actuelle et le quai des Ëtuves; la deuxième^ibrmée des coursiers et des vannes des moteurs actuels; la troisième, située entre l'angle sud de la Machine actuelle et de la maison Séchehaye.
2*^ La cote du seuil de ces barrages sera fixée à PN. — 4™50.
3^ Le bras droit sera aménagé par des draguages avec la cote du fond, initiale PN., — ^^SO, au pied de ce seuil, et la pente de fond CKX)43, jusqu'au droit du débouché du futur canal de fuite. Les matériaux extraits servirent en première ligne à combler les dépressions qui existeraient en contre-bas du plafond ainsi défini, partout où leur existence serait défavorable à la stabilité des quais et ponts.
4° Le seuil d'entrée du bras gauche sera fixé à la cote PN. — 5™. Le fond partira de cette cote avec la pente de 0,004 jusqu'au droit de la pointe du marché de l'Ile et la pente 0,0004 de là jusqu'aux turbines.
5° Le Bâtiment des turbines sera situé à la hauteur de la place des Volontaires, suivant plan N^ 2.
6^ A la suite de l'Ile sera construite une digue longitudinale qui viendra se raccorder à l'extrémité de la branche longitudinale du bâtiment des turbines et prolongera la séparation des deux bras. Elle sera construite en maçonnerie et pourvue de vannes de décharge ayant leur seuil au niveau du fond du bras gauche et offrant un débouché total de 36 mètres. La crête de cette digue sera réglée de façon à faire diversion. Sa crête sera à PN. — 4°*20.
7^ Au bâtiment des turbines fera suite un canal de fuite qui sera isolé du côté de droite
> A la mort de M. Bridel, MM. le colonel Dumur et les ingénieurs de Stockalper, ancien ingénieur en cber de Tenlreprise du tunnel du Gothard, et Meycr, ingénieur en cher de la Gi« S.-O.-S., furent désignés d*un commun accord pour le remplacer comme arbitres.
par une digae en pierre et palplanchçs prolongeant la digue longitudinale dont il vient d'être question et s'étendant jusqu'à 95 ipètres en amont du limnimëlre Q. Ce canal de fuite aura une pente de fond de 0°»000372 et la cote du fond à son débouché sera PN. — 8">70.
8° A partir du débouché de ce canal et jusqu'à la Jonction, le Rhône sera dragué sur toute sa largeur disponible, en réservant à chaque bord un talus de 1"5 de base pour 1 de hauteur. La cote de fond initiale sera celle du fond du canal de fuite à son débouché, c'est-à-dire PN., — g'^TO, et la pente de fond, 0°»000372.
2<* Echelonnement des travaux par périodes.
Au lieu d'être divisés, comme dans le plan primitif, en trois périodes, dont la seconde ne serait qu'un stage provisoire dans l'approfondissement du lit en aval des turbines, les travaux seront répartis en deux périodes seulement, dont la délimitation repose essentiellement sur ces deux principes : Faire en une seule fois, mais définitivement, les draguages en une région déterminée du lit, différer autant que possible la suppression des usines de St-Jean.
Les travaux exclus de cette période et différés jusqu'à la seconde période seront :
1^ Le draguage sur toute la longueur du Rhône, dès le profil XXI (en aval de la digue de Souterre jusqu'à la Jonction;)
2^ Toute modification dans le bras droit du Rhône entre le pont de la Machine et le débouché du canal de fuite;
3^ L'achèvement de la partie longitudinale du bâtiment des turbines, dont les fondations et les vannages seront établis dans la première période.
On voit par là que les usines supprimées dans cette période seront celles de la Coulouvrenière et de Souterre^ mais que celles de St-Jean continueront à subsister. Afin de les maintenir dans leurs conditions actuelles de fonctionnement et de prévenir les affouillements sous leur pied, on établira un batardeau provisoire, s'étendant de l'extrémité aval de la digue, limitant le canal de fuite à l'aval de l'usine Ferrand.
Les moteurs qui seront installés de prime abord dans la portion du bâtiment des turbines qui sera construite dans cette période, représenteront une force brute totale de 1200 chevaux.
Le surplus des moteurs que cette portion de bâtiment pourra recevoir sera établi au fur et à mesure des besoins; il sera limité par l'obligation de déverser dans le bras droit, soit en tête, soit en queue de l'Ile, le volume d'eau nécessaire aux roues de St-Jean.
Vu la nécessité d'entamer des négociations avec les Etats riverains pour obtenir des subventions correspecliveç d une régularisation du niveau du lac, cette première période se subdivisera elle-même en deux sous-périodes, dont la seconde comprendra toutes les suppressions et constructions qui ne pourront être exécutées qu'après entente avec les dits Etats.
Première sous-période, — Les travaux qui la composeront sont énumérés en détail, dans le paragraphe 3, ci-après :
D'après ce qui a été expliqué tout à l'heure, elle comprendra les opérations suivantes : Draguages du Rhône, dès le profil XXI à la Jonction; achèvement du bâtiment des turbines, la pose des turbines elles-mêmes étant échelonnée suivant les besoins; suppression des moteurs de la rive droite et de leurs annexes, y compris le balardeau provisoire et ce qui aura subsisté de la digue du syndicat; désobstruction complète du draguage (voir §§ 1-3) de la partie aval du bras droit, dès le pont de la Machine à l'extrémité du canal de fuite. La disposition générale du bâtiment des turbines est combinée de telle sorte que l'achèvement de ce bâtiment dans la deuxième période ne gêne en rien le fonctionnement des moteurs qui auront été établis dans la première.
I) s'agit ici, comme on Ta expliqué^ des travaux à faire en premier lieu et indépendamment de toute entente avec les Etats riverains. L'ordre qui a paru le meilleur, tant sous le rapport du but à atteindre que sous celui de la facilité d'exécution, est le suivant :
1^ Construction de batardeaux destinés à isoler complètement la partie du bras gauche située entre le pont de la Machine et le pont de la Coulouvreniëre.
Deux ouvertures de 46 mètres seront ménagées dans le batardeau d'amont, et fermées pendant les basses eaux au moyen de deux bateaux-vannes.
Cette disposition a été prise de façon à pouvoir rétablir l'écoulement du fleuve pendant les hautes eaux, en laissant subsister la partie fixe des batardeaux, dans le cas peu probable où les travaux d'approfondissement du bras gauche ne pourraient être terminés en une seule campagne d'hiver.
2^ Approfondissement du bras gauche dans l'espace ainsi limité, suivant les cotes indiquées plus haut.
Reconstruction du pont de la Machine sur le bras gauche, sur colonnes en fer, en travées de 12 mètres de portée.
Enlèvement de l'ancien pont et du seuil fixe du barrage de la partie correspondante.
Construction d'un égout collecteur sous le quai-pont de la rive gauche, du pont de la Machine à la passerelU3 de l'Ile.
Construction du radier des vannes de décharge en aval de l'Ile et établissement de ces vannes.
Construction dé la tête de la digue longitudinale en maçonnerie.
3° Etablissement d'un batardeau longitudinal entre le pont de la Coulouvrenière, à 52 mètres environ du quai de la Poste et parallèlement à celui-ci, pour la construction de la digue séparative et l'approfondissement du canal d'amenée.
Construction de la digue longitudinale depuis le pont de la Coulouvrenière au bâtiment des turbines.
Approfondissement du canal d'amenée dans cette enceinte.
Suppression des roues hydrauliques de la Coulouvrenière et de leurs dépendances, y compris la partie de la digue du syndicat qui sera sur la gauche de la digue longitudinale.
Restitution de la force aux usines dont les roues dépendent.
4^ Construction d'un batardeau permettant de fonder la partie transversale du bâtiment des turbines, contenant les six premières turbines.
Fondation du bâtiment transversal des six turbines.
Construction du bâtiment des six premières turbines.
5° Construction d'un batardeau permettant de fonder la branche longitudinale du bâtiment des turbines, contenant 14 turbines, et d'approfondir le canal d'amenée situé dans cette enceinte-
6^ Indépendamment de la succession de ces différents travaux, draguage du canal de fuite et du fleuve en aval du bâtiment des turbines jusqu'au profil XXI en aval des moulins de Souterre.
7° Construction de la digue séparative en pieux et palplanches, limitant le canal de fuite dès les premières turbines.
Construction de la digue arasée, reliant la pointe aval du canal de fuite à la rive droite, à l'aval de l'usine Ferrand.
8° Etablissement dés quatre premières turbines.
9° Suppression des roues hydrauliques de Souterre et de leurs digues.
il3
iO<> Restitution de la force aux usines dont ces roues dépendent.
Les travaux commencèrent par le batardeau amont du bras gauche le 21 novembre 1883, le lendemain de l'approbation par TEtat des crédits votés.
Les travaux commencés avaient pour but de permettre simultanément :
1^ L'approfondissement du bras gauche dans l'espace limité par le batardeau;
2^ La reconstruction du pont de la Machine sur le bras gauche;
3° L'enlèvement de l'ancien pont et du seuil fixe du barrage de la partie correspondante;
4** La construction de l'égout collecteur dans le lit du fleuve, du pont de la Machine à la passerelle de l'Ile;
5° La construction du radier des vannes de décharge en aval de l'Ile et l'établissement de ces vannes.
6° La construction de la tête de la digue longitudinale en maçonnerie.
Les batardeaux furent terminés dans la dernière quinzaine de février, et l'assèchement du bras gauche commença le 2 mars. Il dura jusqu'au 2 juillet, date à laquelle les batardeaux furent volontairement rompus pour donner passage au fleuve, les travaux prévus pour cette première période d'exécution étant entièrement terminés.
Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que l'on parvint à maintenir à sec pendant ces quatre mois, l'enceinte, longue de plus de 400 mètres, dans laquelle s'opéraient les travaux sus-mentionnés.
Le travail d'épuisement élait effectué par deux pompes mues par des locomobiles et par six pompes mues par des moteurs hydrauliques.
La force disponible pour actionner ces pompes était d'environ 70 chevaux. Le débit des pompes marchant toutes ensemble représentait environ 30 mètres cubes par minute.
La plupart du temps l'on dut mettre en œuvre tout ce matériel, car malgré un travail de jour et de nuit pour la conservation des batardeaux, les rentrées d'eau atteignaient à peu près la puissance de débit du matériel d'épuisement.
Jamais cependant l'on ne fut dominé par les rentrées d'eau, et le travail dans l'intérieur de l'enceinte put se poursuivre sans entrave jusqu'à son entier achèvement.
On doit reconnaître, du reste, que l'entreprise a joui d'une saison exceptionnelle, unique peut-être, qui a puissamment aidé à l'heureux accomplissement de l'œuvre. La description détaillée de ces travaux sera donnée plus loin.
Du mois de juillet au mois de septembre, les travaux furent nécessairement suspendus du fait des hautes eaux, et la nouvelle campagne ne commença qu'avec le mois d'octobre 1884.
Cette seconde campagne comprenait l'exécution du programme suivant :
l^' Draguage de l'emplacement de la digue séparative et des batardeaux;
2<^ Construction de la digue séparative en béton coulé sous l'eau;
3® Construction du batardeau entourant le bâtiment des turbines;
¥ Draguage du lit du fleuve dans l'emplacement du bâtiment des turbines;
5^ Restitution de force aux usines de la rive gauche;
6° Epuisement de l'enceinte formée par la digue séparative et les batardeaux, de l'amont du pont de la Coulouvrenière à l'aval du bâtiment des turbines, au-dessous de la place des Volontaires;
7° Construction de l'égout collecteur dans le lit du fleuve, de la rue de l'Arquebuse à l'aval du bâtiment des turbines;
8® Construction des fondations du bâtiment des turbines et fouilles du canal d'amenée; 9^ Construction du bâtiment destiné aux six premières turbines;
10° Pose et mise en marche des quatre premières turbines et pose des réservoirs de régularisation ;
11° Pose du premier réseau de la canalisation à haute pression;
12° Draguage du lit du fleuve, du bâtiment des turbines aux usines de Souterre;
La prolongation des prises d'eau hors des Jetées
Une épidémie typhoïde éclata subitement dans l'agglomération genevoise à la fin de l'hiver 1884. Elle coïncidait avec un curage du port, ordonné par l'autorité cantonale, devant le débouché du Nant de Jargonnant, qui servait alors d'égout principal à la commune des Eaux-Vives. Ce curage était fait en dehors de toute intervention de l'autorité municipale qui en demanda la suspension aussitôt qu'ell*^ l'apprit pendant la période d'incubation de la maladie.
Le 29 avril 1884, le Conseil administratif demanda au Conseil municipal un crédit en blanc pour procéder d'urgence à rétablissement d'une conduite de bois provisoire prolongeant la prise d'eau des machines hydrauliques jusqu'au delà des jetées du port.
Cette dépense, qui avait pour but, au moment de la plus grande intensité de l'épidémie typhoïde, d'enlever toute chance de contamination des eaux potables par les égouts et nants se déversant dans le port, devait être partagée par moitié entre l'Etat et la Ville.
Les crédits nécessaires à solder cette dépense devaient être votés, une fois les travaux terminés.
Le Conseil municipal donnait ainsi carte blanche au Conseil administratif pour procéder à ce travail ft)rt délicat, puisqu'il devait s'exécuter en deux reprises successives.
Les comptes de ce travail, se soldant à la charge de la Ville par une dépense de Fr. 50,000 et à la charge de l'Etat par une dépense de Fr. 30,000, furent présentés au Conseil municipal dans SI séance du 10 novembre 1885.
La part de l'Etat qui devait à Torigine être la moitié de la dépense avait été réduite à Fr. 30,000.
En effet, au cours de l'exécution des travaux de là prise d'eau en avant des jetées, le Conseil administratif, comme on le verra plus loin, en suite des conventions relatives à la régularisation du niveau du Lac, eut à prendre à sa charge, moyennant subvention équitable, tous les travaux de draguage du port. Ce draguage devait se faire à une profondeur suffisante pour que, une fois le niveau du lac abaissé, la navigation fût possible dans le port de Genève, en toute saison.
Le délégué du Conseil administratif représenta, dans le sein de la conférence intercantonale, que le draguage du port, même exécuté, en dehors de la décision déjà prise par la Ville de Genève de prolonger provisoirement sa prise d'eau hors du port, aurait nécessité les travaux que la Ville de Genève était en train de faire. En effet, aucun draguage important n'eût été possible, en amont des anciennes prises d'eau de la Ville de Genève, sans amener des dangers considérables pour la salubrité publique. Il devenait donc équitable que la Confédération et les Etats riverains participassent dans une certaine mesure, soit aux dépenses de la prise d'eau provisoire, soit à l'augmentation de dépense de draguage nécessitée par l'obligation d'enfouir la
conduite à une profondeur telle qu'après le draguage définitif, la navigation pût se faire par-dessus la conduite provisoire, même avec le niveau futur des basses eaux.
Ce point de vue fut reconnu juste, et il fut tenu compte pour Fr. 25,000 environ dans les subventions relatives au draguage du port, des éléments dont il a été parlé plus haut.
Dans ces conditions, le Conseil administratif jugea prudent de procéder d'emblée à un approfondissement suffisant pour que la conduite de bois fût placée à un niveau tel qu'il ne fût plus nécessaire de reprentire le travail, au moment du draguage définitif du port.
Les travaux faits, TEtat admit que la Ville de Genève avait donné à la conduite en bois un caractère définitif qui ne coiTespondait plus exactement au genre de travail prévu à l'origine, qui eût dû nécessiter à bref délai le remplacement de la conduite en bois par une conduite définitive en fer. Il demanda en conséquence à la Ville de réduire sa subvention à la moitié de la somme qu'aurait coûté la pose provisoire, avec remplacement à brève échéance.
Le Conseil administratif répondit à VEtat qu'il était tout disposé à entrer dans sa manière de voir, et à réduire à Fr. 30,000 le montant de la part afl'érente à l'Etat, si celui-ci de son côté, n'obligeait pas immédiatement la Ville à procéder à la pose d'une conduite en fer et reconnaissait le caractère définitif de la conduite en bois, étant données les conditions toutes spéciales de bienfacture dans lesquelles ce travail avait été opéré.
L'Etat, après s'être entouré des conseils de techniciens, reconnut que la conduite en bois pouvait être utilisée sans inconvénient pendant un laps d'au moins d'2 à 15 ans.
A la suite de cette déclaration, il fut convenu que la part afférente à l'Etat serait réduite à Fr. IÎO,000 au lieu d'atteindre la moitié de la dépense totale.
Cette dépense totale pouvait s'évaluer comme suit:
1° Achat et pose de la conduite de bois, de forme carrée et de 0^85 de côté . . Fr. 50,500
2p Draguage préalable peur permettre la navigation » 113,500
3° Achat et pose de la conduite en fer allant de l'extrémité inférieure de la conduite de bois vers le Rond-Point des Bergues aux diverses prises d'eau des
pompes de la Ville » 12,000
Total. . Fr. 102,000